Zelba  » Une bouteille à la mer »

Coédition Futuropolis – Stock

Il a fallu deux ans de travail à Zelba, autrice bien connue des Stéphanois, pour créer son nouvel album en collaboration avec Isabelle Autissier. Deux personnes, un même désir : nous faire découvrir, à travers une bande dessinée passionnante, les mers et océans qui couvrent la majeure partie de notre planète, ainsi que les personnes qui leur consacrent leur vie. Comme toujours, Zelba fait preuve de créativité, de sensibilité et d’humour, malgré les enjeux plus que sérieux, et nous embarque avec Isabelle dans une aventure aquatique instructive, ludique et intense.

Ta nouvelle BD « Une bouteille à la mer » vient de sortir aux éditions Futuropolis en coédition avec Stock. Cet album est aussi une collaboration avec Isabelle Autissier. Comment vous êtes-vous rencontrées, et de fil en aiguille, comment est né ce projet d’album ?

C’est Isabelle Autissier qui a lancé cette bouteille à la mer. Ça fait très longtemps qu’elle s’engage, avec plein de casquettes différentes, pour sensibiliser autant les politiques que les entreprises et le grand public à la cause des mers et océans. Même les romans qu’elle écrit sont remplis d’eau, de navigation et, entre les lignes, de messages d’urgence. La BD est un média supplémentaire pour porter sa parole à un public nouveau. Son appel m’a trouvée et j’ai été tout de suite partante et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, comme tu le sais, je n’aime pas être mise dans un tiroir. L’idée de réaliser une BD reportage m’a immédiatement plu parce que je ne me suis pas encore frottée à ce genre. Un défi nouveau, ça ne se refuse pas ! Surtout pas quand il vient d’une personne pour qui je voue une véritable admiration. Deuxièmement, l’écologie et la peur pour l’avenir de tout vivant ont pris beaucoup d’importance dans ma vie, ces dernières années. D’autant plus que je la partage avec un grand éco-anxieux… Je trouve qu’il vaut mieux se confronter à ses peurs et essayer d’agir, même à son modeste niveau, que de cacher sa tête dans le sable. En gros, j’ai préféré faire l’autrice et non l’autruche !

Isabelle Autissier est connue comme navigatrice mais elle est aussi romancière, engagée pour la nature et tant d’autres choses. Une rencontre qui a dû te marquer profondément ?

J’avoue qu’au début, son nom me disait vaguement quelque chose sans que j’aie une idée précise de ses agissements et exploits. J’ai alors commencé par faire quelques recherches sur sa personne en écoutant des podcasts et visionner des vidéos sur et avec elle. J’ai été immédiatement conquise par son énergie et la façon qu’elle a de ne pas tourner autour du pot. Une femme sans chichis, parfait ! En fait, sa manière de militer ressemble pas mal à la mienne, si possible sans agressivité et toujours avec une pincée de tendresse. Sauf qu’elle est beaucoup plus engagée que moi et que ses connaissances semblent infinies ! Quand nous nous sommes rencontrées à La Rochelle, où elle vit, le courant est tout de suite passé et nous avons amorcé le travail sur le livre sans hésiter une seconde.

On se souvient notamment de tes 3 derniers albums « Dans le même bateau », « Mes mauvaises filles » et « Le grand incident », tous édités chez Futuropolis. Des albums très forts, qui abordent avec sensibilité des sujets comme le droit de mourir dans la dignité, ou la sexualisation des corps féminins dans l’art… Celui-ci est davantage un reportage. De quoi est-il question ?

C’est une sorte de documentaire autour de la protection des mers et océans avec une trame romancée. On trouve pas mal cette forme de mettre en scène un binôme de personnages du style « l’érudite et la novice » afin que les lectrices et les lecteurs puissent s’identifier à cette dernière et apprendre les choses en même temps qu’elle. Mais Isabelle était mal à l’aise avec l’idée d’avoir un rôle de prof. Nous avons alors décidé, aussi pour construire un récit plus riche en personnages, lieux et informations, d’aller ensemble à la rencontre d’autres acteurs et actrices du milieu de la protection des mers et océans, du politique jusqu’au jeune militant de terrain, en passant par une scientifique spécialisée dans les écosystèmes marins profonds, un professeur en halieutique, qui nous a parlé de pêche donc, et la présidente de Sea Shepherd France. Nous avons mené les interviews à deux, Isabelle pour les questions plus pointues et intelligentes et moi pour… heu… faire l’andouille. Je rigole ! Je me suis occupée des questions plus basiques que tout.e un.e chacun.e pourrait se poser sans avoir déjà un bagage de connaissances en la matière. Bon, tu te doutes que je fais quand même un peu l’andouille, comme j’aime bien le faire, pour que le reportage ait aussi des touches de légèreté et d’humour. Et pour laisser également une petite place à la poésie et la beauté dans un récit teinté d’urgence et d’informations pas très réjouissantes, j’ai proposé à Isabelle de prendre la plume pour nous raconter quelques beaux souvenirs de mer. Il aurait été dommage de ne pas profiter de la présence d’une grande romancière ! Il y a donc, régulièrement, une « injection de beauté » écrite par Isabelle et illustrée par mes soins.

Deux ans de travail, de rencontres, d’enquêtes, de dessins… Comment vit-on cette période qu’on imagine à la fois enthousiasmante mais aussi peut-être de doutes, et de questionnements divers ?

Je dois dire que, plus j’avance dans ma carrière d’autrice, plus les phases de documentation s’allongent et s’intensifient. Je me régale à apprendre des choses nouvelles et à réfléchir comment je peux les faire passer de façon compréhensible et, si possible, un brin ludique à un public. Un public qui est aussi curieux que moi mais qui n’a peut-être pas le temps de rassembler autant d’informations, de les ingurgiter et recracher sous forme d’histoires dessinées. Oui, c’est long, oui, les phases de doutes sont nombreuses et on a parfois l’impression qu’on n’arrivera jamais au bout. Mais c’est plutôt un peu plus simple de ne pas être seule, d’avoir quelqu’un qui t’encourage, qui attend la prochaine interview mise en scène et en images pour te faire des retours. Et j’ai eu plus d’aide que pour mes livres précédents. Pour la première fois, j’ai travaillé avec une coloriste pour les aplats ! La majeure partie des planches, sauf la couverture et les fameuses « injections de beauté », m’a été préparée par la formidable Pascale Drac. Comme ça, je n’étais pas obligée de détourer toutes les formes et pouvais « juste » faire mes nuances pour créer les ambiances voulues.

Tout au long du travail sur ce livre, j’ai eu de grosses prises de conscience qui ont déteint sur notre vie quotidienne. Quelle chance de pouvoir utiliser son travail pour devenir une personne un peu différente, un peu meilleure ?

Aujourd’hui, la BD est entre les mains des lectrices et lecteurs. On imagine que tu vas aller à leur rencontre ?

Oh oui ! J’ai toujours été une vraie boulimique de la rencontre avec mes lectrices et lecteurs. J’aime toujours autant échanger avec les personnes qui lisent mes livres. Futuropolis a concocté une grande tournée de lancement et plein de déplacements, tout au long des mois à venir. Je serai à Mulhouse, à Nancy, à Rennes, au Mans, à Saint-Malo, à Blois, à Strasbourg… La liste est longue. Je m’en réjouis mais il faut que j’arrive à dire non de temps à autre. Pour ne pas laisser mon amoureux trop souvent en tête à tête avec la chienne (même si j’adore qu’ils m’accueillent à chaque retour en remuant la queue tous les deux !), mais aussi parce que j’ai, bien sûr, un prochain livre en préparation. Cette fois-ci avec une deadline beaucoup plus short… On en parlera bientôt !

Une actualité stéphanoise ?

Alors, oui, plusieurs même ! Le jour de la sortie, le mercredi 10 septembre, je suis invitée à faire une toute première séance de dédicaces à la librairie BD Les Intrus. J’y serai de 16h à 20h… avec la possibilité de déborder ! Ensuite, on me trouvera à La Fête du Livre sur le stand de Des Bulles et des Hommes. Pour celles et ceux qui louperont ces deux événements, je serai au festival BD’ART à Rive-de-Gier, le samedi 6 décembre, et viendrai faire une date en début d’année prochaine à la Librairie de Paris.

Un mot pour conclure ?

Eh bien, je suis ravie que L’Agenda Stéphanois ne cesse de soutenir les artistes stéphanois.es et mette en avant nos actualités. En tant que Stéphanoise de cœur, il me tient à ce dernier de dire que je ne suis pas la seule habitante de Saint-Étienne qui attend le 22 septembre avec beaucoup d’impatience. L’image de notre ville et le climat qui y règne se sont beaucoup dégradés au fil des trois dernières années. Heureusement que nous avons de supers ami.e.s, Le Méliès, La Comédie, L’Agenda Stéphanois, une piscine avec bassin olympique, les terrasses de la Place Jean Jaurès et le Parc du Pilat devant la porte…