Depuis son avènement dans le champ politique, j’éprouve un profond sentiment de malaise envers Manuel Valls. J’ai l’impression que cet homme ne vit que dans l’épanouissement quotidien de son pouvoir jusqu’à l’obtention du Graal suprême, l’élection à la présidence de la République. En ce sens, il est très proche de Nicolas Sarkozy. Avec l’ancien maire de Neuilly, il partage cette même assurance fondée sur un sentiment de supériorité évident sur lequel il assoie un excès d’autoritarisme très dangereux. « Tous des cons sauf moi ». L’histoire nous rappelle sans cesse qu’il n’est jamais bon de confier le pouvoir à celui qui pense détenir la science infuse et qui le montre quotidiennement avec arrogance et mépris. Bien entendu, ce sentiment tenace de gêne n’est pas qu’instinctif. Il se construit sur des faits qu’on omet trop souvent de rappeler. Rappelons tout d’abord que Manuel Valls est issu de la grande bourgeoisie internationale, espagnole par son père, tessinoise par sa mère. Dans son enfance, il n’a rien partagé avec le peuple qu’il entend représenter au plus haut niveau. Élu maire d’Évry, une cité typique de la banlieue parisienne, il n’a eu cesse de soutenir le combat pour la reconnaissance d’un État palestinien. Plusieurs vidéos sur internet montrent cet engagement. Il abandonnera rapidement ce combat, au fur et à mesure de son ascension au sein du parti socialiste pour se convertir à la thèse presque opposée, un soutien inconditionnel à l’État d’Israël. Plusieurs vidéos sur internet montrent également cet engagement. Comment peut-on oublier si rapidement cette scène ahurissante : lorsqu’il était encore maire d’Évry, sur un marché, il déclare devant la caméra « qu’il ne manque que quelques whites ou blancos » autour de lui pour constituer « une carte postale idéale »… Un raisonnement ethnique, pour ne pas dire trop autre chose, bien étonnant à l’époque…
Devenu premier ministre du second gouvernement Hollande, alors que son score aux primaires restera somme toute très modeste, il n’aura de cesse de cultiver cette droitisation des esprits socialistes. Son obsession à l’encontre de l’humoriste Dieudonné virera même au ridicule avec le jugement non moins ridicule et manipulé du Conseil d’État à l’encontre de l’humoriste qui d’ailleurs ne cesse de remplir des Zéniths depuis. A-t-on oublié encore son étonnant (et récurent) énervement devant l’Assemblée Nationale avec cette main gauche tremblotante, symbole d’un état psychologique inquiétant. La pratique du pouvoir au plus haut niveau implique une maîtrise des nerfs minimale…Une fois élu, il ne manquerait plus qu’il puisse appuyer sur le bouton nucléaire en tremblant (je plaisante…). Plus récemment, le premier ministre a pris trois postures qui illustrent à la fois son véritable positionnement politique et sa capacité à assumer sa parole politique. Lors d’une récente émission de télé, Yann Moix, marionnette totalement fabriquée par un autre grand mégalo Bernard-Henry Lévy, Michel Onfray avançait une définition du peuple. Selon le philosophe que l’intelligentsia de gauche se complaît à haïr, « le peuple engloberait tous ceux qui au quotidien ou dans leur travail souffrent sans pouvoir dire ou faire quoi que ce soit contre ». Les opprimés du quotidien en quelque sorte. Une définition qui se tient. En qualifiant les délégués syndicaux d’Air France de « voyous », précipitamment et sans aucune forme de procès, le premier ministre a montré qu’il n’a jamais été du côté de ce peuple dont il prétend pourtant défendre la cause. Et c’est bien sous la pression du gouvernement que ces syndicalistes ont été cueillis à leur domicile, devant leur famille, à 6 h du matin, comme de vulgaires trafiquants de drogue ; Un autre signe d’allégeance au pouvoir financier, c’est évident.
En se pavanant ensuite lors de son voyage express en Arabie Saoudite, fort de 10 milliards d’euros de contrats, M. Valls a affiché au grand jour son manque de courage politique, lui, le fier Catalan, prenant ainsi à revers les promesses du candidat Hollande sur le respect des droits de l’homme. D’une part, le montant de 10 milliards d’investissement est remis en cause par la plupart des experts (une partie de ces contrats a déjà été signée, une autre n’est que promesse d’achat…), d’autre part, cette honteuse allégeance confine notre pays à la mendicité… Tout en sachant que l’Arabie Saoudite a clairement, et depuis toujours, financé la plupart des mouvements Islamistes qui répandent aujourd’hui la haine au Proche Orient… Enfin, moins médiatique mais tout aussi symbolique, la décision du gouvernement Valls du mardi 13 octobre dernier contestant la décision de la cour d’appel de Paris, datée du 24 juin, de condamner l’État pour « faute lourde » sur des contrôles d’identité au faciès par la police nationale et de se pourvoir en cassation, témoigne une fois encore non pas d’un renoncement, celui de la ministre de la justice Christiane Taubira, mais bien du mépris total dans lequel notre premier ministre tient une partie, la plus basanée, de la population Française. À quelques jours du 10e anniversaire des fameuses émeutes urbaines de 2005 à Clichy Sous-Bois, c’est un bien mauvais signal envoyé aux habitants des quartiers populaires. Mais le message est on ne peut plus clair !




