On l’oublie souvent mais notre grand pays est en guerre, outre sa présence en soutien aux forces dites alliées en Afghanistan, notre armée combat actuellement au Centre Afrique pour éviter un nouveau génocide et au Mali afin d’éviter que le pays ne tombe dans les mains des forces terroristes et islamistes. L’épisode Malien a eu au moins le mérite de nous rappeler l’existence d’un autre conflit, encore plus ancien, celui qui oppose le peuple Touareg et différents états comme le Maroc, le Niger ou même le Mali. À l’image des Roms européens, les Touaregs occupent le désert comme le vent occupe l’espace. Sans papier ni acte de propriété. Pourtant, ils existent les Touaregs. Et bien souvent, c’est à travers la culture et la musique que cette identité parvient à percer ce qu’il nous reste d’humanité. C’est ainsi que l’on parle volontiers de Blues Touareg. Le Blues Touareg, dérivé du blues, englobe plus précisément la musique des ishumars, autrement dit la génération de Touaregs qui a connu la sécheresse, l’exil, puis les camps d’entraînement en Libye dans les années 1980-1990.
Les précurseurs du Blues Touareg se retrouvent au Niger avec Abdallah ag Oumbadougou et au Mali avec Ibrahim ag Alhabib, Alhassane ag Touhami et Entayaden au Mali. Au son des guitares acoustiques et électriques, ils ont porté les revendications de leur peuple pendant la rébellion touarègue des années 1990, faisant de la musique une arme si puissante que les gouvernements du Mali et du Niger en avaient interdit l’écoute. Aujourd’hui, les accords de paix ont été signés et c’est en légendes vivantes qu’ils donnent des concerts dans leur pays, dans le monde entier pour les membres du groupe Tinariwen et pour Abdallah. Tinariwen est né de la rencontre de trois Touaregs, Ibrahim Ag Alhabib, Hassan Touhami et Inteyeden Ag Ableline, dans le désert de Tamanrasset, au Mali, en 1979. Les trois hommes, auxquels se joindront plus tard deux chanteuses, se lient d’amitié et jouent sur une guitare bricolée pour accompagner leurs chants, mélangeant raï et chaâbi au blues malien et inspirés par Ali Farka Touré, Aziz, Boubacar Traoré, Rabah Driassa ou même Kenny Rogers.
Rapidement, leur musique hypnotique et puissante a traversé les frontières, appréciée par des artistes comme Robert Plant ou Elvis Costello. Thom Yorke, de Radiohead, s’en inspirera sur l’album « The Eraser ». En 2011, après une nouvelle tournée mondiale, Tinariwen livre l’album acoustique « Tassili », bain de jouvence et retour aux sources accompagné des membres de TV on the Radio, Kyp Malone et Tunde Adebimpe, de Nels Cline (Wilco) et du Dirty Dozen Brass Band. Malheureusement pour Tinariwen, un nouveau conflit éclate au Mali en janvier 2012. La situation devient inextricable pour le groupe pris pour cible par les extrémistes musulmans d’Ansar Dine. L’an dernier, compte tenu du conflit cité plus haut, Tinariwen a préféré enregistrer son sixième album dans des contrées plus paisibles du désert de Mojave et plus particulièrement le parc naturel de Joshua Tree (en Californie), rendu célèbre par l’album homonyme de U2. L’album « Emmaar » sorti en début d’année montre, une fois encore, toute la puissance d’une musique qui a su traverser le temps et les déserts…
Festival des 7 Collines – Le Fil – Saint-Etienne Jeudi 3 juillet à 20 h




