Nous avons rencontré Thierry Pilat, l’actuel directeur du Fil, pour évoquer avec lui les projets de cette rentrée 2020. Ce fut l’occasion de parler de programmation également. Un moment fort agréable qui a permis de mettre en lumière ce que nous ne voyons pas forcément, de l’engagement humain à la volonté de faire rayonner la culture et les artistes au-delà de notre territoire.
Quelques mots pour te présenter ?
Je suis le directeur du Fil depuis 3 ans, mais j’y suis en réalité depuis son ouverture, en janvier 2008. J’y ai commencé en tant que programmateur durant 9 années. Auparavant, je m’occupais également de programmation et j’ai pu toucher à tous les métiers de la musique, du management en passant par la tournée, la régie, etc. Ma spécialité restant le spectacle vivant et la gestion de lieux culturels. Ce qui m’anime principalement ce sont les lieux de proximité, où on va se faire rencontrer les artistes et le public.
Peux-tu rappeler ce qu’est le Fil ?
Le Fil est une salle de spectacles avec une grande salle de 1 200 places dans laquelle on peut faire des jauges intermédiaires assises, debout, et le club, une salle intermédiaire de 300 places dans laquelle se trouve également le bar. Le Fil est une SMAC, une scène de musiques actuelles. C’est un lieu qui est labellisé par le Ministère de la Culture. Cela veut dire que nous avons des partenaires qui sont la ville en premier lieu, à qui appartient le bâtiment, la DRAC, le Ministère de la Culture, la Région, le Département. Tous ces partenaires nous financent en partie pour réaliser le projet de la SMAC. Nous avons 3 missions qui sont tout d’abord d’organiser des spectacles, dans tous les domaines des musiques actuelles. Nous avons une politique tarifaire la plus basse possible en privilégiant les découvertes. Notre deuxième mission est l’accompagnement d’artistes. C’est pour cela que nous avons dans le bâtiment 3 studios d’artistes pour travailler, répéter, faire de la formation, etc. Cela nous permet également de repérer de jeunes groupes et de les aider à avancer dans leurs projets. La troisième mission est la médiation et l’action culturelle. Nous faisons dans ce cadre pas mal de choses avec les écoles, ce que l’on appelle les « petites et les grandes oreilles ». Nous organisons des spectacles avec des interventions dans les écoles mais aussi nous recevons les classes pour des animations axées sur la création. Nous avons enfin une programmation jeune public qui complète cette partie, ouverte aux scolaires mais aussi à tous les publics.
Le Fil est géré par la Limace. Quelle est le rôle de cette association ?
L’association a été créée par un collectif de structures qui se sont unies pour répondre à l’appel d’offres de la ville qui fournissait le bâtiment mais qui souhaitait une DSP, une délégation de service public. Ça veut dire que tous les 6 ans, il y a une mise en concurrence du projet avec un cahier des charges à respecter. Il faut donc repostuler pour continuer l’aventure. C’est notre 3e mandat qui va jusqu’en 2 024. L’association Limace (LIgérienne de Musiques ACtuElles) est aujourd’hui toujours un collectif dans lequel on trouve de nouveaux adhérents comme CD1D, Radio Dio, Ckel Prod, Le Cri Du Charbon, Gaga Jazz, La Fabrique, etc. Des structures qui travaillent dans la musique chacune dans leur domaine et qui participent au suivi et au développement du projet du Fil. Nous avons aussi environ 80 bénévoles qui viennent faire de la billetterie, des repas pour les artistes, du bar, mais aussi d’autres choses en lien avec la musique.
Côté « sous », comment ça marche ?
Billetterie, bar et location de salle représentent 40 % de notre budget. Les 60 % restants sont des subventions. Notre objectif est d’arriver à 50 % de fonds publics et 50 % de fonds privés. C’est un modèle assez égalitaire qui nous permet de garantir les missions de services publics comme les prix bas, le soutien à l’émergence artistique, les médiations culturelles, etc., et de l’autre côté d’avoir une vraie dynamique de producteurs et d’animateurs du territoire en organisant des concerts avec des têtes d’affiche, en montant des soirées électro, etc. Nous avons ainsi les mains libres pour certaines actions et nous restons fidèles à nos valeurs d’économie sociale et solidaire. Le budget total oscille selon les années, entre 1,6 et 1,8 million d’euros.
Tu évoquais l’émergence artistique. Comment cela fonctionne ?
Nous cherchons l’équilibre dans la programmation, déjà entre la grande salle et la petite salle, puis entre les soirées traditionnelles et les soirées électros qui sont une autre façon d’écouter de la musique, et l’équilibre entre artistes émergents pas connus et têtes d’affiche reconnus… Nous sommes très sollicités par des artistes qui vont de l’amateur au plus affirmé et donc, il faut faire des choix. Le programmateur décide de donner telle ou telle couleur. On fait parfois plus de place à l’émergence, parfois nous décidons de faire revenir tel ou tel artiste parce qu’il y a une vraie histoire avec le public. Concernant les têtes d’affiche, il faut aller les chercher et ce n’est pas toujours facile pour les faire venir à Saint-Étienne.
Parlons un peu de la rentrée 2020. Qu’allons-nous découvrir ?
Mon premier coup de cœur c’est le retour de Philippe Katerine, artiste majeur de la scène française, le 31 janvier. Cette semaine-là on fait d’ailleurs les présélections du Printemps de Bourges. 8 artistes régionaux joueront ici dont deux qui sont de la Loire. Il y a aussi le retour de La rue Kétanou, qui est un groupe de dingue, Izia qui est une bête de scène, le retour des Négresses Vertes, sans parler de IAM qui est complet depuis l’ouverture de la billetterie ! Nous avons aussi au mois de mars un mini festival où nous aurons de la scène techno, électro. Du rock avec Frustration et The Psychotic Monks. Il y a aussi de belles choses au Club. Voilà en gros pour la rentrée.
Un projet te tient à cœur. Peux-tu nous en parler ?
Oui, effectivement. Comme je le disais, nous faisons de l’accompagnement d’artistes. Ça veut dire qu’au départ on sélectionne des groupes et nous les accompagnons. Parmi les groupes qui sont venus travailler dans les studios, nous avons Terrenoire, Zed Yun Pavarotti, Fils Cara, La Belle vie et Cœur. Ces 5 artistes-là ont de nombreux points communs. Ils sont de la même génération, ils composent de la musique à base d’outils numériques, ils chantent en français… et ils sont attachés au territoire stéphanois. Nous avons donc décidé de les présenter à Paris à la Maroquinerie le mercredi 1er avril devant des professionnels, des médias nationaux et régionaux dans l’optique de mettre en valeur cette nouvelle scène stéphanoise. Le design, la création, la musique, c’est évident qu’il y a un foisonnement d’artistes locaux. Certains ont été repérés sur le plan national. Nous nous sommes dit que nous, la SMAC, nous devions être là pour valoriser cette scène artistique. Cela s’appellera « L’épopée verte, la nouvelle scène stéphanoise ». Derrière ce label, chaque année nous essayerons de valoriser de nouveaux artistes. On a de quoi alimenter le plateau 2021 avec de nouveaux artistes vraiment pertinents. Sur cet événement nous sommes partenaire avec InOuïe distribution, une union de labels et d’artistes indépendants. À Sainté on a des idées qui surprennent, il faut que ça se sache !
Un mot enfin sur les projets d’aménagement extérieurs ?
Dans les projets du Fil on a effectivement le réaménagement de la terrasse. Elle est la même depuis 2008 et n’est pas très grande ni très jolie. Mais surtout, en 12 ans d’activité, les comportements du public ont bien changé. Aujourd’hui les gens sont autant dedans que dehors, pour discuter, se restaurer, etc. La terrasse est un lieu de rencontres important. On va donc tripler sa surface, ce qui va nous conduire à réaménager également l’entrée du Fil et sans doute d’autres projets à venir. Je n’ai pas de date pour l’instant, mais ça va donner un coup de renouveau au lieu et ça va nous permettre de faire des choses en plein air avec les beaux jours et ouvrir encore plus le lieu au public. Les designers sont stéphanois. Les agences Julien De Sousa design et Guliver, et Yan Olivares pour le cabinet d’architecte. Le projet est vraiment intéressant, nous avons hâte !
Le mot de la fin ?
Le Fil est toujours là et va toujours de l’avant avec le public et les artistes. Et on souhaite aller encore plus loin pour cultiver notre spécificité stéphanoise. Il y a l’exception culturelle française, et chaque territoire a ses particularités. À nous de les mettre en valeur. Tout le monde est motivé, il faut nous suivre !




