Quelques mots pour te présenter ?
Grégory BonnefonT, le T c’est pour la succursale auvergnate. Stéphanois de Saint-Chamond. Auteur, metteur en scène, comédien au sein de la Cie Stéphanoise De l’âme à la vague, artiste associé au centre culturel de la Ricamarie.
Quel est ton état d’esprit aujourd’hui ?
Aujourd’hui au sens du jour où je vous réponds : très bon, en bonne santé. Merci. Aujourd’hui au sens de la période actuelle : un mélange d’état reposé et en ébullition. Le confinement m’obligeant à une situation de chômage technique je prends le temps de me reposer. Ma conscience d’être humain m’oblige à avoir néanmoins une pensée sur la situation. Une fois passé et partagé le sentiment de deuil commun ressenti envers toutes ces personnes qui perdent la vie au niveau mondial, je ne peux m’empêcher de remarquer les conséquences étonnantes de cette pandémie sur les dysfonctionnements de notre système économique et financier international. Aucune initiative humaine n’aurait pu faire mettre un pied à terre à ce Léviathan, ce monstre froid à plusieurs têtes comme ce virus le fait actuellement de manière aussi rapide et radicale. Il est étrange voire cynique d’observer que tous ces dirigeants qui, soit passent autant de temps à organiser des cultures de guerre faisant que les humains s’entretuent, soit légifèrent des processus nous pressant un peu plus, nous éborgnant beaucoup trop, ressentent d’un coup une empathie pour les malades, ceux qui les soignent, qu’ils ont eux-mêmes privé de moyens. Tout cela peut-être pour cacher leur incapacité à reconnaître leur impréparation face à une telle crise. Comme quoi, être à la tête d’une nation riche ne fait pas tout. À croire que les hauts de ce monde redeviennent quelque peu humain face à quelque chose qui les dépassent, quelque chose d’inhumain, quelque chose de viral. Tout cela me confirme que l’échelon national est dépassé et insuffisant. La succession de ces réponses nationales face à la crise m’interpelle au plus haut point, me choque. Nous constatons qu’en 2020 nous sommes d’une redoutable incapacité à promouvoir une solidarité, plus qu’internationale, mondiale. Par contre je me réjouis de voir comment la planète en profite pour faire un bon check-up ! Il est remarquable de voir comment les métropoles se dépolluent à grande vitesse.
La culture et le régime des intermittents sont fortement impactés par les mesures de confinement. Quelle incidence pour toi ?
Merci de poser la question mais franchement je trouverai indécent de m’étaler sur ma petite situation personnelle. Il est vrai que le confinement est intervenu en plein pendant les représentations de Vaclav et Tomas au Verso et qu’il y a eut comme un sentiment de se faire faucher en plein vol. Tellement d’énergie dans la création pour finalement être interrompu. Mais là aussi cela m’oblige à l’humilité et la solidarité. La vie dans toute sa grandeur est plus forte que l’art. Je ne suis pas à plaindre au niveau de mon intermittence, d’autres amis sont beaucoup plus en difficulté. Le gouvernement a fait des propositions. Nous verrons bien même si je pense qu’il faut surtout faire confiance en ce que nos syndicats tenteront d’obtenir. En tous les cas il y a quelque chose dans mon assiette à tous les repas ce qui n’est pas le cas pour tout le monde.
Qu’espères-tu et redoutes-tu après ?
Bizarrement je suis dans l’optimisme. Puisqu’il nous faudra bien mourir un jour et que nous connaissons la capacité de l’être humain à retourner avec facilité dans ses déséquilibres il n’y a rien à redouter juste à attendre. Mais pour le coup, l’époque est telle, et justement dans son envergure mondiale que je crois qu’il y a franchement quelque chose à tenter, à espérer. Je pense que paradoxalement les échelons mondiaux et locaux sont compatibles pour fournir de nouveaux outils de conscience et de changements. Les initiatives sont déjà nombreuses. Il faut juste garder une vigilance accrue sur les mécanismes sécuritaires qui s’instaurent au fur et à mesure de la succession des états d’urgence. Attention à la numérisation de nos vies.
Des idées de lectures, podcasts, vidéos ?
Aaarf, je découvre le manga « Vagabond » de Takehiko Inoue, franchement je recommande. Sinon la lecture de « Paroles des peuples racines » de l’anthropologue Sabah Rahmani pour que les mots Amour et Paix ne soient pas vains mais concrets. On peut bien sûr en profiter pour lire « Du silence et esclave du temps » de Grégory Bonnefont, une œuvre et un auteur sensationnels ! Je recommande mon film préféré Dead Man. En musique BCUC à forte dose pour se reconnecter à son cœur et ses battements et sinon Los bitchos (live on kexp) et bien sûr réécouter Rythm of the night de Corona. Sinon il y a aussi le documentaire « les chemins de travers » du ligérien Sébastien Majonchi qui vient de remporter récemment le premier prix du Greenpeace festival et aussi le court-métrage « Mosquito Karma » du stéphanois et ami Noël Faure. Et bien sûr comme chaque période de crise, je recommande l’intégrale de la Petite maison dans la prairie pour entendre ce que Charles Ingalls a à nous dire de la situation. Qu’est-ce qu’ils en ont chié les Ingalls ! Ha ça les crises ils connaissent avec toutes les pestes qu’ils ont connues. Enfin je recommande de faire l’Amour, la meilleure façon d’encore et toujours se cultiver !
As-tu réfléchi à la première chose que tu ferais lorsque nous pourrons à nouveau sortir de chez-nous ?
Aarf voir mes proches, les gens que j’aime. Bosser, on doit jouer Lettre aux paysans avec Alain Besset le 7 mai à Guéret. Mais sinon j’espère que j’aurais le courage de me retrousser les manches et œuvrer pour plus de démocratie directe. Y’a plus qu’à ! Se réapproprier notre santé fait aussi parti de cela.
Un mot, un message pour conclure ?
Ma reconnaissance envers tout le personnel médical et soignant. Courage à eux. Une pensée pour les défunts et leur famille quelles que soient leur nation alitée, leur couleur de peau, leurs croyances. Un titre de Mickey 3D : Il faut toujours viser la tête. Une attestation : Je soussigné Grégory Bonnefont atteste n’avoir jamais eu confiance en ce gouvernement depuis l’élection de son Président le 7 mai 2017 à 20h.
Extrait de Vaclav et Tomas, adapté du roman « Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar » d’Antoine Choplin, Production Cie De l’âme à la vague, mise en scène Grégory Bonnefont
TOMAS
Dis-moi, Vaclav. J’ai entendu dire que tu avais envoyé une lettre au Premier Secrétaire Husak.
VACLAV
Oui. C’est vrai. C’était l’année dernière.
TOMAS
Plutôt gratinée, la lettre, d’après ce qu’on m’a dit.
VACLAV
C’est surtout de la peur que j’ai voulu parler dans cette lettre. J’ai essayé d’analyser ça, cette peur que Husak et son gouvernement ont imposée à la société tout entière, mois après mois, année après année. Et avec une drôle d’efficacité, tu ne crois pas ? Vois comme les gens ont appris à vivre avec la présence de la police. À tout moment, en tout lieu, elle peut s’immiscer dans leur vie, et les gens le savent. C’est devenu normal. On vit avec cette idée, quand ce n’est pas une réalité. Et on accepte ça avec une indifférence et une apathie insupportables. Sans parler de ceux que la peur finit par submerger tout à fait et qui ont tôt fait de trahir ou dénoncer leurs proches ou leurs collègues de travail. Évidemment, se libérer d’une telle mécanique n’est pas une mince affaire, tu imagines bien. Mais peut-être que de petites choses sont tout de même possibles. C’est en tout cas ce que je crois. Je pense à la culture, par exemple. Si on pouvait réussir à sauvegarder un espace d’expression un peu libre. Tu vois Tomas, j’ai la conviction que la culture peut être un levier. Comme un outil de savoir et de plus grande conscience sur le monde. Mais tu parles que, ça aussi, Husak l’a bien compris. Regarde comme la culture est devenue moribonde, contrôlée, souvent interdite. Ça aussi je l’ai écrit dans ma lettre et j’ai exprimé le souhait que les choses changent.




