Inutile de rappeler ici tout le bien que nous pensons du Festival Paroles et Musique et des nombreux artistes qu’il nous a permis de découvrir. Rencontre avec Simon Javelle qui prend, officiellement cette année, la suite de son père Marc Javelle, créateur du festival :

Le festival Paroles et Musiques existe depuis 1992. Qu’est-ce qui a réellement changé depuis en matière d’organisation d’un festival ?
Le métier en lui-même a énormément évolué depuis 23 ans puisque l’organisation de concerts est devenue un secteur économique à part entière, il s’est par la même occasion professionnalisé. Il faut savoir que sur des concerts type Zénith ce sont plus de 100 personnes qui travaillent sur la journée. Même sur des jauges plus petites, pour 4 artistes sur scène, c’est entre 9 et 12 personnes sur la route. Les demandes techniques ont évolué de manières conséquentes également.

Quels ont été, selon toi, les moments marquants de l’histoire du festival ?
La création en 1992 sans aucune subvention, l’arrivée du Magic Mirrors en 1997, l’ouverture du festival vers d’autres esthétiques musicales permettant de donner un second souffle au festival, la création d’actions parallèles comme P&M en liberté ou Paroles de Zinc qui permettent de créer du lien avec la population.

De l’extérieur, le festival brille toujours autant. Qu’en est-il de l’intérieur, d’un point de vue organisation et finance ?
On est comme tous les festivals et comme tous les acteurs du secteur : en recherche en permanence des solutions pour se maintenir à flot. Les financements publics sont de plus en plus difficiles à maintenir et on passe notre temps à chercher des solutions pour proposer une offre convenable au public. Depuis 23 ans, nous travaillons avec des moyens humains toujours à minima mais nous sommes des passionnés comme la plupart des gens qui composent ce métier. Nous avons connu quelques heures difficiles en 2011 et 2012 mais nous avons bien redressé la barre par la suite en faisant des choix comme l’arrêt du Magic Mirrors par exemple.

Le festival a-t-il fait l’unanimité autour de lui, des partenaires, des institutions publiques et culturelles, du public… ?
Au niveau du public, le festival connaît un succès constant avec des pointes régulières autour des 90 % de remplissage de salles. Après, l’unanimité ? Bien sûr que non, sinon ça voudrait dire que l’on est consensuel. Je sais que l’on cristallise beaucoup de choses dans le milieu culturel stéphanois par jalousie essentiellement. Certains en mairie ont contribué à alimenter ce climat délétère en montant les gens les uns contre les autres. Nous essayons de rester au-dessus de la mêlée et je constate que les gens avec qui l’on collabore n’ont apparemment rien à nous reprocher. Il faut simplement rappeler que le festival a un vrai fonctionnement associatif avec une cinquantaine de bénévoles, un CA de plus en plus impliqué, etc. Le festival ne se résume pas à la famille Javelle !

Le festival se déroule du 3 au 7 juin mais bien des choses se passeront avant… ?
Paroles et Musiques en liberté à la maison d’arrêt de la Talaudière, Paroles et Musiques dans votre salon avec des artistes qui iront jouer chez l’habitant, Paroles de Zinc avec une quinzaine de groupes locaux qui se produiront gratuitement dans les bars du 30 mai au 1er juin, sans oublier la Chorale à Musiques et ses 50 choristes qui travaillent d’arrache pied depuis 6 mois pour présenter ce beau projet. Ce sont toutes ces actions qui font le ciment du festival, qui créent du lien, des actions qui vont à la rencontre du public, voir du public dit « empêché ». Paroles et Musiques est un festival ancré dans son territoire et qui a toujours essayé d’utiliser au mieux les atouts de sa ville qu’ils soient humains ou matériels. Au total, ce sont près de 40 000 € qui sont mis dans ces actions et nous sommes fiers que l’argent public ait cette utilité-là.

L’an dernier « Fauve » était encore une découverte. Aujourd’hui, le groupe est une tête d’affiche. Est-ce aussi cela le travail du festival ?
Oui, car il y a la notion de découverte. Nous avions repéré Fauve alors qu’ils n’avaient même pas encore de producteur. Notion de fidélité également avec un suivi de ces artistes : Benabar, M, Juliette, Renan Luce, Loïc Lantoine, Karimouche et bien d’autres ont tous démarré leur aventure au festival par des 1ères parties dans des petits lieux. Nous avons ensuite accompagné leur carrière en adaptant les jauges au fur et à mesure de leurs succès

Quels sont tes coups de cœur de cette édition ?
Vous avez toujours la même question vous les journalistes ! Cette question qui fait que je vais me faire des ennemis… J’aime beaucoup l’univers de Feu Chatterton, je suis en admiration devant celui de Franck Monnet et la fraîcheur de la Demoiselle Inconnue est une respiration bienvenue.

Des artistes incontournables à découvrir ?
Têtes Raides pour leur manière d’appréhender le métier, leur faculté à toujours se remettre en question et à ne pas rester sur les acquis. De manière générale, j’ai beaucoup de respect pour les artistes qui ont une carrière comme Yves Jamait, Juliette ou encore Anne Sylvestre. Merci à tous ces artistes de nous rappeler que le plus dur c’est de durer, qu’être artiste c’est savoir faire des choix pour construire et pas seulement pour briller.

Cette édition 2014 a-t-elle été simple à programmer ? Pourquoi ?
Ce n’est jamais simple car on ne fait pas ce que l’on veut. On est dépendant des disponibilités des artistes, des moyens financiers à notre disposition sans aucune mesure avec les festivals d’été.

Programme-t-on et organise-t-on un festival de chansons à Saint-Étienne de la même façon qu’on le ferait dans n’importe quelle autre ville ?
Non, c’est totalement différent. Prenez la carte de France des grands festivals (dont je ne prétends pas faire partie). La majorité se déroule dans des villes de taille moyenne tout au plus. À Saint-Étienne, nous devons composer avec les programmations annuelles très riches du Zénith, du Fil, etc. Sans compter les saisons culturelles à proximité et les festivals. C’est une particularité qui nous oblige à être très vigilant et inventif en matière de proposition artistique, que ce soit sur le choix des artistes mais aussi sur le volet action culturelle.

De par ta position, tu as une vue assez fine de la production musicale locale. Qu’en est-il de la scène musicale stéphanoise ?
Je trouve personnellement que l’on est dans un creux depuis quelques années car peu de groupes s exportent en dehors de notre département et c’est un problème. Est-ce un manque de talent ? Je ne pense pas. D’ambition ? Sûrement un peu. Mais je suis confiant pour l’avenir proche avec des groupes qui arrivent comme Doorsfall, Lady Bug and the Wolf, Barrio Populo, Schlass et d’autres que j’oublie. Le Fil est derrière tous ces groupes pour leur apporter tout ce qu’il faut pour franchir un cap.

Le festival est toujours aussi décentralisé (Zénith, Fil, Palais des Spectacles, salle Jeanne d’Arc…). Est-ce un avantage ou un inconvénient ?
Le festival est décentralisé par rapport à l’hyper centre mais il est en plein cœur du pôle culturel stéphanois avec en plus l’arrivée de la nouvelle comédie dans 2 ans. Je rappelle simplement que l’on nous a poussé à partir du centre-ville en 2007 avec la création de 2 nouvelles salles et la fermeture temporaire de la salle Jeanne d Arc. Comme je le dis au-dessus, nous avons toujours fait en sorte de nous adapter à l’espace urbain, ce changement-là était donc dans la logique des choses.

La municipalité stéphanoise vient de changer. Cela aura-t-il des conséquences sur l’avenir du festival ?
Oui, forcément mais on ne sait pas encore dans quel sens. Plus sérieusement, pour avoir rencontré les élus très récemment et avant au cours de la campagne, le dialogue est très bon et nous parlons le même langage, celui de personnes passionnées par la ville et leurs habitants, je ne me fais donc aucun souci. Avant, il n’y avait même pas de dialogue.

Que peut-on souhaiter à cette édition 2014 et plus globalement au Festival ?
Du soleil et des gens heureux. C est déjà bien non ?