Ce serait comme un coup de billard à trois bandes. La première bande serait Jeanne d’Arc, figure symbolique de notre historique commune, figure quasi christique dont on aurait détourné la dimension politique, figure féministe rejetée par les féministes, figure spirituelle brûlée vive par les représentants de l’église, figure guerrière d’une nation naissante en mal de sauveur devant l’éternelle. La seconde bande serait Laurence Vielle. Laurence Vielle est une comédienne originaire de Bruxelles. Une carrière théâtrale remarquable, sans aucune fausse note avec quelques apartés cinématographiques. Une comédienne incarnée, comme ont dit, qui écrit depuis toujours de la poésie, comme une glaneuse de mots. La troisième et dernière bande serait Laurent Fréchuret que nos fidèles lecteurs connaissent déjà. Stéphanois, créateur du Théâtre de l’Incendie, ancien directeur de centre dramatique national, passionné de Becket et de Jeanne d’Arc…

Pendant des années, Laurent a écrit, annoté, collé, pensé, autour de Jeanne dite la Pucelle. Le Jazzman improvise autour d’une note, Laurent, des années durant, a dansé autour de Jeanne, jusqu’à composer « Sainte dans l’Incendie ». Puis un jour, Laurent a enfin trouvé son interprète Laurence Vielle et ainsi est né ce spectacle qui, depuis, ne cesse de tourner. Poème dramatique pour jeux, voix et corps humains, « Sainte dans l’incendie » est une fantaisie héroïque, une suite de variations sur une petite paysanne de légende, brûlée par la vie, traversée par des voix oubliées, échafaudant une autre histoire de France, faisant théâtre de tout. La traversée au pas de course d’une petite vie infinie. Il s’agit d’une rêverie éveillée, d’une action d’enchantement, des intuitions d’une ignorance infuse, d’art naïf, d’une fraternité dans les ruines, d’un amour anachronique, d’un hommage au jeu du fou au pied du bûcher, d’une confidence, d’une lutte joyeuse, d’un dialogue public. L’ombre d’une chance. De la matière pour une athlète du verbe.

Comédie de Saint-Etienne – Du 3 au 10 novembre