Saint-Chamond est très dynamique. C’est ce que l’on entend souvent lorsqu’on évoque le nom de cette ville. en redonnant vie à des sites patrimoniaux tels Novaciéries ou en rénovant certaines places centrales, mais aussi en ayant à cœur de soutenir la vie culturelle, les associations, les actions d’éveils en faveur des différents publics, elle a su se doter d’une image positive qui n’est pas le fruit du hasard. Nous avons rencontré plusieurs actrices de cette belle aventure, Emmanuelle Fournier, Directrice de l’Animation et de la Culture, Laurence Bonadei, Responsable Unité Spectacle Vivant et Stéphanie Calaciura, élue à la culture qui nous donnent un éclairage sur leur travail et sur ce que nous pouvons découvrir tout au long de la saison. Rencontre :

Nous sommes dans les locaux de la DAC (Direction de l’Animation et de la Culture). Comment fonctionnez-vous ?

Il y a 4 unités qui sont la culture, l’animation, le patrimoine et le spectacle vivant. L’idée est que chacun soit autonome avec ses projets, même si certains peuvent être impulsés par les services, les élus, cela dépend. Le rôle de la DAC est de créer des passerelles entre chaque unité, au travers des événements. Par exemple, le Spectacle Vivant intervient en résonance avec la Biennale de design qui s’est faite à Saint-Chamond par la première édition de la Rue de La République des Arts.

Quels sont vos moyens financiers ?

À l’échelle de la ville, il y a une réelle volonté de mettre les moyens nécessaires pour maintenir notre niveau d’exigence. Nous sommes globalement en légère hausse au niveau du budget concernant le fonctionnement et il y a des investissements pour lesquels des moyens vont être affectés comme la transformation de l’ancien cinéma en salle de spectacle et la salle d’exposition à l’Hôtel-Dieu. Concrètement, pour la DAC, nous disposons d’environ 500 000 euros pour le fonctionnement. Si l’on rajoute à cela le conservatoire, la médiathèque, les subventions aux associations, etc. Nous devons, tout cumulé, disposer de plus d’un million d’euros.

Saint-Chamond a toujours soutenu la culture. Concrètement comment cela se traduit-il ?

Déjà, je commencerais par citer le soutien aux associations qui sont très dynamiques et qui ont une grosse activité à l’échelle de la ville. Je pense bien sûr au Rhino Jazz, à Atout Monde (La Rue des Artistes) et aux Amis des Orgues de Saint-Pierre entre autres, qui constituent un patrimoine culturel que la ville a à cœur de développer et d’accompagner. Cela rentre aussi dans notre logique de programmation, puisqu’ils font partie intégrante de notre saison culturelle. Et puis, il y a un engagement à la fois populaire, en programmant des têtes d’affiche comme Zazie et des formes plus intimistes. Nous avons également beaucoup d’animations gratuites dans l’idée de toucher le plus de personnes possible, cela grâce à des artistes connus ou reconnus dans leurs disciplines. Il y a un gros soutien à la création avec des compagnies en résidence qui créent également une belle dynamique…

Le patrimoine n’est pas oublié. Pouvons nous évoquer en quelques mots le projet Novaciéries ?

Ce site était condamné depuis des années suite à la fermeture des usines. Il est maintenant devenu un lieu de loisirs. À l’échelle de la DAC, nous intervenons pour y mettre de la vie, de l’animation, de la culture. Il y a eu la fête de la musique, il va y avoir des rendez-vous d’art contemporain, de danse contemporaine. Il y a aussi des œuvres d’art sur le site… Nous essayons de nous approprier ce lieu pour en faire un lieu de vie attractif.

Il y a d’autres projets de ce type ?

Il y a déjà le cinéma Véo Grand Lumière qui s’est installé. Mais il y a également plusieurs halles qui sont inoccupées et qui ont une vocation à revivre avec peut-être la construction de nouveaux équipements culturels.

Les moyens augmentent légèrement mais certains festivals comme la Rue des Artistes ont des difficultés pour trouver des financements. Comment collaborez-vous avec eux ?

Il y a déjà une hausse des subventions qui sont accréditées à l’association Atout Monde. La ville continue son accompagnement de ce point de vue là. Nous mettons aussi à disposition le parc, du personnel, du matériel, etc. L’association arrive à travailler avec nous comme lors de la biennale de design où elle avait investi une boutique, qu’ils souhaitent d’ailleurs refaire pour la prochaine édition du festival. Là aussi il y a un gros apport de la ville, qui les accompagne, mais leur laisse également leur autonomie. Elle a sa propre programmation et fait ses propres choix. Nous n’avons pas connaissance de difficulté particulière, le festival se porte bien et crée de nouveaux projets. C’est un travail collectif de part et d’autre.

La culture dans son ensemble traverse une période difficile. Quel est votre propre regard sur ce phénomène ?

C’est un phénomène complexe. Beaucoup de finances publiques sont retirées, mais aussi de grosses plates-formes privées comme en musique avec le streaming par exemple, prennent peu à peu la place du spectacle vivant… C’est sûr que faire de la billetterie payante en salle ça se réfléchit aujourd’hui. Quel public veut-on avoir ? Si l’on veut des jeunes, qu’est-ce qu’on propose et à quel tarif ? Sans que tout cela ne soit totalement gratuit parce que bien évidemment la culture a un coût ! Il n’y a pas de solution miracle mais nous faisons un gros travail de médiation culturelle auprès des écoles, des partenaires pour construire le public de demain. En ayant une offre gratuite en rue, et payante en salle, nous arrivons à toucher à peu près tous les publics sur toute une saison mais avec des stratégies différentes. D’autant plus qu’il existe le pass découverte retraités, le pass jeunesse et le pass région pour une aide au financement de la place de spectacle.

Les temps forts justement sur une saison, quels sont-ils ?

Il y a déjà la saison culturelle, qui représente une bonne part avec une vingtaine de dates, avec des têtes d’affiche qui font salles combles et des propositions plus intimistes, et des créations avec des compagnies en résidence. Zazie sera un temps fort évidemment, dans une salle avec 1 200 places debout ; un partenariat avec le festival des Arts Burlesques qu’on poursuit avec Bernard Mabille ; avec Atout Monde nous avons créé un tremplin de musiques actuelles, qui est un moment fort afin de dénicher des jeunes talents et de les soutenir réellement. En termes d’animation, il y a le carnaval qui est un temps fort à l’échelle de la ville puisque tous les centres sociaux collaborent, la biennale de design tous les deux ans donc, la fête de la musique, les journées du patrimoine, la fête de la science, les illuminations notamment avec les déambulations, la présence du Père Noël, le marché de Noël également. Nous avons d’autres événements moins fixes comme les murs peints dans la ville, qui se font au regard du projet urbain… Nous sommes également partenaires de la Métropole donc on travaille autant que possible avec Saint-Étienne et les autres villes.

Et le spectacle vivant dans tout ça ?

Nous avons deux compagnies en résidence, ce qui nous permet de construire des propositions artistiques et culturelles singulières à l’échelle du territoire de rendre acteurs les habitants de Saint-Chamond, en particulier la jeunesse. Comme projet phare, nous allons avoir un parcours dansé « Scène Urbaines Danse », dans le cadre d’un projet d’éducation artistique et culturelle qui va se faire sur le site de Novaciéries piloté par le collectif Collective/less dont et le chorégraphe Robin Lamothe. Cela s’articulera aussi autour de l’art contemporain avec un appel à projet d’artistes dans l’idée de mêler art et spectacle vivant. Cela se passera de janvier à avril avec plus d’une centaine d’heures de pratique artistique pour les jeunes dans le cadre scolaire et périscolaire. Nous serons vraiment dans une transversalité avec le patrimoine et les arts vivants et la création artistique. Il y aura dans le même temps des visites guidées sur le site pour que les jeunes aient connaissance du patrimoine, de l’histoire de ce site. Plus d’une centaine d’enfants seront impliqués. C’est une première édition donc nous espérons poursuivre ce travail les années suivantes avec les partenaires de l’événement. Nous souhaitons interroger le public, notamment le plus jeune, et l’amener vers des événements différents et surprenants. Sont impliqués sur d’autres spectacles ou thèmes d’actualité le conservatoire ou la médiathèque avec des ateliers, des échanges, pour croiser les publics et favoriser les rencontres.

La salle Aristide Briand voit chaque année de grands artistes s’y produire. C’est quoi le secret ?

L’attractivité de Saint-Chamond bien sûr 😉 Il y a, plus sérieusement, une vraie relation de confiance qui s’établit au fil du temps. Il y a aussi tous les travailleurs de l’ombre, les tourneurs, les producteurs avec lesquels nous travaillons beaucoup. Nous essayons aussi d’avoir les artistes qui passent en tournée et qu’on arrive à faire venir chez nous ! Nous essayons indéniablement de faire en sorte qu’il y en ait pour tous les goûts. C’est vraiment notre challenge. Le fait de travailler avec des partenaires associatifs y contribue grandement puisque nous arrivons à avoir du cirque avec le Festival des 7 Collines, de l’humour, du classique, du jazz et de la variété… Nous insistons sur le jeune public car il y a eu un gros travail de fait cette saison. Par exemple, le spectacle Alice qui n’est pas dédoublé en spectacle scolaire pour inciter les familles à venir tous ensemble. Nous avons revu aussi nos tarifications sur les abonnements « famille ».

Un petit mot sur la Biennale de design ?

La rue de la République des arts et son café ont été une très belle expérience. Il y a eu de gros moyens à l’échelle de la ville qui ont été mis sur ce projet. Cela nous a permis de lui donner une dimension professionnelle, notamment avec le recrutement d’une chargée de mission. L’idée a été de travailler pour et avec les commerçants, avec la problématique du dépeuplement des centres-villes et dans lesquels il y a de moins en moins de commerces. Nous avons souhaité redynamiser cette rue par la culture et par le design, à l’instar de Saint-Étienne. Le bilan est très positif déjà au moment de l’événement avec des boutiques éphémères, des expositions, des restaurants éphémères… Beaucoup de monde et de curieux sont venus découvrir ces expériences. Les associations comme Arte Diem et Atout Monde que nous évoquions se sont emparées de l’événement et ont emmené leur public. Le café a été un moment de partage et a créé du lien social, et enfin les médiations culturelles et les ateliers mis en place ont bien marché également puisque nous voulions accompagner le public pour qu’il puisse profiter pleinement de ces expériences. Après l’événement, une artiste est restée plusieurs mois et certaines boutiques que nous avions investies sont aujourd’hui encore occupées. C’est donc clairement l’effet Biennale de design. Nous participerons à la prochaine biennale sans aucun doute, mais nous repenserons le concept pour ne pas faire la même chose !

Qu’allons-nous découvrir d’ici Noël ?

La comédie musicale Alice sera un temps fort avec un avant et un après spectacle avec une rencontre de la compagnie et dans le même temps une restauration gourmande pour profiter pleinement de ce moment. L’idée est de se sentir bien à la Salle Aristide Briand, qu’on ait envie d’y rester, et d’y revenir 😉 À la toute fin d’année il y aura les féeries de décembre, les déambulations, les échassiers, des structures avec des bulles de savon, le final de la compagnie Transe Express avec de la pyrotechnie, le marché de Noël sur le parvis de l’Hôtel-Dieu, et des animations, des concerts, des spectacles, une ferme pédagogique, le Père Noël…

Le mot de la fin ?

À Saint-Chamond, il y a cette volonté que la culture donne une nouvelle image à la ville et je crois qu’elle est en train de réussir son pari. C.Q.F.D.