J’ai eu l’occasion ces derniers jours de voir trois films français dont l’ambition était de témoigner des affres complexes et délicates de l’adolescence. Je veux parler de « Tout Schuss », réalisé par François Prévost-Leygonie et Stephan Archinard, « Le nouveau » de Rudy Rosenberg et de « Bang Gang » d’Eva Husson. Dans des genres différents et avec des approches parfois mêmes opposées, ces trois films, qui ont bénéficié de la structure publique de subventionnement de l’État Français, prenaient pour toile de fond des classes de collégiens (« Tout schuss » et « Le nouveau ») ou lycéens (« Bang Gang »). « Tout schuss » se revendique être comédie légère et décalée, franchement ratée, et suit la classe de seconde d’un lycée Parisien au ski. « Le nouveau » suit, non sans ennui également, les aventures douces et amères d’un collégien de classe de 4e accueilli dans un nouveau collège du centre de la capitale. Enfin, plus ambitieux sans doute, mixant façon copier-coller sans vergogne l’univers de Larry Clark (« Kids ») et de Sofia Coppola (« Virgin Suicides »), « Bang Gang » accompagne les dérives sexuelles d’une classe de première dans un lycée de Biarritz. Le point commun de ces trois films étant le goût d’amertume et de désolation qu’ils m’ont procuré par l’absence de toute prise de risque ou d’audace de la part des réalisateurs respectifs qui, sans doute, à cause des règles un peu usées de notre système de production et notre « exception culturelle » dont nous sommes si fiers pourtant (à juste titre…), réalisent des films comme des fonctionnaires territoriaux (avec tout le respect que l’on peut avoir pour les fonctionnaires territoriaux).
Malheureusement, nous n’avions pas attendu 2016 pour constater la médiocrité de notre cinéma national qui doit sa survie à ce système de soutien de l’État et de la chaîne privée Canal +, prisonnière de son cahier des charges. Il y a des années que les films de cinéma Français sont en réalité des films produits, calibrés et réalisés pour la télévision. Il en va ainsi et ce système, au fond, semble satisfaire, à des degrés différents, l’ensemble des intervenants de ce secteur. Soit. Mais ce système, pourtant validé par la puissance publique, devient dangereux parce qu’il nie une réalité sociale, sociologique et politique grave et insupportable. En effet, dans ces trois films ayant pour toile de fond des classes de collégiens ou de lycéens parisiens et provinciaux âgés de 14 à 16 ans, on ne voit aucune trace de la diversité ethnique de notre pays. Aucuns Maghrébins, aucun Arabe, aucun Noir, aucun Antillais, aucun Asiatique…n’apparaîssent dans les trois classes représentées par ces trois films. Comment peut-on encore imaginer une jeunesse française urbaine sans cette diversité ? Dans quelle rue de ville française peut-on constater aujourd’hui cette exception ethnique qui nie toute forme de diversité ? Dans quelle classe parisienne, deux des films se situent à Paris intra muros, peut-on observer une telle uniformité ethnique ? Aucune. On me rétorquera que dans « Tout schuss », on retrouve Melha Bedia, la sœur de Ramzi Bedia (d’Éric et Ramzi), mais la lycéenne qu’elle interprète se prénomme Brenda, un prénom plus anglo-saxon que méditerranéen, non ? Alors que dans « Le nouveau », s’il est bien question d’une élève issue de l’ « immigration », il s’agit d’une élève suédoise, de qui se moque-t-on ?
Pour réaliser ces trois films français, les réalisateurs ont été épaulés dans leur ambition par des équipes de production et de casting. On imagine aisément qu’autant dans les opérations de productions que de distribution, nombre de personnes différentes ont dû intervenir dans le processus productif. À aucun moment, l’une d’entre elles n’aura senti le besoin d’une représentation sociale plus réaliste, car, faut-il le rappeler, ces trois longs-métrages revendiquent une forme de réalisme et de vérité… On ne parle pas là d’œuvres de films de Tim Burton ou de Jim Jarmusch… !!! On parle de films qui entendent être pleinement en phase avec leur époque… Difficile de ne point faire de lien entre cette constatation terrible, qui nous projette comme aux années 80 lorsque notre cinéma était monochrome, et l’État de paranoïa général qui touche notre pays, consécutif à la série d’attentats terribles et meurtriers. Difficile de ne point constater un retour en arrière dans cette représentation des minorités qui, malheureusement, ne touche pas que l’industrie cinématographique. Il suffit d’allumer son poste de télévision pour confirmer cet état de fait que n’a pas hésité à faire un certain Rachid Arab, ancien présentateur du journal de France 2, précurseur en la matière.
Consciente ou inconsciente, cette négation esthétique, culturelle, artistique et visuelle d’une partie de notre population est un élément qui ne peut que renforcer l’état de défiance généralisée qui touche nos concitoyens français de culture, plus que de culte, musulmane. Mais par le truchement de son système de subventionnement public, l’État valide pleinement cette incroyable situation. Curieusement, on peut rapprocher cette terrifiante myopie avec celle qui caractérise les nominations aux Oscars, où pour la seconde année consécutive aucun Afro-Américain ne figure dans les listes des présélectionnées. J’ai déjà eu l’occasion de le préciser, ici ou là, mais la situation des différentes minorités qui vivent sur notre territoire depuis bientôt 3 générations a beaucoup à voir avec l’oppression étatique, policière et judiciaire que subissent les Afro-Américains outre-Atlantique.




