Dans son dernier ouvrage, « Soumission », qui n’est pas comme l’ont souligné trop de médias nationaux un dénigrement en règle de l’Islam (mais ces journalistes trépidants ont-ils seulement lu cet ouvrage ?), Michel Houellebecq fait dire à l’un de ses personnages que l’univers est si bien constitué qu’il ne peut être le fruit du hasard. D’où la nécessité d’un grand coordinateur, d’où la nécessité de croire en un dieu créateur (je résume, bien sûr). On pourrait penser la même chose de notre système libéral. Le système est tellement bien fait qu’il ne peut être l’œuvre que d’une réflexion approfondie et maîtrisée. Depuis la révolution industrielle, pour faire simple, et l’avènement de nos républiques occidentales, on nous vend le concept de démocratie, de liberté, de fraternité et d’égalité. Dans les faits, bien évidemment, il n’en est rien. Même si on est obligé de constater que le niveau de vie moyen de nos populations s’est nettement amélioré ces deux derniers siècles (il faudrait être fou pour le nier), il n’en reste pas moins que jamais les inégalités n’ont été aussi flagrantes et que les poches conséquentes de pauvretés se sont développées au sein même de nos sociétés. Le système de reproduction des élites n’a jamais été aussi performant. Il suffit de constater, par exemple, le pourcentage d’élèves issus de milieux modestes intégrant nos grandes écoles nationales pour constater un retour en arrière phénoménal. Or, seule une éducation libre, partagée et de qualité permet cette réelle égalité. Aujourd’hui, nos systèmes éducatifs brillent dans la reproduction des schémas sociaux et culturels. Les enfants issus des classes sociales aisées sont nettement favorisés par rapport à ceux émanant de classes sociales plus modestes. Bien sûr, quelques exceptions sont mises en avant pour confirmer uniquement la règle. En cela, notre système éducatif n’a rien à envier aux modèles anglo-saxons qui se sont imposés presque malgré nous.

Parce que les chiffres n’ont d’intérêt et de sens que lorsqu’ils se croisent, voici quelques informations chiffrées qui en disent long sur nos jeunesses occidentales : Plus de 22 % des étudiants anglais sont des travailleurs du sexe pour pouvoir payer leurs études et leurs achats de la vie quotidienne. Parmi ces 22 %, 5 % d’entre eux se prostituent régulièrement pour payer leurs études. Ce qui concernerait près de 100 000 jeunes anglais. Ces chiffres font froid dans le dos ! Il faut savoir qu’il y a quelques mois, le gouvernement de D. Cameron avait décidé de multiplier par trois les coûts d’inscription universitaire, les frais de scolarité passant de 4 000 à 12 000 euros par an. En 2012, une étude réalisée par l’Amicale du Nid auprès des étudiants de l’université Paul-Valéry de Montpellier, permettait, pour la première fois en France, de mesurer la nature de ce phénomène sur notre territoire. Un questionnaire a été envoyé par courriel aux 18 800 élèves inscrits lors de l’année universitaire, 1 800 d’entre eux ont répondu. Parmi eux, 4 % se sont déjà prostitués et 3,3 % ont déjà été clients. Tout le monde sait pertinemment qu’un étudiant qui travaille en même temps qu’il étudie a trois fois moins de chance de réussite que ses autres camarades.

D’autres études centrées sur la consommation de  cannabis montrent que plus de 20 % des jeunes Français âgés de 15 à 24 ans, consomment plus ou moins régulièrement de la résine de cannabis ou de la marijuana. Ce qui place la France dans le trio de tête des pays d’Europe avec le Danemark et l’Espagne. Lorsque l’on connaît les conséquences d’une consommation régulière de cannabis sur le comportement social et/ou la mémoire, on mesure l’obstacle que peut constituer une consommation régulière dans le cadre d’études universitaires. Enfin, une nouvelle récente étude nous alarme sur la consommation d’alcool de cette même tranche d’âge. En 10 ans, note cette étude, la part des 18-25 ans qui ont connu au moins une ivresse dans l’année est passée de 33 % à 46 % tandis que ceux qui en ont connu au moins trois a presque doublé, de 15 % à 29 %. Les séances d’alcoolisation massive, connues sous le nom anglais de «binge drinking», sont elles aussi en essor depuis ces dernières années en France. 14 % des 15-24 ans, 10 % des 25-34 ans s’y sont adonnés au moins une fois dans l’année. Mais alors que les ivresses et les beuveries étaient autrefois plus courantes chez les jeunes hommes, les jeunes femmes sont désormais de plus en plus concernées. C’est notamment le cas des ivresses répétées (au moins trois ivresses dans l’année) chez les étudiantes dont le nombre est passé de 8 % en 2005 à 19 % en 2010 et 28 % en 2014. Ainsi, au-delà des violences, l’ivresse peut également conduire à des comas éthyliques potentiellement mortels et des rapports sexuels non protégés. C’est pourquoi il faut rappeler que la Grande-Bretagne possède toujours le taux le plus élevé de natalité chez les mineurs par rapport aux autres pays européens. C.Q.F.D.

À force de marketing, de publicité, de discours politiques lénifiants et d’émissions de télé débiles, nous avons fini par accepter qu’il fallait payer pour éduquer nos enfants. Dans son appétit jamais rassasié, le marché a fini par dévorer l’enseignement supérieur qui est devenu un business comme un autre. Nous avons fini par rendre les armes. Même sur ce sujet capital et si républicain… Faut-il encore s’étonner (en plus de tout le reste….) que des jeunes Français préfèrent encore le Djihad qu’à ce type de société rêvée ???