Cette première question est un peu personnelle, peux-tu nous dire ce que représente la danse pour toi ?

Pour moi, la danse c’est de la poésie en mouvement. Contre toute attente, alors que je viens plutôt du théâtre, je me suis surpris à éprouver des émotions très très intenses en regardant des spectacles de danse. Les corps en plateau m’évoquent un univers poétique, sensible, méditatif, contemplatif. Je trouve que c’est une forme de quintessence d’un langage artistique qui provoque au public et à moi-même une connexion qui impose un certain silence intérieur. Par le mouvement des corps, la danse fait juste appel à la présence, à l’écoute et à l’imaginaire. J’aime aussi son côté « universel ». On est sur des émotions partagées quelle que soit notre langue, quelle que soit notre culture. C’est un art vivant très ancien. De tout temps on a dansé. Que ce soit pour les rites funéraires, pour les célébrations, la danse est présente au quotidien dans nos vies, ce qui lui confère également une dimension sacrée, spirituelle ; Une connexion à quelque chose de plus grand que soi.

Depuis au moins une dizaine d’années, le Théâtre du Parc s’engage activement dans la programmation de spectacles de danse, notamment avec son festival « Temps Fort Danse », mais aussi dans sa programmation « classique ».

Effectivement, l’esthétique danse est présente depuis longtemps dans la programmation du théâtre. Essentiellement pour deux bonnes raisons : La première est très technique puisqu’on a un plateau qui s’y prête. On peut donc accueillir au mieux des chorégraphies et l’art de la danse. La deuxième est que sur le département, il y a beaucoup d’acteurs de la danse mais il y a un déficit de structure d’accueil et de diffusion. On a donc choisi de prendre ce créneau. Pendant longtemps on a proposé « Temps fort danse » qui ouvrait notre saison et qui permettait à un grand nombre de compagnies chorégraphiques présentes sur le département et sur l’agglomération stéphanoise de bénéficier d’un espace de visibilité. Ce festival est aujourd’hui intégré au nouveau festival « Matières Vives ». Enfin, nous avons également des partenariats avec des associations, le Conservatoire d’Andrézieux Bouthéon, certaines compagnies qui interviennent également au Théâtre du Parc et plus largement sur la Ville d’Andrézieux, impulsé par une dynamique d’EAC (Éducation Artistique et Culturelle) autour de la danse notamment.

Ce qui de fil en aiguille a permis d’obtenir le label Scène conventionnée Art et Création pour la Danse et les Arts en Mouvement. De quoi s’agit-il exactement, et quelles sont les exigences associées ?

L’obtention de ce label représente plus de deux ans de travail. Il s’agit d’une reconnaissance de ce qui a été fait, effectivement, mais ça implique également un certain nombre de responsabilités envers les artistes, qu’ils soient locaux, régionaux ou nationaux. Il y a un cahier des charges très précis qui est donné par l’État. Nous avons la mention Art et création, donc nous intervenons sur l’aide à la création pour les compagnies chorégraphiques du territoire, avec l’accueil en résidence, la coproduction, la diffusion, la mise en réseau professionnel, etc. On a obtenu cette reconnaissance en juillet 2024, signée par Mme la ministre de la Culture, et on est conventionné de 2024 à 2027. C’est à l’intérieur de l’écriture de ce projet qu’a été proposé à l’ordre du jour le festival Matières Vives, en se basant sur sa cohérence pour lancer une dynamique, puisque le TDP n’était pas le seul à être actif sur le département pour la danse. Ça répondait à des attentes dans le sens où l’on sait que la danse est présente dans la vie des gens, et paradoxalement c’est plus difficile de les emmener en voir. La fréquentation des spectacles de danse est bien moins évidente que pour la musique ou le théâtre par exemple.

Parlons du festival. Comment tout cela s’est organisé dans le temps ?

C’est la première édition, et nous ne pouvions pas nous douter qu’il y aurait 20 structures qui intégreraient ce projet. On sent que ça répond à des attentes, que sa coche des cases aussi bien au niveau politique puisqu’on a eu un grand soutien des partenaires publiques que sont la DRAC, la Région, le Département et la Métropole stéphanoise. Mais la force de ce festival c’est aussi sa dimension collective. Même si c’est le Théâtre du Parc qui pilote, nous ne sommes pas tout seuls. Il est porté par le réseau Loire en Scène et quelques autres structures. C’est vraiment une ambition collective et coopérative, de mener à bien ce festival. On sait que c’est difficile, et que la période elle-même est difficile. On ne s’en sortira qu’en étant réunis, en étant ensemble. Ce collectif qui nous a permis d’inventer quelque chose d’unique, de propre à notre territoire, et non de reproduire ce qui peut déjà exister ailleurs. Il y a 20 structures, dont 15 structures d’accueil, et cinq structures de création. On a ainsi mutualisé nos ressources. 1 + 1 égal 3. Nous avons établi une ligne éditoriale très claire, avec 25 compagnies programmées, dont une quinzaine de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et plusieurs créations. Cela dit, il n’y a pas d’ingérence, chaque lieu a choisi indépendamment et en conscience sa programmation mais avec une ligne éditoriale commune, une communication commune, et un tarif unique. Il y aura bien entendu des événements collaboratifs, comme l’inauguration, la clôture, ou la journée professionnelle, etc.

Pour le grand public, il est possible de voir par exemple une sortie de résidence au Verso, participer à une table ronde à la Comète dont la thématique est Culture et Santé, continuer en allant voir la création ¡Noces ! de la Cie ballet 21 et de terminer au Fil avec un bal jusqu’à 3h du matin. Il y aura bien sûr d’autres moments pour fédérer autour de la danse, des initiatives EAC, des stages, des ateliers, des expositions,… mais vous avez compris l’idée générale. Tout cela s’est construit avec les partenaires, en mettant sur la table des propositions, et abonder au sein de cette dynamique collective. C’est pour ça, il me semble, qu’on a un beau programme pour cette première édition. On s’est adjoint l’agence de communication les globules, c’est important de le dire, qui a fait un super travail pour nous accompagner dans la mise en œuvre de notre communication autour du festival.

Vous avez chacun proposé une programmation. Y avait-il des critères à respecter ?

On avait évoqué cela de manière informelle, mais chaque lieu connaissant un peu les problématiques, par exemple du soutien à l’émergence, les a prises en compte. Nous avons aussi fait en sorte de réguler les dates, échelonner les spectacles, proposer des parcours, ou de veiller à ce que des compagnies puissent jouer dans le sud du département puis dans le nord pour leur permettre de faire une tournée, comme la compagnie Minuit, la compagnie Propos, la compagnie Voltaïk… L’objectif est vraiment de créer un événement festif, qui donne envie, qui suscite la curiosité, celle d’aller voir ce qui s’y passe.

Est-ce que tu veux citer quelques spectacles pour nous mettre un peu l’eau à la bouche ?

On peut déjà rappeler le fait qu’on mise vraiment sur l’accessibilité. Les places sont au tarif unique de dix euros, et cinq euros pour les moins de 12 ans. Il y a des sorties de résidence qui sont gratuites et ouvertes au tout public, qu’on peut retrouver au théâtre du Verso ou au Magasin. Un spectacle également gratuit, Animal Travail, de la Cie Jeanne Simone est proposé par Superstrat le 12 mars au Puits Couriot et qui interroge le lien au travail avec de la danse et du théâtre. Ce qui me permet d’ailleurs de préciser qu’il n’y aura pas que de la danse contemporaine au festival, mais d’autres esthétiques comme danse et théâtre, danse et slam, danse et musiques, danse et rollers… Sinon, je pourrais citer le spectacle « Pain Pieuvre « de la Cie INO, le 12 mars à l’espace Guy Poirieux à Montbrison, c’est un moment attendu. Une autre création, Chambre noire, de Pauline Bayard, de la compagnie Minuit le 14 mars au Théâtre du Parc. C’est un spectacle très attendu, puisqu’elle est artiste associée au théâtre et c’est la première fois qu’elle sera seule sur scène. On pourrait vous donner rendez-vous également pour le spectacle « Love » de la Cie Voltaïk le 7 mars à Saint-Chamond, un mélange de danses folkloriques, d’une écriture contemporaine, et de hip-hop. La compagnie Le Scribe pour « Pacific Square » qui va ouvrir le festival le 7 mars à Firminy et qui mélange roller et danse, etc. Même si on n’a pas l’habitude de voir de la danse, on a vraiment misé sur l’accessibilité, pour que les gens puissent venir découvrir des spectacles, y compris des spectacles jeunes publics.

Un mot pour conclure ?

Le sous-titre du festival c’est : « Matières Vives Festival, ressentez la danse ». Avec l’ensemble des partenaires on a ressenti cette cohésion qui nous a permis de porter ce projet. On vous attend nombreuses et nombreux dès le 5 mars pour venir ressentir la danse, découvrir toute la beauté de cet art, et sa vivacité à l’intérieur de notre département.