Quelques mots pour vous présenter ?
Je m’appelle Patrice Melka, je suis le directeur du Théâtre du Parc d’Andrézieux-Bouthéon, en confinement comme un tiers de la population mondiale. Je réapprends à passer mes soirées à la maison, car à vrai dire, il n’y a pas une semaine dans la saison qui se passe sans que je sois 2, 3 voire 4 soirs dans des salles de spectacle en repérage ou en accueil du public. La passion est telle qu’il faut vraiment un chamboulement d’ordre mondial pour m’assigner à résidence !
Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?
Je pense comme beaucoup, entre sidération et inquiétude pour soi mais surtout pour ses proches. Un profond respect pour les soignants qui font face au quotidien pour lutter contre la maladie. Une pensée forte aussi pour les plus fragiles qui sont touchés de plein fouet par la situation. Que ce soit d’ordre professionnel ou dans la vie personnelle, j’ai l’impression que le souci du bien de tous n’a jamais été aussi fort.
D’un autre côté, ça demande un effort pour réaliser complètement le bouleversement auquel nous sommes confrontés. Les philosophes d’aujourd’hui nous aident d’ailleurs à regarder le réel en face, à comprendre que cette réalité existe !
La culture est fortement impactée par les mesures de confinement. Quelle incidence pour vous ?
Beaucoup de travail à la maison ! il faut réorganiser les missions de l’équipe, répondre aux inquiétudes des artistes, aux sollicitations des partenaires et des tutelles… Cette situation exceptionnelle a pris de court tout le monde et n’a surtout pas d’équivalent. Chacun avance à tâtons, il y a une formidable intelligence collective qui s’opère pour inventer des réponses à la hauteur.
Qu’espérez-vous et redoutez-vous après ?
On peut probablement se réjouir de l’idée d’un bénéfice pour la planète et du changement de mentalité que cela va induire grâce à la prise en compte de notre vulnérabilité, et ce, quelle que soit notre appartenance culturelle, sociale et économique. Il y aura un avant et un après covid-19, avec l’avènement sans aucun doute d’un nouveau système de valeur, plus vertueux.
Se pose la question paradoxalement de la relation humaine, et notamment dans ce qu’elle porte en elle de chaleureux : le toucher, le contact, les embrassades : comment sortir de la peur et de la méfiance de l’autre vu comme danger potentiel ? c’est terrible ! Comment ne pas rester enfermer dans le confort de la relation à distance, numérique et virtuelle.
Il faudra oser sortir de soi, osez sortir de chez soi, osez se remettre en contact. J’espère que la force d’attraction des salles de spectacle y contribuera.
Des idées de lectures, podcasts, vidéos ?
• OVNI d’Ivan Viripaev, des témoignages de rencontre avec des êtres du 3ème type, comme ce que l’on vit est un peu surnaturel….il s’agit surtout d’individus de tous les jours qui nous parlent du besoin de reconnexion avec soi-même et le monde.
• Journal de confinement du dramaturge Wajdi Mouawad, en podcasts sur le site du Théâtre de la Colline.
• Se revoir les deux « Kill Bill » de Tarantino, ça détend.
Vous avez réfléchi à la première chose que vous feriez lorsque nous pourrons à nouveau sortir de chez-nous ?
Retrouvez la famille et les amis autour d’un bon verre, pardi ! Puis filez voir un spectacle 😉
Un mot, un message pour conclure ?
Le signe d’une main pour dire merci,
L’autre main pour dire courage,
Les deux pour dire à bientôt.




