Nous, quand je dis nous, je veux parler du bel objet imprimé que vous avez entre les mains, nous partageons le privilège de l’ancienneté avec le Festival Paroles et Musiques qui fête sa 23e édition. Pas besoin d’être le petit-fils de Maître Capello pour deviner notre année de naissance. 1992. Je sais, le temps est assassin… Ça tombe bien, non pas que le temps soit spécifiquement assassin, mais que le parrain de la première édition du festival Paroles et Musiques était Léo Ferré, qui quittera le monde des vivants quelques mois plus tard. Avec le temps, va, tout s’en va… On n’imagine pas ce que c’est que d’organiser une telle manifestation avec une structure aussi minimaliste. Un vrai tour de force. Alors, on ne va pas jouer aux anciens combattants, dire qu’avant tout était mieux, tout était plus beau, les chansons mieux écrites, forcément. D’autant que le festival a su, tout en mettant le temps c’est vrai, s’ouvrir à la Nouvelle Chansons Française à la fin des années 90, puis aux Hip-Hop ou aux musiques électroniques ces dernières années. Une ouverture indispensable et souhaitable. Forcément.
Non, cette ancienneté ne nous confère au fond qu’un seul privilège, celui d’avoir le recul nécessaire pour affirmer que cette 23e édition présente l’une des plus belles programmations de toute l’histoire du festival. Bon, en alignant ces mots qui composent un jugement de valeur subjectif, j’entends déjà, ici ou là, des avis divergents, voire des oppositions plus marquées. Forcément, c’était mieux avant, non ? Alors, pourquoi cette programmation 2014 me paraît-elle si pertinente ? Tout simplement parce qu’elle offre le meilleur de la production Française (ou francophone, n’oublions pas Maestro) dans toute sa diversité et sa complexité. Il y a ce lien avec l’histoire du festival, à travers Anne Sylvestre, cette ouverture populaire avec Stromaé, cette fidélité qui lui est propre, les Têtes Raides, Yves Jamait, cette impertinence, Juliette, cette modernité, Émilie Simon, cette audace, Fauve, cet ancrage local, Redbong ou les Tit’Nassels, cet avant-garde, François & The Mountains, cet humour, Giédré, cette folie, Babylon Circus, cette révolte, La Maisonquitientchaud, cette tradition aussi, Renan Luce…
Et puis, au-delà de la programmation, il y a aussi l’esprit. L’âme du festival, Marc bien sûr mais pas que. Les engagements envers les détenus de la maison d’arrêt, Paroles de Zinc, les Tit’scènes, la Chorale à Musiques, le Village évidemment, lieu de rencontres et de découvertes, la prise de conscience écologique (à travers la posture responsable du festival) et sociale, avec notamment un partenariat avec l’association Emmaüs. Sans doute, le Festival est-il à l’image de la ville. Une ville, consciente de ses limites économiques, sociales et culturelles mais désireuse d’associer le plus grand nombre dans un développement apaisé et responsable. « Paroles et Musiques » n’a eu cesse toutes ces années d’associer plaisir (de la musique) et sens (des responsabilités).
Saint-Etienne – Du 4 au 7 juin – Divers lieux




