Galerie Ceysson & Bénétière Saint-Étienne

19 septembre 2025 – 15 novembre 2025

Orlan est inclassable. Son travail depuis les années soixante, interroge constamment la notion du corps, du genre, de ce qui nous définit, des normes, de la représentation sociale… « Je sommes », « je suis ORLAN entre autres et dans la mesure du possible », « je suis un femme et une homme » : autant d’expressions utilisées par l’artiste pour se réinventer en permanence*. Son propre corps et sa représentation deviennent le témoin physique de son langage artistique. Il y aurait tellement à dire sur sa vision intuitive de ce qui fait encore aujourd’hui débat dans la société, mais on peut au moins vous proposer d’aller découvrir une grande exposition qui lui est consacrée à la Galerie Ceysson et Bénétière. Exposition majeure qui présente des photographies, des peintures, des sculptures,… certaines anciennes et d’autres très récentes. Toute(s) sont Orlan, Orlan est toute(s) ces représentations, comme autant de visages de notre société en perpétuelle évolution.

Est-ce que vous pouvez en quelques mots nous présenter le travail que vous exposez à la galerie ?

C’est très difficile de vous faire une synthèse puisqu’il y a beaucoup d’œuvres. Disons qu’il s’agit d’un panorama qui s’appelle « Orlan toute(s) » ! Ces œuvres interrogent le statut du corps dans la société, via toutes les pressions traditionnelles, culturelles, politiques et religieuses qui s’impriment dans les corps et en particulier dans le corps des femmes. C’est un travail de libération, d’émancipation, et d’interrogation par rapport au corps, à la sexualité, et de ce qui en découle.

C’est finalement un peu le travail de toute votre vie ?

Oui, et ce qui est amusant, c’est que l’exposition commence justement par une photo où je suis nue, photographiée dans mon atelier, qui était rue Claude Delaroa où j’habitais à Saint-Étienne.

Saint-Étienne où vous avez d’ailleurs fait les Beaux-Arts ?

Oui j’ai fait les Beaux-Arts à Saint-Étienne, mais je suis partie en courant, parce que c’était avant la réforme, et on nous faisait faire les choses extrêmement traditionnelles, et moi qui faisait de la peinture à la fois gestuelle, de la peinture abstraite, lyrique, et aussi de la peinture géométrique, pour moi c’était insupportable. En fait, je travaille sur les phénomènes de Société, que j’étudie. Ensuite je me demande quelle œuvre je vais faire, et quelle matière je vais employer. Je ne suis donc pas assujettie à une pratique artistique, un matériau ou une technologie. J’ai l’impression de dire des choses importantes pour mon époque, c’est pour ça que j’interroge ces phénomènes de société comme la chirurgie esthétique, comme le football, ou encore l’intelligence artificielle, etc.

Ça vous permet d’avoir un champ infini de possibilités pour nourrir votre créativité ?

Oui, et là nous n’avons pas pu tout mettre, comme le robot qui parle avec ma voix et qui répond à toutes les questions du public dans toutes les langues. Mais nous avons bien sûr mis beaucoup d’autres choses.

Vous voulez rajouter quelque chose ?

Je veux parler d’une œuvre qui est très importante dans cette exposition qui s’appelle « L’Origine de la guerre ». Je suis inconsolable, car je pensais qu’à notre époque il n’y aurait plus de guerre. Alors qu’elle explose de partout. C’est vraiment dégueulasse. Cette œuvre donc, qui est une sculpture de moi avec des colombes, est une sculpture pour la paix. Je vous invite également à aller sur mon site www.orlan.eu pour découvrir tout mon travail. La galerie est magnifique et très grande, mais je n’ai évidemment pas pu tout montrer !

* Quentin Petit Dit Duhal, historien de l’art.

Crédits photo : © Cyrille Cauvet