Olivier Corchia est le directeur du Solar, sublime salle de spectacle dédiée aux différentes formes de jazz, située dans l’enceinte de la Comète. Nous souhaitions aborder avec lui ce qui l’a conduit jusqu’à Saint-Étienne et rappeler les spécificités de ce lieu unique qui a ouvert ses portes début 2021.

Peut-on revenir quelques instants sur le parcours qui t’a conduit jusqu’au Solar ?

Une volonté de Casser le plafond de verre ! ! ! J’avais goûté à la programmation à l’occasion de mon premier emploi en 2000. En effet, dans le cadre des Nouveaux Services – Emplois Jeunes sous le ministère de Martine Aubry, Gouvernement Lionel Jospin, de nombreuses associations, notamment artistiques et culturelles, avaient eu la possibilité de lancer une multitude de recrutements. Et c’est ainsi que j’ai eu la chance d’être embauché dans un monument historique situé sur les îles du Frioul dans la rade de Marseille, ma ville d’origine, pour mettre en œuvre un projet culturel et patrimonial. Celui-ci s’est traduit par la création d’un festival pluridisciplinaire, à dominante musicale, Les Nuits Caroline, du nom du site, l’Hôpital Caroline. J’y programmais beaucoup de Jazz et c’est durant cette période (2000-2006) que j’ai rencontré le saxophoniste Raphaël Imbert qui était déjà un activiste de la scène jazz française. Lauréat de la Villa Médicis-hors-les Murs et du Concours National de Jazz de la Défense, Raphaël n’avait pas encore de structure ayant la capacité de produire et porter ses projets personnels. Entouré de quelques amis, nous avons créé une association pour l’accompagner, La Compagnie Nine Spirit, dont j’ai été le Secrétaire du Bureau puis l’Administrateur « couteau suisse » salarié pendant presque quinze ans !

2018 a été une année climax dans notre parcours commun car le disque Music is My Hope a été distingué d’une Victoire du Jazz et notre compagnie conventionnée par la Direction régionale des affaires culturelles Provence-Alpes-Côte d’Azur.

L’année suivante, Raphaël a candidaté à la direction du Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille et son projet, à lui, l’autodidacte revendiqué et proclamé, a été retenu ! Cette nomination dont je me suis senti honoré au regard de ce que nous avions bâti ensemble a été le signal, pour moi, de porter mon regard vers d’autres horizons.

Ainsi, après avoir été pendant deux ans l’Administrateur de l’Aide aux Musiques Innovatrices, structure emblématique de la Friche la Belle de Mai à Marseille, j’ai vu passer une offre d’emploi pour la direction du Solar. J’avais un profond besoin de sortir des missions dédiées à la gestion et l’administration d’une entreprise artistique et culturelle, et de retrouver la saveur vivace de la programmation mais dans le cadre d’une saison. J’ai postulé, fait un aller-retour à Saint-Etienne dans la journée pour passer un entretien et accepté un contrat à durée indéterminée pour diriger l’association Gaga Jazz qui œuvre donc à l’animation du Solar, au rez-de-chaussée de la Comète, depuis 2020.

Le Solar est un lieu singulier à Saint-Etienne. C’est un peu le temple du, ou plutôt des différentes formes de jazz. Peut-on rappeler ses spécificités ?

Temple, je ne sais pas, je ne pense pas, je n’espère pas en fait. Le Jazz jouit déjà d’une réputation de musique élitiste destinée à des Happy Few, il ne faudrait pas en plus la sacraliser ! Singulier, c’est certain le Solar l’est.

Une jauge mixte de 120 places (mixte s’entend assis/debout) qui permet une véritable proximité avec les artistes sur scène. Une décoration soignée et théâtralisée, un bar convivial tenu par une remarquable équipe de bénévoles. Nous l’animons d’une manière tout aussi singulière, par une succession de Jams, de concerts…Ma programmation s’inspire d’une histoire associative riche qui a démarré bien avant mon arrivée et dont, je suis, du fait de mes fonctions de Directeur/Programmateur, le dépositaire le plus actif. Et je me dois également, par éthique, par convictions, de poursuivre mon épanouissement professionnel dans ce cadre, en respectant ma sensibilité, en défendant mes choix, en prenant en considération une équipe opérationnelle constituée d’une salariée permanente que j’ai recrutée en arrivant, Julia Angelou, à la Communication/Production, une volontaire service civique, Estelle Zamora et une alternante Antonia Raïa, ainsi que des bénévoles qui donnent généreusement de leur temps. Toutes ces personnes rendent possible la vie, le fonctionnement du lieu et ils ont toute ma reconnaissance.

Alors, oui, artistes émergents et confirmés se rencontrent et se succèdent ici pour offrir un moment rare avec le public. Cette même scène a pu accueillir en 2025 Knobil, Robinson Khoury, Louise Jallu, Chris Jennings & Pierre Perchaud, et très récemment Louis Sclavis avec le magnifique projet Vercors Sandrine Marchetti, Elise Vassallucci. Des temps de résidences sont proposés pour la conception et l’exploration de nouveaux répertoires, comme ce fut le cas avec Trafik, Grises que nous accompagnons dans le cadre du Contrat de filière du Centre National de la Musique, cofinancé par la Région AURA et l’État, ou Imperial Quartet dont nous coproduisons la dernière création.

On en vient à la saison culturelle. Tu veux en dire quelques mots ?

À raison de deux à trois ouvertures publiques hebdomadaires en moyenne et au regard de notre petite équipe, j’aimerais répondre que la saison dans sa globalité est LE temps fort ! Sincèrement, je n’ai pas envie de mettre l’accent sur telle ou telle proposition musicale car chacune d’entre elles relève d’une multitude de facteurs, sensibilité personnelle, insertion dans des tournées nationales ou internationales. J’aimerais que le public, dans sa grande diversité, puisse être curieux de la programmation à venir et je sais qu’il ne sera pas déçu. Rendez-vous dans quelques jours pour la communication officielle ! ! !

Tu peux nous expliquer le concept des jam-sessions qui rencontrent un vrai succès ?

Une Jam, c’est de la Free Music Non Stop pendant presque quatre heures tous les lundis ! En effet, il n’y a pas de billetterie spécifique ; le public s’acquitte de sa carte de membre, valable pour toute la saison, d’un montant minimum de 5,00 €. Ouverture des portes à 20 h 00 et curfew à 00 h 00. La soirée est systématiquement ouverte par une formation informelle qui a décidé de se retrouver pour une quarantaine de minutes de musique puis musiciennes et musiciens sont invités à monter sur scène et à faire preuve de partage, de curiosité, de bienveillance en se retrouvant sur des thèmes, des standards du Real Book mais pas uniquement. Sur la saison précédente, nous avons eu à deux reprises des Jam Jazz & Hip Hop, Sade a côtoyé Amy Winehouse… Nouveauté du 1er semestre 2026 : nous ajouterons une Jam supplémentaire, une fois par mois, le jeudi, avec une thématique spécifique.

Quelques idées insolites viennent également ponctuer la saison, comme les Siestes musicales, la Fabrique musicale, ou différents partenariats par exemple. De quoi s’agit-il ?

Je suis vraiment ravi de pouvoir envisager des collaborations avec nos amis de la Comète, les Cométiens. Nous nous retrouvons notamment durant ce temps fort de l’automne, la Fête de la Comète, impulsé par sa directrice Magali Clément, dont j’apprécie la disponibilité, l’ouverture d’esprit et qui est entourée d’une équipe remarquable. Ainsi, la Fabrique Musicale fait partie de nos partenaires réguliers et j’apprécie énormément l’engagement et le professionnalisme des musiciennes et musiciens amateurs qui viennent se produire au Solar plusieurs fois dans la saison. Une véritable richesse pour le territoire stéphanois.

Les Siestes Musicales sont quant à elles proposées par les Jardinières d’imaginaire. Impromptus poétiques, suspendues dans l’agitation urbaine, nous sommes calés dans un transat sur la pause de midi…Mais, c’est avant tout un festival qui se déroule au printemps dans différents lieux patrimoniaux de la ville. Le concept est très séduisant et j’ai souhaité ouvrir les portes du Solar à son organisatrice Gaëlle Thomas pour faire vivre le lieu dans une autre temporalité que celle des soirées.

Mais l’année 2026 sera également marquée par un nouveau partenariat, sur lequel nous travaillons depuis plusieurs mois déjà, avec l’association Les Nouveaux Fabulistes, pour accueillir un concours musical biennal, le Prix David Ostromooukhov, créé en 2019, en mémoire à ce jeune contrebassiste décédé à l’âge de 23 ans. Nous partageons, comme avec nos amis de Jazz au Sommet avec lesquels nous organisons un tremplin régional au mois de février, le souci de l’émergence et de la professionnalisation des jeunes musiciennes et musiciens. Le parrain du prochain concours sera Chris Jennings.

Enfin, il est peut-être important de rappeler que la politique tarifaire est très accessible ?

La politique tarifaire reste, selon nous, très accessible malgré une légère hausse au mois de septembre. J’ai déjà évoqué la carte de membre, accessible à partir de 5,00 € et valable toute la saison, de septembre à juin. Le plein tarif des concerts est à 15,00 €, le tarif réduit à 12,00 € et nous mettons également des billets à disposition des jeunes de 13 à 29 ans sur le site de notre partenaire de La Boge.

Un mot pour conclure ?

Un néologisme : SOLARISONS le monde en 2026 et que la paix soit dans les cœurs !