Dans le fracas de notre histoire, la Turquie se trouve au centre d’enjeux qui, parfois, semblent la dépasser. Trait d’union entre les mondes, la Turquie est un monde en soi. Difficile d’appréhender un tel monde en quelques mots, en quelques voyages, en quelques reportages. Depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Erdogan, la Turquie trace une voie tortueuse, alambiquée et complexe. Partenaire des États-Unis au sein de l’alliance militaire de l’Otan, la Turquie est actuellement l’interlocuteur privilégié du pouvoir Russe…Compliqué, vous avait-on dit… C’est dans ce chaos quotidien qu’évolue les turcs, hommes et femmes, déchirés entre la soif de modernité et le poids de traditions.
Orhan Pamuk est, sans doute, l’un des intellectuels turcs les plus respectés. Prix Nobel de Littérature en 2006 avec « Neige », l’auteur et poète turc eut quelques mailles à partir avec le gouvernement de R. Erdogan. Dans « Neige », O. Pamuk met en scène Ka, un poète de retour dans son pays natal après plusieurs années d’exil passées en Allemagne pour des raisons politiques. Chargé par un journal stambouliote d’enquêter sur le suicide de jeunes femmes voilées, il est envoyé à Kars, une ville proche des frontières avec l’Arménie et la Géorgie. Le parti islamiste est sur le point d’y remporter les élections municipales. Ka espère également y retrouver la belle Ípek, son amour de jeunesse. Quand la neige s’abat sur la ville, Kars devient le théâtre de tous les possibles… Ce beau roman s’apparente à une plongée crépusculaire au cœur des problèmes qui agitent aujourd’hui la société turque : la relation entre l’Orient et l’Occident, avec ce qu’elle suppose de combat entre tradition et modernité, foi et athéisme. Aujourd’hui où les crispations identitaires et religieuses nous enferment dans des logiques meurtrières, Blandine Savetier a souhaité s’emparer par le biais du théâtre de cette œuvre politique et philosophique, d’une richesse poétique évidente.
Comédie de Saint-Étienne – Salle J. Dasté
18 et 19 octobre




