Nous avions donné la parole à Isabelle pour son livre de poésie, puis à Daniel, également pour un livre tourné vers l’orchestre symphonique, c’est avec plaisir que nous vous invitons à découvrir le travail de Monique Kawka pour fermer cette trilogie familiale. Artiste sensible et créative au travail très riche, elle peint autant par nécessité que par passion. Un parcours singulier dont nous vous invitons à prendre connaissance avec ses mots.
Un parcours artistique est toujours singulier, comment est né le vôtre ?
Mon parcours est né d’une petite étincelle d’envie pour laquelle je m’autorise enfin le droit de la faire grandir. Cette petite étincelle était déjà là lorsque, bien plus jeune, j’ai fait quelques tentatives à l’aquarelle. Mes enfants m’avaient offert une micro palette et quelques feuilles. Plus récemment, lors de la période covid, donc de temps libre, j’ai énormément pratiqué le coloriage de mandalas.
Jusqu’à il y a 4 ans, j’avais enfoui l’idée même de peindre sous différents prétextes : charges familiales, charges professionnelles, charges mentales… Et puis en mars 2022, dans un magasin d’art créatif, je découvre des kits de peinture acrylique, aquarelle et huile, exposés côte à côte. C’est le déclic. Envie de peindre, sûr ! Mais hésitation à faire un choix ! Je prends les 3. Je débute par l’acrylique. À ce jour je n’ai pas encore expérimenté ni l’huile ni l’aquarelle. Voilà enfin mon chemin d’exploration ouvert.
Que cherchez-vous à exprimer sur vos toiles ?
En commençant à peindre, j’ai voulu organiser un espace où me retrouver sans connexion extérieure, libérée de toute charge, où le seul fait de tenir un pinceau dirige votre esprit dans une seule voie, un seul acte. C’est dans cet instant que la partie inconsciente de votre être peut rejoindre la partie consciente et vous permet la création. Celle qui est, à ce moment-là, la somme de vos émotions ressenties les heures ou les jours précédents ; Et cette création est sans nul doute libératrice de vos émotions de joie, de tristesse, de colère, de vos questionnements, ou de vos attentes. Je cherche alors à exprimer qui je suis dans ma partie inconsciente et à révéler ainsi tous mes mondes intérieurs sans cesse renouvelés. Si, en plus, je parviens à toucher le cœur ne serait-ce que d’une seule personne par les atmosphères sensibles et immersives de mes peintures, alors je suis comblée et rassurée quant à la réponse à la question : ai-je raison d’exposer ?
Chaque toile que je commence m’invite à un voyage. Voyage que je découvre au fur et à mesure de son avancement, laissant une grande part au hasard, soit dès le début, soit au cours du travail. Je peux partir d’une idée précise, directionnelle, choisir un thème figuratif. En cours d’élaboration, les couleurs posées, frottées, étirées où le choix des outils fera évoluer la création vers une œuvre plus suggérée, plus floue que précise, voire complètement abstraite. (Cf. tableau « Belles de scène »).
Mais je peux aussi faire l’inverse, partir de l’idée d’une œuvre abstraite, c’est-à-dire plus intuitive, et y trouver volontairement le moyen d’y insérer un thème figuratif, porteur d’un message ou pas. (cf. tableau « femme en souffrance »). L’esthétique d’une œuvre peut être modulée par la gestuelle, le choix de support, de médium, de couleurs, de formes, de normes…
Ce voyage-là n’est pas visible pour le spectateur. Seul le peintre sait les rouages, le chemin, les interrogations, les péripéties techniques de cette création. Pour tout cela sûrement, je ressens un attachement à l’égard de chacune de mes toiles. Seul le résultat, l’œuvre finie, est perceptible par le spectateur. Et là, la chimie opère ou non. Il n’y a aucun besoin d’explication. C’est vibratoire, si je puis dire.
Pourtant je donne un titre à ces tableaux. La première raison, la plus simple, est que certains spectateurs ont besoin d’être guidés, ont besoin de repères dans la compréhension intellectuelle de l’œuvre ou dans leur perception sensible. La seconde raison est que j’aime la beauté des mots, leur sonorité ; l’idée qu’ils émettent, la précision qu’ils donnent à la pensée. J’aime chercher leur alliance juste avec ma pensée picturale finale. Un tableau qui porte un nom est relié à un autre avec un nom semblable et constitue ainsi une mini-série. Par exemple / Montréal, Berlin, Paris, Némée, Venise… Et puis les nommer me permet de classer mes quelques 200 tableaux ! LOL
Pour ma prochaine exposition, je vais renouveler l’expérience très enrichissante d’allier peinture et poésie. Les poésies fortes, magnifiques d’Isabelle Kawka viendront accompagner mes peintures. Comment reçoit-on une peinture après lecture d’une poésie forte et intense ? Comment accueille-t-on la poésie après immersion visuelle d’une peinture ? Pour les curieux c’est une expérience qui mérite le détour.
On observe différentes approches artistiques esthétiques. Est-ce une manière de vous réinventer ?
Forcément oui ! J’ai différentes approches artistiques esthétiques. Nous sommes tous imprégnés et influencés par les œuvres vues et revues au cours de notre vie. Les courants esthétiques font partie de notre culture. Ainsi, lorsqu’on cherche à intellectualiser une œuvre, le spectateur est libre de faire le lien avec un auteur, une œuvre ou un courant esthétique. La question posée précédemment, je la comprends comme : est-ce que je me sers de ces approches volontairement pour me réinventer ?
Mes références artistiques esthétiques ne sont pas les grands peintres et histoire de l’art enseignés en écoles des beaux-arts. Je ne les connais d’ailleurs qu’à travers les quelques expositions ciblées, les grands musées visités ou encore les quelques livres d’art feuilletés. Mes références artistiques et sources d’inspiration proviennent davantage de la Nature, des faits de la Vie, des réseaux sociaux et sites d’art, véritables vitrines d’un incroyable foisonnement de créations picturales, architecturales, graphiques, artisanales, sculpturales… C’est à travers cette diversité de sources d’inspiration que je m’invente.
Je peins depuis seulement quatre ans et je ne pense pas en être encore au stade de me réinventer. Considérons le préfixe RE du mot » réinventer ». Celui-ci exprime la réitération, le retour à un état antérieur, faire de nouveau. Il marque la répétition ou la reprise. Donc, pour moi, se réinventer c’est s’inventer de nouveau : reprendre une idée, un thème déjà exploré, une même couleur, forme, matériau, norme, etc., tout en gardant un fil conducteur, mais en les ployant, développant, transformant et peaufinant. J’appelle cela : s’inventer dans la réinvention. Pour l’instant j’ai besoin de me déployer. Travailler un style unique où produire des séries serait pour moi une forme d’enfermement, une contrainte. Je comprends cependant que l’on puisse chercher à se perfectionner, à aboutir une œuvre, à devenir spécialiste d’une technique et puis être reconnu comme étant le peintre qui fait cela. J’y viendrai peut-être…
Aujourd’hui, je me définis plutôt comme une peintre à multiples facettes dans le domaine de la peinture acrylique, abstraite/semi-abstraite, qui explore pour elle-même le vaste champ de création des possibles. Il y a chez moi comme une urgence à tout vouloir explorer, une soif d’expériences à tenter qui me réjouit chaque fois que je m’installe devant ma table, chaque fois que je caresse la toile et me dis : que vas-tu faire aujourd’hui ? Un petit rituel ! Mon but est de me découvrir, de me surprendre aussi. Et je souhaite que le spectateur le soit, surpris, lui également : surpris par l’émotion qui surgit, surpris par les questionnements engendrés, surpris par les expériences visuelles proposées.
En définitive, je pense que le terme « se réinventer » ne peut pas s’appliquer à l’art. Nous sommes, à mes yeux, en perpétuelle invention ; en constante stimulation et « croissance personnelle, en transformation et adaptation aux nouvelles circonstances, parfois accompagnés de changements intentionnels de style ». Ces évolutions orientent nos centres d’intérêt et donc notre pratique. Cette pratique, dès lors, sera changeante ou identique, unique ou multiple.
Deux expositions à venir !
« Belles de Scène » 23 février au 2 avril 2026 au NEC – Saint-Priest-en-Jarez : Exposition de peintures semi-abstraites dans laquelle on retrouvera mes thèmes préférés comme la mer, les fleurs, les visages.
« Entre deux regards » 7 avril au 25 avril 2026 à l’Espace Crémonèse – Médiathèque de Villars : Exposition de peintures abstraites/semi-abstraites de Monique Kawka et poésies d’Isabelle Kawka. (Recueil « Et le feu de la terre brûle » / « Y arde el fuego de la tierra » Édition l’Harmattan 2023 ITM Éditorial 2025). Deux regards, deux univers vont se réfléchir, dialoguer, s’affirmer.
Guo Xi, peintre chinois né vers 1020 a écrit : « Un poème est une peinture invisible, une peinture est un poème visible ». Cette déclaration convient parfaitement à notre exposition.
Le mot de la fin ?
Je voudrais remercier tous les responsables des structures et lieux de représentation qui nous permettent à nous, artistes amateurs ou professionnels, d’exposer gratuitement. La plupart du temps ces galeries ou ces salles élargissent leurs activités d’exposition à des concerts, des rencontres littéraires, des activités pour artistes en herbe… Elles participent grandement à la vie culturelle de Saint-Étienne. Je remercie donc les futurs élus de la Ville de Saint-Étienne pour toute l’aide financière qu’ils voudront bien apporter à tous ces lieux.




