Qui aurait parié un kopeck, il y a 13 ans, sur le Festival des Arts Burlesques porté à bout de bras par Michel Mazziotta et toute son équipe dévouée… Contre vents et marées, le FAB contribue à porter la ville de Saint-Etienne sur les plus hauts sommets de l’humour. Rencontre avec Michel Mazziotta :
Comment se porte le Nouveau Théâtre Beaulieu ?
Le NTB se porte bien mieux après deux dernières années difficiles. Nous devrions être à l’équilibre financier en 2015. Effectivement, une perte de subvention sur 2 exercices de 82 000 euros et de partenariats privés de 38 000 euros nous a contraints à faire des choix et à adopter un plan de restructuration. La ville de Saint-Étienne a apporté son concours fin 2015 par une aide exceptionnelle de 20 000 euros.
Comment se présente la 13° édition ?
Elle se présente bien, car le premier financeur est le public et il reste fidèle ; par ailleurs du fait de notre situation difficile certains artistes et producteurs nous ont accordé des facilités de paiement ou ont revu leurs conditions tarifaires. Je pense très clairement à Anne Roumanoff, Albert Meslay, Eric Blanc, Issa Doumbia, Caroline Vigneault, Acide Lyrique, Chiche Capon, Chanson plus bifluorée, Ariane Brodier, Les Acrostiches, Jeremy Ferrari, Gaspard Proust, Pascal Legitimus et j’en oublie d’autres. Qu’ils en soient tous remerciés. Ne le nions pas ceci est aussi lié à la notoriété du festival. Pour beaucoup d’artistes, le FAB est devenu le passage obligé. Je n’ai pas eu de difficulté, par exemple à convaincre Christelle Chollet d’être la marraine ou Fiona Gélin d’être la présidente du jury des professionnels. Elles étaient présentes du reste à la conférence de presse à Paris. Car le festival consolide ses acquis sur trois niveaux : L’Intercommunal au-delà de la ville de Saint Étienne, avec des partenariats qui se renforcent (avec les médias, Télérama sera membre du jury et partenaire, France 3 accentuera son regard sur le festival, Activ radio sera encore plus présent ou avec les villes comme Saint Chamond ou le Chambon-Feugerolles).
Àu niveau stéphanois : de nombreux lieux ont souhaité s’investir à nos côtés, je pense au Fil, au Théâtre de l’Université, au Théâtre libre pour le In, et pour le Off, je pense au Théâtre des Magiciens, des Branquignols, à la Ricane…
Dans les quartiers Sud-Est, des stages et un défilé burlesque (le 19 février) liés au carnaval vont être organisés avec les associations partenaires (départ 13h30 devant le centre social Alfred Sisley, arrivée centre social de Beaulieu).
Quel regard portez-vous sur le long chemin parcouru par le festival ?
Tout cela reste très aléatoire, de telles manifestations peuvent connaître des difficultés, nous misons parfois deux ans à l’avance sur des compagnies (les Chiche Capon, Fills Monkey Acide lyrique les Acrostiches…) ou des artistes. Il faut également que chaque année le public soit au rendez-vous, cela sera encore le cas pour 2016. Si nous n’étions pas là qui ferait venir toutes ces compagnies sur Saint Étienne ? Et puis il y a des amateurs qui deviennent professionnels ; c’est le cas pour Farid Chamek qui a gagné le tremplin nouveaux talents avant de passer chez Jamel Debouze, il revient cette année dans la catégorie professionnelle.
Comment s’est déroulée la récente résidence de création de Gaspard Proust ?
Très bien, nous avions fait la même chose par exemple avec Stéphane Rousseau. Nous avons des connivences avec de nombreux artistes, je pense à François Boursier qui vient chaque année au Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse, qui nous demande aussi de tester un public avant le festival d’Avignon pour une prochaine pièce. Dans ce cas, une discussion s’engage et l’artiste peaufine son spectacle. Notre lieu est maintenant un repaire pour de nombreux créateurs. La région et l’agglomération ne s’y sont pas trompées en soutenant financièrement la construction d’une sculpture participative à côté du théâtre pour 2016.
Comment le Festival des Arts Burlesques est-il perçu en dehors de Saint Étienne ?
Nous avons 27 % de spectateurs hors département. Le FAB concourt donc au rayonnement et à l’attractivité du territoire. Il est donc bien perçu par le public c’est primordial. Après, il y aura toujours 1 ou 2 papiers de journalistes émettant des réserves. Je me souviens d’une journaliste parisienne qui avait écrit qu’il était anormal qu’une telle manifestation repose essentiellement sur des bénévoles. C’est une des composantes de l’exception culturelle. De toute façon, s’il fallait payer tout le monde nous ne pourrions pas faire ce festival. Par ailleurs c’est un signe de citoyenneté et d’implication civique. Nous nous situons bien dans l’éducation populaire.
Une amitié vous lie à Anne Roumanoff, son soutien est-il indéfectible ?
Nous nous connaissons depuis 25 ans. Quand elle a eu besoin, il a longtemps, d’un théâtre en Haute-Savoie pour jouer “La seconde surprise de l’amour” de Marivaux, elle a pu compter sur moi… Mais sans doute, faudrait-il lui poser la question directement…
Le festival semble plus resserré cette année ?
On a pris un risque de le maintenir comme l’an dernier quasiment (7 jours au lieu de 8).
Vous organisez également un tremplin de l’humour ?
Oui nous avons toujours autant de vocations dans la région mais tous ces artistes souvent amateurs éclairés viennent de la France entière pour gagner réellement le prix du département et de la SACEM. Il faut noter depuis 2 ans, l’implication de la ville de Saint-Chamond sur ce point, cette ville a compris qu’au-delà des artistes de notoriété, les futurs espoirs pouvaient trouver l’endroit idéal pour s’essayer à un public en plus d’un prix en numéraire.
L’époque est cruelle envers les humoristes, le rire n’est-il pas ce qui nous rapproche pourtant ?
Oui, effectivement on pourrait citer Desproges qui disait “on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui”, vous reconnaîtrez qu’on ne force personne à acheter Charlie Hebdo. Il faudrait plus de temps pour parler de ce sujet. Les humoristes nous font un bien fou et nous permettent un recul salutaire. Je me rappelle du regretté Laurent Violet qui m’avait dézingué sur scène, je riais jaune. Pour lui c’était drôle j’étais sa tête de Turc. N’empêche que cela permet d’éviter de se prendre au sérieux.
L’humour reste très ouvert à la diversité, ce n’est pas le cas des autres pratiques artistiques, a-t-il valeur d’exemple ?
Oui je le pense car l’humour est une porte d’entrée au théâtre comme le hip-hop est une porte d’entrée à la danse. Mais bon la diversité existe aussi en musique !
Parlez-nous du visuel de l’affiche de cette année ?
Depuis 25 ans une longue amitié s’est nouée avec Kaviik à qui je demande chaque année de faire un portrait burlesque pouvant constituer une galerie. L’œuf ou la poule ; c’est très métaphysique, avec des gants de boxe comment jouer de la guitare, c’est marrant. Et puis le coq, c’est l’emblème de la France par ces temps perturbés il fallait le rappeler. Enfin le coq, c’est interculturel et donc l’emblème de la diversité, tout le monde l’apprécie ou le mange.
Êtes-vous suffisamment soutenus par les collectivités locales ?
Sans doute pas suffisamment mais on ne doit pas être seuls dans ce cas-là. En 2016 il n’y aura pas de CEFAC région, on espère retrouver, nos 20 000 euros en 2017. Il faut noter que le département a maintenu son aide de 9 000 euros. C’est toujours aléatoire, je pense que c’est un exercice de jonglage, on est dans le burlesque alors on doit faire avec.
Quels seraient vos souhaits pour cette nouvelle année ?
Je souhaiterais enfin une vraie reconnaissance de notre concept mis en œuvre dès 2005, je veux parler du théâtre international de quartier qui travaille avec ses partenaires au travers de 2 missions : la proximité autour des quartiers sud-est grâce, par exemple, aux temps d’animation périscolaires, à l’accompagnement éducatif et ce sur 3 écoles, mais aussi aux séjours et actions en direction des jeunes notamment, et la centralité ou l’attractivité du territoire grâce au Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse qui rayonne sur toute l’Agglomération à travers les expositions de la galerie associative à la Biennale d’Art Singulier…




