Manu Payet sera sur la scène du Zénith de Saint-Étienne Métropole le samedi 13 décembre à 20 heures pour son spectacle « Emmanuel 2 ». Nous l’avons rencontré il y a quelque temps pour un temps d’échange très touchant. Rencontre :

Avant d’aborder ton nouveau spectacle, pourrais-tu nous partager ce qui t’a inspiré pour cette longue tournée qui touche doucement à sa fin ?

C’est une histoire tellement personnelle, et tellement forte. J’ai découvert cette phrase de Victor Hugo qui disait : « tout ce qui est personnel est universel ». Je pensais au tout début que ce spectacle était tellement personnel que la tournée allait être courte, et que j’allais me raconter uniquement sur quelques dates. Et finalement comme le disait Monsieur Hugo, il semble que ce spectacle soit plus universel que je ne le pensais puisqu’on l’a déjà joué 200 fois et qu’on termine la tournée par les zéniths de France. Je suis moi-même en le disant assez ébahi, fier et encore un peu surpris quand même. J’ai déjà joué dans une ville comme Nantes plusieurs fois dans une salle de 2000 personnes et là, sur les zéniths c’est déjà presque complet. En le disant je suis très ému. Je me dis que cette histoire, que j’ai vécue à mon humble et petite échelle, c’est mon histoire. Je me suis fait opérer quand j’étais petit, je n’étais pas sûre du coup de pouvoir avoir un enfant, pourtant je suis venu raconter la naissance de ma fille et moi qui suis devenu papa, tout ça en faisant rire le public. Je me suis dit à un moment que cette histoire, c’est tout juste si on ne me l’a pas fait vivre pour que je la raconte, pour que je la partage.

Tu évoques justement l’humour, peux-tu nous dire ce qui t’as décidé à devenir humoriste ?

Ça a toujours été ça, depuis tout petit, en tout cas depuis le CP je m’en souviens très bien. Je faisais des spectacles dans la cour pour mes petits camarades de classe. Je pense que je suis un clown, un vrai, et que j’ai en moi une mélancolie que je dompte en faisant rire. Je m’en sers, parfois je la mets de côté, et je lui dis : « non non non, tu m’attends là, il faut que je fasse rigoler ». C’est ma compagne de route depuis que je suis tout gamin. Et ça, ça fait des clowns.

Pour en revenir à ton nouveau spectacle, qu’est-ce que tu as voulu évoquer sur cet âge « adulte » ?

J’ai voulu partager l’idée que finalement, nous faisons ce que nous voulons de l’âge qu’on a. C’est nous qui décidons. C’est notre âge ! Personnellement, je suis beaucoup plus à l’aise avec l’âge que j’ai aujourd’hui, dans la peau que j’ai aujourd’hui, et avec celui que je suis aujourd’hui, que je ne l’étais quand j’avais 30 ans. Alors que c’était la fleur de l’âge, les 20, les 30 ans etc. Mais je ne savais pas ce que je voulais faire, ou je voulais aller, qu’est-ce qu’il fallait faire… On me demandait toujours quel était mon plan de carrière. En fait je n’en avais pas ! Je rentrais chez moi et je me demandais comment on fait ça, qui décide de ça, à qui je peux le demander… L’âge qu’on a, c’est le nôtre, et on en fait ce qu’on veut. De savoir que je suis né en 75 et que je vais avoir 50 piges je te jure que ça me fait rire un peu. Même mon prénom, Emmanuel ! J’ai une pensée pour les Thierry par exemple ! Quand tu rentres dans une pièce, et que tu as un Thierry, ou une Véro, tu peux être sûr qu’ils ne sont pas tous jeunes. Ce sont des constats comme ça que je fais et qui me font dire qu’on a vieilli. J’adore avoir été dans la classe du gars qu’on appelle Thierry. Et j’adore avoir été le Manu d’une classe, celui qui était un peu le metteur d’ambiance. Aujourd’hui, le Manu, c’est quelqu’un qui essaye d’arrêter de fumer c’est tout. C’est déjà pas mal si j’y arrive.

Quel est ton regard sur le monde de la Culture aujourd’hui, notamment face à cette crise qu’il traverse ?

Je pense que je ne peux pas aller contre ma nature qui est de divertir, qui est de faire rire, dans une époque comme celle que tout le monde est en train de vivre, moi y compris. Je me dois, comme je peux, grâce à ce petit talent dont j’ai hérité, au nom de ce que je peux faire vivre à un public un soir, de faire attention à moi, à mon moral, à mon énergie, à mon enthousiasme, parce que manifestement certaines personnes vont en avoir besoin. Donc je me ménage, je ne regarde pas trop les chaînes info, parce qu’elles me minent le moral et parce qu’après c’est plus difficile d’aller faire rire si je suis resté trop longtemps devant LCI ou BFM. Parce que moi, ma fonction c’est de divertir, je ne parle pas sur scène de ce qui se passe dehors en ce moment, ce n’est pas mon humour, je n’ai pas cet humour-là je reviens à ma façon, sur ce que nous sommes. Ce spectacle, à une époque où tout le monde se fout sur la gueule, où on cherche constamment les désaccords avec celui qui est à côté de nous, est fait pour rassembler, pour rappeler à tout le monde qu’avant d’être en colère, avant d’être en désaccord, avant d’être différents, on est les mêmes.

Le mot de la fin ?

Je vous attends les amis.