On ne compte plus les années passées à suivre le travail de Manu Adam, artiste peintre originaire de Saône et Loire installé depuis plus de 20 ans à Saint-Étienne. On ne compte pas, non plus, les soirées passées à rêver d’un autre monde et d’une autre société simplement plus « humaine ». La peinture de Manu Adam s’affranchit des courants, des convenances, des réseaux ou des circuits. Sa peinture s’apparente à l’art de la boxe, elle frappe, elle prend aux tripes, elle explose, elle déborde d’énergie, de mouvement et de sens. Sa nouvelle exposition « Sweet world » tient de ce combat contre le politiquement correct et la bienséance, car au fond, les années n’ont aucune prise sur les révoltes qui ont construit, toutes ces années, le parcours d’un homme atypique et entier.
Ne nous fions pas trop au titre aguicheur de cette exposition. Notre regard est capturé par cette série de 27 petites toiles illustrant un jeu de marionnettes dont les fils, bien apparents, finissent par s’entrecroiser… Mais rassurez-vous, il y a bien un marionnettiste qui veille au grain, suivez le regard. Prenez garde, cette tête de mort, ultime vanité, vous surveille elle aussi. Que dire de ce Pinocchio inédit et un poil inquiétant. « Plud’tâche » disait la publicité dans les années cinquante, car il faut toujours tout nettoyer, faire « belle figure », élimer les côtés, blanchir les murs, faire comme si tout allait bien dans ce monde où un célèbre journal satirique annonce une belle pléiade de fraudeurs fiscaux au plus haut sommet de l’État… Ah cette mauvaise herbe pousse même de cette terre provenant du site pollué de la célèbre Manufacture à Carnot. C’est de la terre, de notre terre dont se nourrit cette mauvaise herbe sous le regard d’une fameuse Dream Team, quelle Dream Team !, qui n’est pas sans rappeler la fameuse équipe de « Réservoir Dogs ». Qui tire réellement les ficelles ? Serait-ce ce monstre qui course un personnage issu de l’univers de la bande dessinée, peut-être pas…
Les toiles de Manu Adam interpellent, heurtent ou questionnent. L’artiste agit comme le metteur en scène de ses personnages, ses propres marionnettes du reste. Ses compositions témoignent d’un vrai art de la mise en espace, d’un goût prononcé et sûr, ce qui est rare, pour le dessin et d’une utilisation maîtrisée des couleurs. « Sweet world », bien que composée de plusieurs œuvres indépendantes, résonne comme un tout et livre la vision d’un artiste qui n’aurait renoncé à aucun de ses engagements. Ses toiles sont ses combats. Nos combats. Comme s’il était question d’un art de la lutte finale.
Galerie de L’Agenda – Saint-Étienne
Vernissage jeudi 6 novembre à partir de 18h30




