Il y a peu, Canal + faisait sensation en diffusant une série créée par le talentueux Tom Fontana, scénariste et producteur américain de la série « Oz », autour de l’accession au pouvoir du cardinal espagnol Rodrigue Borgia et de sa famille qui s’efforcèrent d’instaurer une dynastie pour exercer leur domination sur le monde. Bien qu’étant un homme de foi, Rodrigue était aussi esclave des plaisirs charnels. Et pour parvenir à ses fins, Rodrigue ne se fixait aucune limite quitte à utiliser, ou à abuser, notamment des charmes destructeurs de sa propre fille, Lucrèce… Cette Lucrèce, qui régnait sur la ville de Ferrara, sublimée par Victor Hugo et mise en scène par David Bobée, est une femme déchirée, à bout de tout, surtout au bout d’elle-même.

Sombre et vénéneuse, Lucrèce Borgia, femme de pouvoir aux mains tachées de sang, au corps incestueux, idéalement interprétée pour son premier rôle au théâtre par Béatrice Dalle, ajoute ainsi aux crimes des Borgia celui de fratricide. Gennaro, le fruit de son union avec son frère, ignore l’identité de ses parents. Lors d’un bal à Venise, Gennaro courtise une belle masquée, avant de découvrir avec horreur le visage de Lucrèce, tremblante d’amour pour ce fils qu’elle approche en secret, dissimulée dans la féerie du carnaval. Piquée par l’affront des amis de Gennaro qui l’ont démasquée, et soupçonnée d’adultère par son mari, Don Alphonse, Lucrèce enclenche une vengeance déchirante dont l’implacable dessein ne peut être qu’inextricablement lié à la destinée de son fils. Avec ce désir de bouleverser les codes et d’unir les publics, le metteur en scène a imaginé une scénographie dans laquelle puissent s’imbriquer vidéos, danses, arts du cirque et nouvelles technologies.

Opéra Théâtre – Du 19 au 21 janvier à 20 h