Dans l’histoire de l’art, et plus globalement dans nos civilisations, l’ornement, c’est-à-dire ce parti pris décoratif visant à embellir un monument, un meuble ou un ustensile, a toujours accompagné le processus créatif et productif. Cependant, il est une période très précise dans notre histoire où l’idée que la modernité ne pouvait être que contraire à cette inspiration quelque peu désuète. Cette exposition conçue par le Musée d’Art Moderne et Contemporain et la Cité du Design entend mettre en lumière cet interdit qui frappa momentanément, entre le début du 20ème siècle et la fin des années 60, l’ornement dans la production artistique.
On a parfois tendance à l’oublier mais la collection design du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne reste l’une des plus importantes en France, véritable référence au niveau national. La cité du Design s’est emparée de cette richesse pour évoquer cette période durant laquelle l’Ornement était un crime, pour reprendre la formule de l’architecte autrichien Adolf Loos, qui publia en 1908 un pamphlet intitulé « Ornement et crime ». Une condamnation sans appel accompagne alors la rapide industrialisation de l’Occident. L’heure est aux formes simples, à la valorisation du support au détriment du décor. Une transformation qui fait écho à l’histoire de Saint-Étienne, haut lieu de la révolution industrielle et de ses « manufactures ». Considéré comme inutile, bourgeois et primitif, l’ornement est, pour les tenants de la modernité, « une survivance du passé », un archaïsme barbare qu’il fallait éradiquer.
Mais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la question de l’ornement prend un nouveau tournant. Les designers, qui ont participé à l’effort de guerre, sont en première ligne de la reconstruction. Des voix s’élèvent contre le fonctionnalisme froid, symbole d’une modernité devenue quelconque et des effets pervers de la société de consommation. Le mouvement hippie et la culture pop réhabiliteront les valeurs que le modernisme avait évacuées : couleurs vives, formes rondes, mousses et tissus, etc.… Présentée à partir du 30 juin, l’exposition permettra de découvrir les œuvres de designers phares parmi lesquels, Marcel Breuer, Le Corbusier, Jean Prouvé, Joe Colombo, Charlotte Perriand, Charles et Ray Eames, Josef Hoffmann…




