Rencontre avec patrice Melka qui préside l’association « Loire en scène »,
réseau qui regroupe un ensemble de professionnels du spectacle vivant sur la Loire et la haute Loire :
Pouvez-vous nous présenter l’association « Loire en scène » dont vous êtes le président ?
Loire en scène est un réseau professionnel qui réunit quinze lieux de création et de diffusion du département de la Loire. Nous partageons la même conviction : celle de l’importance du service public de la culture sur nos territoires, particulièrement en faveur du spectacle vivant. Nous œuvrons en faveur de l’aide à la création, avec une attention particulière mais non exclusive portée aux artistes ligériens. En 2014/2015, l’association comptabilisait par exemple 114 000 entrées dont 30 % pour les scolaires, 3 792 000 € de budget consacré à l’artistique, 361 spectacles accueillis pour 834 représentations, plus de 90 emplois permanents, 30 400 heures d’intermittence rémunérées…
Pourquoi a-t-il été nécessaire, pour vous, de vous réunir au sein de cette association ?
L’association a été créée en 2011. Nous portons tous des missions similaires, mais dans des cadres d’emplois très différents (associations, théâtres de ville, lieux conventionnés ou non…). « Loire en scène » est un lieu ressources, où chacun peut se nourrir de l’expérience des autres. On est tous sur le terrain, le nez dans le guidon, au plus près des habitants. C’était important de nous retrouver et de nous reconnaître au travers d’une éthique professionnelle commune. Nos réunions sont plutôt joyeuses mais pas moins sérieuses. L’envie de faire ensemble s’y partage et se propage.
Parlez-nous des deux saisons que vous mettez en place, la Saison des Matrus et la Saison des créations ?
L’idée de la Saison des créations est partie d’un constat : en 2016-2017, le nombre de compagnies ligériennes qui créaient leur nouveau spectacle était important. Cela nous a semblé être l’occasion de mettre en lumière la vivacité de ces équipes à travers un projet inédit : la Saison des créations. Avec elle, ce ne sont pas moins de 19 projets artistiques qui sont mis à l’honneur, chacun d’eux étant soutenu et accueilli par au moins une structure de « Loire en scène ». Pour encourager leur découverte et la circulation des publics entre nos différentes structures, nous avons édité un programme commun et tous les spectateurs ayant acheté un billet pour un spectacle de la Saison des créations bénéficieront, sur simple présentation de ce billet, du tarif réduit de chaque structure pour les autres spectacles de la sélection. La Saison des Matrus est, quant à elle, une offre de spectacles à destination du jeune public et des familles, programmée dans nos structures tout au long de la saison, les mercredis et pendant les vacances scolaires. C’est la deuxième année que nous proposons ce parcours dans les structures du réseau.
Comment se porte la création artistique dans la Loire ?
Elle se porte bien car il y a des équipes artistiques de grande qualité, qui ne demandent qu’à être révélées au public. Mais comme partout en France, elle est aussi fragilisée par la baisse des financements publics et les réorientations politiques qui remettent en cause l’équilibre construit au fil de plusieurs décennies de politiques culturelles.
À quoi serviront les « rencontres » que vous organisez et qui se dérouleront le 21 octobre à la Ruelle (Théâtre Verso et Chok Théâtre-Saint-Etienne) ?
Cette journée de rencontres est née de notre volonté de nous engager aux côtés des compagnies du territoire pour leur offrir un espace de visibilité et partager, avec d’autres professionnels, ces créations à venir. Concrètement, neuf projets seront présentés par les compagnies au cours de l’après-midi sous forme de rendez-vous de 30 minutes, incluant un temps d’échange. La matinée, sous le parrainage du Département de la Loire, sera plutôt à l’adresse des acteurs locaux. Elle est imaginée comme une boîte à outils d’initiatives au service de la rencontre entre publics et artistes.
Est-il simple de fédérer autant d’institutions culturelles aux aspirations et aux problématiques parfois différentes ?
Tous les membres sont de bonne volonté et se mettent au service de valeurs partagées. Les débats et les prises de position sont parfois vifs, mais je considère la diversité de profils et des générations autour de la table comme une richesse. Et puis, on ne perd jamais le sens de l’humour en réunion.
Comment faites-vous pour remédier aux désengagements progressifs et continus de l’État et des collectivités départementales et/ou régionales ?
C’est une problématique complexe, inquiétante pour l’avenir. C’est tout l’écosystème du spectacle vivant qui est fragilisé. Je crains que la solution ne soit pas linéaire, mais c’est sûr, nous continuerons à défendre par tous les moyens possibles nos convictions. Il y a 2 ans, nous avions sensibilisé les pouvoirs publics aux disparités existantes concernant les dotations de l’État en Rhône-Alpes : 1 € versé dans la Loire, pour 4 € dans le Rhône, 3 € en Isère. Les institutions se désengagent au moment où, paradoxalement, la fréquentation de nos lieux ne s’est jamais aussi bien portée !
Selon vous, l’exception française (système de subventionnement de la culture, quelle qu’elle soit) pourra-t-elle perdurer encore longtemps ?
La culture reste un socle à notre démocratie ; il y a un attachement à ce secteur plus profond qu’il n’y paraît. Je ne pense pas qu’il soit voué à disparaître. Si notre modèle est amené à se réformer, les acteurs culturels feront preuve d’inventivité pour générer de nouvelles ressources, pour créer de nouveaux processus de création, de nouveaux modèles pour la circulation des œuvres… Ce qui est déjà le cas, l’octroi de subvention n’est pas chose acquise et qui va de soi. Je reste donc confiant, n’est-ce pas le propre de l’art de se remettre en question et de savoir composer avec son époque ?
Quels seront, d’après vous, les rendez-vous à ne pas manquer cette saison ?
Il faut être curieux de tout, mais la création du Collectif 7, les Invisibles, présenté au Théâtre du Parc le 21 octobre prochain en clôture de nos Rencontres professionnelles, est un moment attendu.




