Yves Feltrin vient de sortir son premier roman, « Les Marronniers fleurissent en août », aux éditions des Joyeux Pendus. Un polar sociétal sur le foot, sur le trafic de joueurs africains dans les clubs amateurs. Forcément ça ne pouvait que nous interpeller.
Yves, ton roman est un polar social sur le football, pointant le focus sur le trafic de joueurs africains. Comment t’es venue cette idée précise ?
Pour avoir longtemps joué au football dans le monde amateur, j’ai croisé dans les clubs où j’ai vu évoluer des garçons de différents pays d’Afrique francophone. Certains parvenaient à s’intégrer mais pour la plupart c’était difficile. Il n’y avait pas la barrière de la langue mais le dépaysement total constituait un obstacle à leur éclosion. C’étaient des joueurs avec de grosses qualités techniques et physiques mais ils débarquaient dans un environnement concurrentiel hostile. J’ai aussi voulu leur rendre hommage avec mon livre.
Pourquoi choisir le milieu amateur ? Est-ce un milieu que tu as fréquenté ? Est-il plus sujet à ce genre de trafic ou pas spécialement plus que le milieu professionnel ?
Pour avoir été joueur puis dirigeant, le football amateur est un milieu que je connais assez bien. Il y a énormément de club en France et ces jeunes pensent qu’ils pourront s’offrir une vie plus confortable que celle qu’ils ont chez eux. Le foot professionnel c’est différent. Il est désormais bien cadré. Avec les réseaux et les observateurs, on sait rapidement si un joueur qui émerge est capable de faire une carrière en Europe. Je pense qu’il y a moins d’abus qu’auparavant.
Le foot est un moyen pour ces jeunes africains de sortir de la misère, mais on les berce beaucoup d’illusions…
Le football est très médiatisé dans le monde et il agit comme un miroir aux alouettes. Des personnes mal intentionnées s’en servent pour promettre un Eldorado à des jeunes qui vivent dans des conditions difficiles. Comment ne pas se laisser tenter quand on pense pouvoir vivre de sa passion tout en étant célèbre et riche…
Derrière les portraits des différents protagonistes il y a pas mal de sombre : adultères, trahisons, détournements d’argent, meurtre…. l’humain est-il si violent que cela ?
C’est la remarque que m’a faite Claude Le Roy qui a eu la gentillesse de préfacer mon livre. Évidemment mon roman ne reflète pas forcément la réalité. C’est une histoire inspirée de faits réels mais sortie de mon imagination. Heureusement il y a de très belles aventures dans le football mais pour moi, elles étaient moins intéressantes à raconter.
Tu es né en 1960, tu as quel souvenir du foot des années 70 ? Comme on dit c’était mieux avant ?
Mes premiers souvenirs de footballeur, c’est la finale de la coupe du monde 70, Brésil-Italie avec Pelé. J’étais aussi un fan absolu de Johan Cruyff et de l’Ajax. Et puis il y a eu l’épopée des Verts, ces matches contre le Dynamo Kiev de Blokhine, le PSV Eindhoven et la finale à Glasgow contre le Bayern qu’on attendait fébriles devant notre télé en noir et blanc. Après je ne dirai pas que c’était mieux avant, c’était différent. On n’était pas gavés de retransmissions donc chaque match était un événement.
D’ailleurs que penses-tu de la situation des Verts avec les nouveaux repreneurs ? L’argent comme nerf de la guerre permettra-t-il à l’ASSE de remonter en Ligue 1 ?
L’argent heureusement ne fait pas tout ! C’est une bonne base de départ mais un club c’est avant tout des hommes. Des bons joueurs, des dirigeants compétents et des supporters qui vibrent. Je ne me prononcerai pas sur la qualité des deux premiers mais ce qui a toujours fait la force de l’ASSE, c’est le soutien inconditionnel de son public. Partout en France. Donc je ne sais pas si Saint-Étienne va remonter rapidement en Ligue 1 mais en tout cas le peuple des Verts mérite d’avoir son équipe au plus haut niveau.
Je crois que tu as croisé pas mal de personnes dans le milieu du foot : quelle est ta plus belle rencontre ?
J’ai en effet croisé beaucoup de gens qui gravitaient autour du foot car c’est un milieu très exposé qui suscite la passion mais aussi les excès. Pour ma part je ne peux pas dire que j’ai noué des amitiés sincères, plutôt des belles rencontres avec certains joueurs mais qui restent éphémères. Ils mènent une vie de globetrotters et sont amenés à parcourir le monde. Je suis leur carrière à distance.
C’est très rare le mélange de foot et polar… tu as des références littéraires concernant le polar ?
En effet le sujet est rarement abordé en littérature mais si je dois conseiller un livre aux vrais amoureux du foot, il faut lire 44 jours de David Peace. En ce qui concerne mes références, j’aime le polar social français qui traite de sujets géopolitiques avec des auteurs comme DOA, Dominique Manotti ou Thomas Cantaloube. La période des années de plomb en Italie et la guerre d’Algérie sont également des thèmes qui m’intéressent.
Celui qui préface le livre est loin d’être un inconnu, tu l’as d’ailleurs évoqué plus haut : Claude Le Roy. On l’a d’ailleurs revu lors de la finale de la CAN. Pourquoi ce choix ?
Le choix de Claude Le Roy s’est imposé comme une évidence. Si quelqu’un connaît le football africain en France c’est bien lui. J’ai la chance d’avoir un ami, ancien journaliste à l’Equipe et France Football, qui est un de ses proches. Il m’a mis en contact avec Claude qui a lu mon manuscrit et a accepté de le préfacer.
D’ailleurs as-tu regardé la CAN ? Qu’en as-tu pensé ?
Oui j’ai regardé le début en pointillé puis les phases finales. Le football africain a énormément progressé ces dernières années. Il est toujours très engagé avec toujours des joueurs capables de faire la différence techniquement. Le fait qu’ils soient nombreux à jouer dans les meilleurs clubs européens apporte aux équipes nationales une rigueur tactique et une discipline qui pourraient leur apporter très vite un titre de champion du monde.
Pour finir, ça fait quoi d’avoir son premier livre entre les mains ?
Évidemment ça fait très plaisir. C’est une énorme fierté. Et le jour où mon éditeur m’a appelé pour savoir si j’avais trouvé ou non un éditeur pour mon récit restera gravé à jamais dans ma mémoire.




