En décembre 2007, Nicolas Sarkozy, alors président de la République Française, recevait officiellement Mouammar Kadhafi, président de la Lybie. Une réception en grande pompe, avec tente royale implantée dans les jardins de l’Hôtel Marigny, réception à l’Elysée, visite de l’Assemblée Nationale et soirée de gala avec un menu spécial couscous préparé par le chef de cuisine du Président. Il s’agissait pour le Président Sarkozy de remercier son homologue libyen pour son geste humanitaire, la libération d’infirmières bulgares accusées entre autres d’avoir disséminé le virus du Sida en Libye, tout en profitant d’un formidable plan de communication médiatique visant à conférer au président Français une aura internationale inespérée. En septembre 2011, le Printemps Arabe gagne les rues libyennes. Mais M. Kadhafi décide de rester sourd aux aspirations émancipatrices de sa population et envoie l’armée mater les poches de résistances naissantes, notamment à Benghazi. Bernard-Henri Lévy entre alors en scène, courant mars 2012 et annonce, aux médias français comme d’habitude à ses ordres, un prochain massacre humanitaire. Il joint sur un téléphone satellite personnellement le président français et parvient, sans grande difficulté, à le convaincre de la nécessité d’une intervention militaire occidentale pour contrer les forces du mal du Colonel Kadhafi. Avec un argument en béton armé : le gouvernement français s’était mondialement ridiculisé par ses errements sur le dossier de la Révolution de Jasmin, Michèle Alliot Marie, ministre de l’intérieur avait alors proposé au président (et ami) Tunisien Bourguiba l’appui de la police française pour mater le soulèvement populaire de sa rue, et pouvait reprendre la main avec ce dossier libyen. N. Sarkozy devait prendre la tête d’une coalition internationale destituant le Colonel Kadhafi et devait apparaître comme un bienfaiteur de l’humanité… Il n’en fallait pas plus pour que l’ancien maire de Neuilly succombât aux arguments en bois d’un pseudo philosophe motivé, lui, par d’autres considérations géopolitiques (plus en rapport avec le conflit du Proche Orient…).

Voilà comment se monta (avec l’aval de l’ONU tout de même !) une coalition internationale ayant pour objectif d’instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus du territoire libyen visant à limiter les mouvements de l’armée de M. Kadhafi. L’action de la coalition ira bien plus loin que cette première résolution de l’ONU, et dans les mois qui suivront, c’est toutes les forces aériennes de l’armée libyenne qui seront détruites. La coalition internationale appuiera ensuite les forces rebelles au sol et facilitera la chute du Colonel Kadhafi. Il se dira même que ce sont les forces spéciales Françaises qui permettront l’assassinat filmé du Colonel Kadhafi, moins de 4 ans après sa venue en grande pompe à l’Elysée… Dire qu’à l’époque, il avait même été question de lui refourguer des Rafales, d’autres armes stratégiques et, accessoirement, une centrale nucléaire civile… Quelques semaines avant son assassinat, grand et désastreux moment de télé réalité, voilà ce que prédisait le Colonel Kadhafi : « Je veux bien me faire comprendre : si on menace, si on déstabilise, on ira à la confusion, à Ben Laden, à des groupuscules armés. Voilà ce qui va arriver. Vous aurez l’immigration, des milliers de gens qui iront envahir l’Europe depuis la Libye. Et il n’y aura plus personne pour les arrêter. Ben Laden viendra s’installer en Afrique du Nord et laissera le mollah Omar en Afghanistan et au Pakistan. Vous aurez Ben Laden à vos portes[…] vous aurez le terrorisme, des actes de piraterie aux portes de la Méditerranée, à 50 km des frontières de l’Europe ».

Or que se passe-t-il aujourd’hui ? Des groupuscules armés se sont installés en Libye et dans l’ensemble du Moyen Orient, le terrorisme est aux portes de l’Europe, l’État Islamique en Irak et au Levant, qui n’est rien d’autre qu‘une réminiscence d’Al-Qaida Maghreb Islamique impose sa loi ville après ville, et plus personne ne semble être en mesure d’arrêter les vagues migratoires en provenance de la Libye. Il est évident que dans leur infinie cruauté ces dictateurs Moyen-Orientaux, les Bourguiba, Kadhafi, Hussein, Moubarak, maintenus sous perfusion par notre bienveillance occidentale, veillaient à préserver une forme d’équilibre politique, religieux et migratoire notamment. Les avoir chassés sans préalablement imaginer une transition apaisée, démocratique et pluraliste, est une faute historique dont on ne maîtrise toujours pas les conséquences. Difficile de choisir en la peste et le choléra, c’est vrai. Mais la situation actuelle en Irak, en Libye, en Syrie, dans une moindre mesure en Égypte, laisse augurer des heures encore plus troubles. Et, au regard de l’histoire, il semblerait que ces populations du Sud, des populations sans cesse martyrisées, aient enfin trouvé une solution à leur soif de vengeance à notre égard (celui de l’Occident, tout au moins) : cette immigration sauvage, placée dans les mains des réseaux mafieux européens et africains, qui se déverse anarchiquement le long des côtes italiennes.

Symboliquement, il y a certainement une dimension quasi-mystique ou messianique dans ce phénomène migratoire que rien ne semble arrêter. Mais il faut simplement garder en tête que c’est bien notre entêtement occidental à maintenir, jadis, coûte que coûte, ces dictatures de paille qui conduit ces pauvres migrants à force de désespérances économiques, politiques et spirituelles à tenter le tout pour le tout pour rejoindre un éden artificiel, l’Europe. La vengeance de la misère sur notre opulence. Ils sont cette bombe à retardement plus dévastatrice que n’importe quelle autre arme chimique ou nucléaire. Et c’est M. Kadhafi qui doit bien rire de tout cela, là où il est…