Voilà 34 ans déjà que le festival indépendant « Les Oreilles en Pointe » revient à Saint-Étienne et dans quelques communes proches sous l’impulsion de Tibert et son équipe, afin de proposer au public de (re)découvrir des artistes de renoms mais aussi permettre d’aller à la découverte de nouveaux artistes talentueux. Vous le verrez, cette année encore, il y a du beau monde. Tibert nous en dit plus :

Voilà 34 ans que le festival Les Oreilles en Pointe a été créé. Tu repenses à ce chemin parcouru ?

Oui, c’est même un peu vertigineux, depuis les débuts au Nec de Saint-Priest-en-Jarez en passant par Andrézieux et les Bords de Loire, puis l’arrivée en Ondaine en 2002, il y a eu des joies, des frayeurs, des remises en question… mais l’aventure continue !

Peux-tu en quelques mots revenir sur la singularité de ce festival ?

La première originalité est peut-être d’avoir été créé par un musicien (suffisamment naïf pour croire que si tous les musiciens de France et de Navarre produisaient eux-mêmes des concerts, le monde artistique serait plus solidaire, mais passons sur cet enfantillage) à la fois passionné par le texte et par la musique, ayant aussi beaucoup voyagé en Europe et au Canada. C’était un peu l’idée d’aller du producteur au consommateur, sans passer par le filtre des réseaux et des professionnels français. L’originalité, la création, le respect des cultures dans le grand cadre de la chanson d’auteur, c’est donc la ligne sans concession du festival depuis ses débuts.

Chaque année, il y a des temps forts, on va les évoquer, mais aussi des partis pris, des mises en avant. Cette année, ce sont les stages, ainsi que les temps en entreprise, lieux où la culture ne va pas forcément. Tu veux en dire quelque chose ?

Ce n’est pas dans les habitudes françaises de réunir le monde du travail à celui de la culture, c’est assez différent au Canada par exemple. Je vois la culture comme un lieu de rencontre citoyen, où tous les milieux sociaux devraient pouvoir se croiser, c’est le but de ces concerts en entreprise. Une idée déjà chère à Jean Villar après-guerre, quand le théâtre allait vers les gens plutôt que de les attendre dans les salles de spectacle. La chanson est un art populaire, il faut retrouver cette convivialité et cet esprit.

Le stage pour les jeunes de la vallée de l’Ondaine est organisé conjointement avec la ville du Chambon-Feugerolles, l’École des Arts, ses professeurs et notre association. Il permet de faire se rencontrer ados ligériens et un artiste ou groupe du festival. Une occasion unique pour ces jeunes de se frotter au monde professionnel, de partager aussi d’autres cultures musicales. Cette année avec le groupe canadien Ponteix. Un autre stage, (déjà complet) pour les amateurs de chant choral est mis en place chaque année… une belle journée d’échange qui permet là aussi une rencontre avec un artiste du festival suivie d’une restitution sur scène.

Les temps forts donc. Qu’allons-nous découvrir cette année ?

Il y a toujours les incontournables têtes d’affiche, avec Dominique A le 7 novembre, salle de la Forge au Chambon-Feugerolles et Charlie Winston le 12 novembre au Firmament, à Firminy, mais c’est toujours sur les artistes à découvrir que je me dois d’insister : Roza qui ouvrira la soirée du 7, la harpiste celtique Cécile Corbel pour un concert exceptionnel à l’Espace Albert Camus au Chambon Feugerolles, Ponteix, un jeune groupe de l’Ouest Canadien, en 1re partie de Charlie Winston.

On a entamé cette rencontre par le chemin parcouru, mais tu évoques bien volontiers les difficultés du monde de la culture, des subventions en baisses etc. Comment vois-tu l’avenir ?

Franchement, côté financier, il est sombre… le festival a perdu plus de 10 000 euros cette année d’aides publiques et privées, une baisse de 8 % de notre budget. Dans le même temps, nous n’avons pas augmenté le prix des billets depuis de nombreuses années, considérant les difficultés économiques tout en proposant la même offre artistique. Nous allons être amenés à revoir complètement le modèle de notre festival pour les prochaines éditions. Mais c’est un autre défi à relever, qui demande créativité et imagination, ça je crois qu’on sait faire… D’autant qu’à l’heure où nous parlons, nous enregistrons 20 % de fréquentation supplémentaire par rapport à l’an dernier, ce qui prouve bien l’enracinement du festival.

Un mot pour conclure ?

À l’heure des énormes festivals et spectacles, il est bon de revenir à des concerts de taille humaine, où l’on peut se retrouver, discuter avec les artistes, bref créer du lien. Casser le repli sur soi et sortir : une bonne règle de vie non ?