20 ans déjà que Jean-Christian Fraiscinet et Vincent Dubois forment les Bodin’s et enchaînent les plus grandes salles de spectacles françaises sans aucun soutien médiatique. 20 ans de succès détonnant et, quelque part, très réjouissant. Rencontre avec ce duo iconoclaste :
Le personnage de Maria Bodin est né dans votre imagination, Vincent Dubois, à la fin des années 90. D’où vient l’idée de ce personnage ?
Avant d’être comédien, il y a quelques années de cela, j’étais ambulancier en Touraine et c’est là qu’un jour, j’ai ramassé une vieille dame après un accident de Solex. Cette vieille dame, je m’y suis beaucoup attaché, je lui rendais régulièrement visite à l’hôpital et je fus touché et séduit par sa force de caractère et son envie de vivre hors du commun. Au sortir de l’hôpital, après toutes ces souffrances, Maria (car elle se prénommait Maria) n’avait qu’une idée en tête : récupérer son Solex et repartir en « campagne » L’héroïne de mon spectacle était née… ! Quelques années plus tard, je me suis aperçu, en retrouvant de vieilles photos où on me voit tout petit avec ma grand-mère, que la Maria Bodin, c’est aussi et surtout ma grand-mère Joséphine !!!
Maria sera d’ailleurs le sujet de vos premiers spectacles solos présentés en Avignon. Parlez-nous de cette époque ?
J’ai commencé à faire de la scène en chantant avec ma guitare dans les cabarets et les restaurants spectacle. Puis, en 1988, l’un d’entre eux « Le p’tit Québec » à Tours, m’a proposé de tenir la scène, du mardi au samedi, pendant un an et demi, c’était mon premier contrat pro. C’est là que le personnage de Maria est né entre deux chansons. Très vite, je me suis aperçu que les gens venaient m’écouter chanter, surtout pour entendre ce que je disais entre mes chansons. Je suis donc devenu comédien… Avec mon premier solo, « Les aventures Solexines de Maria Bodin » j’ai commencé à jouer dans les salles des fêtes, les villages vacances, les centres culturels… partout là où on voulait de moi ! Tout en continuant à écrire de nouvelles aventures à ma Maria, j’ai travaillé avec Michel Boullerne, un metteur en scène qui m’a aidé à peaufiner le deuxième spectacle solo. C’est avec ce spectacle « la Maria Bodin », que j’ai joué à Avignon en juillet 1993. D’emblée, le spectacle a beaucoup plu au public, la salle s’est remplie et, cerise sur le gâteau, j’ai pu repartir avec une tournée de 200 dates dès mon premier Avignon… Inespérée !!!
C’est en 1994 que vous rencontrez Jean-Christian Fraiscinet. En ambulance toujours ?
Nous nous sommes rencontrés en 1993 au festival de l’humour de Villars de Lans. Je n’étais plus ambulancier, non. Je présentais le spectacle « Maria Bodin » en solo que je venais de créer au festival d’Avignon. Jean-Christian, lui, présentait « Zap », un duo avec Hervé Devolder, un autre Tourangeau installé depuis à Paris. Hervé a suivi le Conservatoire de théâtre de Tours avec Jean-Christian et depuis, il fait une très belle carrière en solo, écrit des comédies musicales (« Babel », « Chance »…). Il est également le compositeur talentueux de toutes les musiques des spectacles des Bodin’s. Donc, pendant ce festival de Villars de Lans, l’occasion nous a été donnée à J.Christian et à moi d’écrire et de mettre en scène en une après-midi un sketch d’une vingtaine de minutes mettant en scène du jeu d’acteur, de l’escalade (il y avait un mur d’escalade sur scène) et de la musique. On s’est beaucoup amusés à écrire et à jouer… C’était l’histoire de la rencontre de Maria Bodin et d’Émile Leguidon en randonnée VTT avec le club du troisième âge, tout un programme ! Avec J.C, on a eu d’emblée une vraie complicité d’écriture même si on avait eu des approches et des formations théâtrales très différentes, J.C sortait du Conservatoire et moi j’avais abordé la scène par la musique, nous venions l’un et l’autre de la campagne et nous avons eu une enfance un peu semblable : la famille, les frangins, la vie en plein air proche des choses de la nature, les animaux, les troisièmes mi-temps, les champignons, le braconnage, les moissons, les vendanges et bien sûr, tous ces personnages typiques du monde rural que nous avons côtoyés, aimés et imités… Suite à cette expérience prometteuse et s’apercevant que nous venions de la même région, la Touraine et le Berry (c’est comme qui dirait de la même famille) nous avons très vite décidé de travailler à l’écriture d’un spectacle. Au départ, nous avons repris l’idée du couple Maria Bodin et Émile le vieux copain, puis après quelques semaines de travail et d’impro à la table, ça a été comme une évidence, nous avons décidé de donner un fils à Maria et quel fils… Ce duo mère-fils, c’était pour nous la possibilité, de faire du burlesque et du rire mais aussi de se payer le luxe du registre émotionnel… Quel travail, quelle prétention, mais quel bonheur ! Après 6 mois d’écriture et de mise en scène, nous avions la première mouture du spectacle « Les Bodin’s Mère et fils », la Compagnie Les Bodin’s venait de naître. Six mois plus tard, en juillet 1995, nous faisions le fameux festival d’Avignon.
J-C. Fraiscinet, étudiant, vous avez commencé de courtes études de médecine. La médecine française a-t-elle perdu un grand médecin ?
Réponse Jean-Christian Fraiscinet : Non, que la médecine française se rassure, je ne lui fais absolument pas défaut mais je me console un peu en me disant que faire rire les gens guérit bien des maux…
Vous obtiendrez plus tard une médaille d’or au Conservatoire National Dramatique de Tours. Une fierté ou une confirmation pour vous ?
C’était la concrétisation de deux années géniales passées au Conservatoire de théâtre de Tours. Ni fierté, ni confirmation car je savais que le plus dur ou le plus excitant restait à faire : vivre de ce métier de comédien !
Lorsque vous créez en 1995 « Les Bodin’s en duo », dans quel état d’esprit êtes-vous ?
J’étais déjà comédien depuis quelques années déjà et la rencontre avec Vincent a été déterminante pour la suite de ma carrière. Vincent jouait déjà son personnage de Maria depuis 5 ans lorsque nous avons créé le duo et la difficulté était de le rejoindre dans cet univers et surtout d’être à la hauteur.
Imaginiez-vous que l’aventure allait durer au moins 20 ans alors ?
On espère toujours dans notre métier construire pour durer mais par définition, on est sûr de rien. Notre plus grande fierté, c’est notre longévité !
Votre univers fait penser à celui des Deschiens, à la télé, ou des Vamp’s, sur scène… Comment prenez-vous ces comparaisons ?
Nous nous rapprochons sans doute plus de l’univers des Deschiens mais surtout, nous avons su créer notre propre univers.
Votre parcours en autoproduction et en indépendance rappelle celui des Chevaliers du Fiel à Toulouse… Personne au départ n’a cru en vous ?
Les premières personnes qui ont cru en nous, ce sont nous !!! Nous avons créé notre compagnie « Les Bodin’s » et gérer nos spectacles en autoproduction au début. Puis nous avons rencontré Jean-Pierre Bigard (Directeur du Palais des Glaces et frère de Jean-Marie) qui a décidé de nous produire particulièrement sur Paris. Et depuis quelques années, un autre producteur Coco (Cheyenne Production) s’occupe de nos tournées.
Vous remplissez des Zénith avec très peu de moyen marketing. C’est donc encore possible ?
Notre façon de fonctionner est quasiment unique, c’est vrai ! Depuis plusieurs années, nous remplissons effectivement des zéniths seulement par le bouche-à-oreille et la confiance que le public met en nous. Les médias ne se sont pas bousculés au départ, ce n’était pas une volonté de notre part, mais cela commence à changer ! Les Bodin’s vont de plus en plus envahir les écrans !!!!!
Qu’est-ce qui inspire vos spectacles ?
La vie en général mais surtout nos personnages eux-mêmes ! Ils sont devenus des entités et nous écrivons un scénario, Maria et Christian se chargent des dialogues.
Vos spectacles sont plutôt de nature intimiste, vous jouez cependant dans des salles immenses : comment préserver ce « côté authentique » et intime ?
Effectivement, nous avons dû adapter le côté intimiste de notre duo aux grandes salles de spectacles. Ça ne peut se faire que par la qualité de l’écriture et la tension du scénario. Quand ce que vous racontez séduit les gens, vous pouvez le jouer aussi bien dans une salle de 100 places que de 3 000 ! En revanche, notre dernière création que l’on présentera à Saint-Étienne n’a plus rien d’intimiste puisque nous reconstituons sur scène une ferme grandeur nature, avec ses animaux, son potager, sa mare… Ce sont des moyens énormes qui ont été mis à notre disposition !!! Nous avons 10 semi-remorques sur les routes et 60 personnes en tournée ! Mieux que Johnny (Hihihi) !!!
En 2008 et malgré de petits moyens, vous réalisez un premier long-métrage intitulé « Mariage chez les Bodin’s ». Un pari fou, non ?
Oui et nous devons cette aventure à notre réalisateur Éric Leroch qui nous a persuadés que nos personnages pouvaient exister à l’écran.
Plus de 130 000 spectateurs verront le film et 90 000 DVD vendus. Un vrai succès eu égard aux moyens de production ?
Oui, d’autant que ce film a été classé le 2e film le plus rentable de France derrière les « Ch’tis » !!!
Que recherchez-vous de plus ou de différent au cinéma ?
C’est un autre moyen de faire exister nos personnages et une autre façon de les voir évoluer. Autant au théâtre on extériorise notre jeu, autant au cinéma c’est la caméra qui vient dénicher en nous les émotions. Ce sont deux façons de jouer diamétralement différentes mais très complémentaires.
Que symbolise, selon vous, le succès de vos spectacles ?
Nous pensons que le public a un besoin quasi vital, surtout en ce moment, de se distraire et particulièrement avec des plaisirs simples. Nos personnages qui sont emprunts de bon sens répondent à cette demande et parlent à toutes les générations et toutes les classes sociales…
On le voit, la presse intellectuelle vous a souvent ignoré. Parce que vous représentez une France qu’elle ignore ?
Sans doute… et tant pis pour eux, ils ne savent pas ce qu’ils ratent !!! Mais heureusement le public est plus intelligent que ça…
De quoi est-il question dans « Les Bodin’s Grandeur Nature » ?
Dans les Bodin’s Grandeur Nature, Julie la petite nièce des Bodin’s est placée par ses parents chez sa vieille tante Maria pour qu’elle lui « apprenne à vivre » ! L’arrivée de cet ovni dans la ferme va bouleverser le quotidien des Bodin’s.
Au fond, tout le monde l’aime Maria, non ?
Oui, car elle nous rappelle notre grand-mère ou celle que l’on aurait aimé avoir.
Il paraît qu’elle serait devenue une « geek » ?
Réponse Vincent Dubois : Maria est surtout une geek de la vie et comme elle est très curieuse et qu’elle a l’esprit et l’œil vif comme un oiseau de proie, elle saute sur tout ce qui bouge et ramène sa fraise sur tous les sujets.
Votre tournée s’étend sur 80 dates sur les plus grandes scènes de France et cela en pleine crise. Au fond, quelle est votre recette ?
Réponse Jean-Christian Fraiscinet : On ne la donne pas, c’est comme un coin à champignons !!! Plus sérieusement, notre recette, comme dans tous les métiers : le travail ! Beaucoup de travail, toujours le travail !
Vous fêtez votre 20e anniversaire. Que faut-il vous souhaiter ?
De l’inspiration pour continuer à faire exister nos personnages et de la santé, pour continuer de les jouer sur scène !!!
Vos prochains projets, un nouveau film peut-être ?
Sans doute mais pas tout de suite ! Certainement un prochain duo… et plein d’autres surprises !!! Ouvrez l’œil !!!




