C’est le propre de chaque État que de fonctionner exclusivement autour d’un noyau politique, économique et social constitué par sa capitale. Plus l’état est ancien, plus cette concentration est forte. C’est un secret pour personne, la France, l’un des états les plus anciens de la planète, est autocentrée autour de sa capitale, Paris. Conscient de ce déséquilibre, véritable frein pour l’ensemble de la nation, les maîtres à penser du Pays, ont initié après Guerre un mouvement de décentralisation. Dans le domaine culturel, ce mouvement d’ouverture résulte de l’initiative d’André Malraux, ministre de la Culture de Charles de Gaule. En 1963, A. Malraux crée le Comité Régional des Affaires Culturelles qui aboutira plus tard à la création des Directions Régionales des Affaires Culturelles, bras armés du Ministère de la Culture dans les régions. Les Drac sont placées sous l’autorité des préfets de région.

En 2012, la Drac Rhône-Alpes a ainsi dépensé plus de 41 millions d’euros pour soutenir le spectacle vivant. Or, la lecture rapide de la répartition en région de ces budgets permet de soulever une inégalité flagrante et une injustice insoutenable : le département du Rhône bénéficie de la majorité de ces crédits (+ de 54 % du budget) et lorsqu’on ramène ces affectations de crédits en pourcentage par habitant, on mesure encore plus cette injustice : Le Rhône réunit 27 % de la population régionale et reçoit donc 54 % de budget. Le département de la Loire réunit 12 % de la population régionale et reçoit 7,4 % des budgets. Si l’on ramène la répartition des crédits dispensés par la Drac pour le spectacle vivant en euro et par rapport au nombre d’habitants, l’inégalité est flagrante : l’État dépense plus de 13 euros par habitants dans le Rhône, plus de 4 euros par habitant dans la Loire et plus de 1 euro seulement par Habitant dans l’Ain. Un habitant de l’Ain vaut-il bien moins qu’un Ligérien qui vaudrait bien moins qu’un Rhodanien ? C’est cette injustice flagrante et au fond injustifiable qui a révolté les membres de « Loire en scène », une association qui regroupe des structures de diffusion du spectacle vivant implantées dans le département de la Loire. Si on analyse ces dotations encore plus en détail, on s’aperçoit qu’à l’intérieur de chaque département, les grandes villes sont elles aussi favorisées… En clair, il ne fait pas bon être un habitant d’une commune de l’Ain si l’on veut aller au spectacle !!!
À titre d’exemple, l’Opéra National de Lyon reçoit 6 millions d’euros lorsque l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne ne reçoit que 100 000 euros. Dix compagnies chorégraphiques issues du département du Rhône sont soutenues par la Drac alors que trois le sont en Isère et une seule dans la Loire ! Parmi les compagnies théâtrales, 17 compagnies sont soutenues dans le Rhône, 4 dans la Drôme, 5 dans l’Isère et une seule dans la Loire, un comble lorsqu’on a connu la vitalité de la scène théâtrale stéphanoise. Enfin, la Comédie de Saint-Étienne reçoit 65 % des aides dévouées par la Drac au département de la Loire. Nul doute que si l’on examine les subventions que la Région Rhône-Alpes alloue chaque année à la culture, on retrouvera également de belles inégalités départementales. On ne peut que soutenir la mobilisation de l’association « Loire en scène » pour dénoncer (à défaut d’y mettre fin) cette inégalité. Que faudrait-il alors pour que les choses changent ? Une mobilisation forte, cohérente et efficace de l’ensemble des élus du département de la Loire, une mobilisation de tous les échelons, pour remonter au plus haut du Ministère de la Culture mais aussi une même mobilisation des élus régionaux pour que du côté des Confluences, siège de la région Rhône-Alpes, on cesse de penser que la région Rhône-Alpes n’existe qu’à travers la magnificence lyonnaise. Au fond, que sont devenues les régions de France ? Autant de petits Versailles, autant de cours, autant de baronnies…que quelques élus monarchiques confisquent à des fins très personnelles.
Les Stéphanois sont-ils seulement au courant que le plateau de l’Hôtel de Région accueille régulièrement de bien belles expositions ? Ont-ils simplement le droit de le savoir ?