Il y a quelques jours, je suis tombé par hasard sur une interview de John Mc Tiernam, réalisateur en scène de « Piège de cristal », « 13e Guerrier », « Predator »…, sur le site de Télérama. Le réalisateur était de passage au festival du cinéma Américain de Deauville et, grâce à cet entretien surréaliste (http://www.telerama.fr/cinema/john-mctiernan-un-cineaste-au-bord-du-gouffre, 116 716.php), je découvrais que le cinéaste venait de purger une peine d’un an au pénitencier fédéral de Yankton, Dakota du sud, pour avoir menti lors d’une conversation téléphonique avec un agent du FBI dans le cadre de « l’affaire Pellicano », du nom d’un détective privé véreux dont le gratin d’Hollywood se payait les services. L’agent du FBI enquêtait sur les activités du détective privé. Lors de cette conversation téléphonique enregistrée (à l’insu du réalisateur), il demanda à J. Mc Tiernam s’il connaissait Anthony Pellicano, car le FBI avait retrouvé ses coordonnées dans les affaires dudit détective privé. Le réalisateur américain « oublia » de confirmer ses relations avec le détective privé. Le réalisateur eut recours aux services de Pellicano pour surveiller son producteur Charles Roven, durant la production du film « Rollerball ». L’agent du FBI enregistra la conversation. Les faits, plus tard, prouveront que J. Mc Tiernam était bien en relation avec J. Pellicano. Pour avoir menti au téléphone à un agent du FBI, J. Mc Tiernam sera condamné à un an de prison ferme !!! On ne parle pas ici de la condamnation d’un jeune noir du ghetto ou d’un hispanique illettré (cf. E. Macron !) mais bien d’un citoyen blanc américain riche et reconnu condamné pour parjure dans une enquête qui ne le concernait pas. On se souvient que Bill Clinton passa à deux doigts de la correctionnelle non pas pour harcèlement sexuel ou crimes de guerre mais pour avoir menti au sujet de sa relation avec la fameuse secrétaire qui aimait tant les cigares… Malgré son argent, sa position sociale et bien qu’il n’ait pas enfreint la loi de manière physique et concrète, J. Mc Tiernam purgera sa peine de prison.

Dans cet entretien, J. Mc Tiernam dit son souhait de quitter les États-Unis à cause d’un « régime politique devenu illégal ». Et le réalisateur de rappeler que les États-Unis détiennent aujourd’hui « plus de prisonniers qu’en Corée du Nord, plus de policiers qu’en Allemagne en 1938 ». Le cinéaste rappelle que dans le cadre du programme « War on drugs », le gouvernement américain a développé un dispositif sécuritaire injuste qui a conduit plus de 2,2 millions d’Américains en prison, soit 1 % de la population adulte. Sachant que plus de 4 millions d’Américains sont en liberté conditionnelle, on arrive à un total de 7 millions de personnes. Dans son analyse, le réalisateur Américain va plus loin, il précise qu’un Noir sur onze est en prison et un Hispanique sur vingt-sept. Dans certains États, près d’un tiers des Noirs est en prison. Ainsi, depuis 20 ans, 15 % de la population américaine a été mise en prison. Et la constitution américaine prive de ses droits civiques toute personne ayant été derrière les barreaux. En enlevant ces 15 % d’électeurs pauvres et de couleur, le gouvernement peut tout faire, tout contrôler, et continuer à enrichir l’élite, ces fameux 1 % dont l’économiste Étienne Chouard parle dans l’émission « Ce soir ou jamais » de F. Taddeï – à voir de toute urgence ! (http://www.youtube.com/watch?v=xOo0cUv0iXo)

À ce jour, les États-Unis sont le premier pays au monde en nombre de personnes incarcérées. Les États-Unis représentent 5 % de la population mondiale mais détiennent 25 % des personnes incarcérées sur le globe. Au cours des deux dernières décennies, l’argent dépensé dans le système carcéral était 6 fois supérieur à celui consacrée à l’éducation. Prenons l’exemple de la Californie, un État réputé tolérant et ouvert, cet État a dépensé 9,6 milliards de dollars dans les prisons contre 5,7 milliards dans l’enseignement supérieur. L’État, chaque année dépense 8 600 $ par an pour un étudiant, contre 50 000 $ par an pour un prisonnier. Depuis 1980, il a construit un campus universitaire pour 21 prisons dont la plupart sont gérées par des entreprises privées. Le programme « War on drugs » a abouti à la prolifération de lois répressives et à l’accroissement du nombre d’incarcérations. Ces changements sont, on s’en doute, poussés par les lobbyistes influents des prisons américaines, évidemment privées. Elles tiennent à leur business rentable. Elles ont le soutien des politiciens grâce aux dons rendus possibles par le contrôle inexistant du financement des campagnes américaines. Leurs objectifs sont de faire augmenter le nombre de personnes en prison ce qui équivaut pour elles à une augmentation de leur marge de profit. Ces établissements privés ne rendent pas de compte à l’État, cette absence de contrôle crée une impunité. Celle de maltraiter par l’isolement ou les privations sensorielles. Pendant ce temps, les États s’endettent et une sous-classe de prisonniers salariés se constitue. Mais Corrections Corporation of America et GEO, les deux plus grandes entreprises du secteur pénitentiaire privé, ont cumulé à elle deux 2,9 milliards de bénéfices l’an dernier. La crise économique augmente la pauvreté aux États-Unis, la délinquance s’ensuivra par corrélation et les profits aussi. Sous la présidence de N. Sarkozy, il avait été question, un temps, d’introduire les entreprises privées dans la gestion des établissements pénitentiaires…