Si la rubanerie (ou passementerie) apparaît dans l’aristocratie français dès le XVIe siècle, il faudra attendre la fin du XVIIIe pour que cette nouvelle industrie devienne un axe de développement majeur pour la cité stéphanoise. En 1808, la ville obtient la création d’une Condition des Soies placée sous administration municipale et s’affranchit de la tutelle lyonnaise. Et dès la fin du XVIIIe siècle, l’activité rubanière façonne progressivement la ville, ses quartiers et emploie jusqu’à 30 000 personnes au milieu du XIXe siècle. Les fabricants de ruban occupent alors une place de premier choix aux fonctions politiques et économiques dans une ville industrielle en plein essor. La rubanerie à Saint-Étienne fait pleinement partie de l’essor industriel de la région stéphanoise au XIXème siècle. À cette époque, on comptait près de 7 000 ouvriers-passementiers et 250 négociants-fabricants dans la ville.

De 1812 à 1980, chaque fabricant de ruban de la région devait déposer aux Conseil des Prud’hommes les modèles de sa création présentant un “ caractère de nouveauté ”, sur le plan technique ou au plan esthétique, afin d’en assurer la protection dans le temps. Une fois la durée de protection passée, le Conseil envoyait les boîtes cachetées contenant les échantillons au musée d’art et d’industrie pour l’archivage. Le musée conserve également de nombreuses collections d’échantillons sur registres propres à certaines maisons stéphanoises (environ 1 200 registres de maisons prestigieuses comme Gérentet-Coignet, Troyet, Giron ou Staron), plusieurs dizaines de milliers de liasses de rubans (Fraisse-Merley, Staron, Colcombet, Rebour) ainsi que des rubans ou passementeries inventoriés individuellement et provenant des expositions industrielles. Des costumes raillés par Molière dans les « Précieuses Ridicules » à aujourd’hui, le ruban fait partie intégrante de la création de mode.

Cet accessoire soyeux règne sur le costume féminin et s’exprime à profusion dans les créations chapelières de modistes renommées comme Elsa Schiaparelli, Nina Ricci, Lucie Grégoire ou Marie Mercier. On le retrouve dans la chaussure (Robert Clergerie, Charles Jourdan, Roger Vivier) et comme signature dans la parfumerie. Chanel, Dior, Olivier Lapidus, Lanvin ou Yves Saint Laurent ont utilisé cet accessoire en l’adaptant aux codes vestimentaires de leurs maisons. Chez les couturiers, Eymeric François, Maurizio Galante, Martin Margiela et Franck Sorbier, le ruban édifie à lui seul la structure du vêtement.

Les costumes folkloriques de l’Arlésienne, de l’Alsacienne ou de la Savoisienne conservent le charme des rubans fleuris émaillant cette exposition toute en couleurs. Cette exposition inédite invite donc à découvrir la création rubanière stéphanoise et ses savoir-faire. Un parcours exceptionnel présente des pièces méconnues mettant en avant l’importance du ruban dans la mode du 2 juin 2016 au 2 janvier 2017 au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne.

Musée d’Art et d’Industrie – Saint-Étienne

À partir du 2 juin