Personne n’a jamais réellement songé à établir une typologie politique de la musique. L’aventure serait pour le moins saugrenue et presque grossière tant il paraît impossible de classer un style musical en fonction de son éventuelle couleur politique. Pourtant à y regarder de plus près, on note bien certaines lignes d’horizons qui se dessinent, plus ou moins nettement, au regard notamment de l’histoire contemporaine. Et puisqu’au possible nul n’est tenu, hasardons nous à tracer ces quelques lignes qu’on pourrait deviner au gré du siècle dernier. Par les évidences, on peut annoncer que le Reggae est une musique de Gauche, d’une gauche franche et altermondialisante. La chanson française serait, quant à elle, plus à droite, surfant parfois avec des intonations anarchistes (Ferré, Brassens) mais assumant pleinement sa position dominante, représentation de l’élite bourgeoise et heureuse.
On a souvent imaginé que le rock véhiculait des idées de révolte ou de rébellion. Posture plus que réalité puisque la plupart des Rockers n’aspire finalement qu’à une chose, être anobli par la Reine, même pour tous ceux qui ne sont pas citoyen britannique… Les Rockers sont, pour la plupart, Joe Strummer étant l’une de ces exceptions évidemment, de vulgaires clowns au service de Grand Empire. On sait aussi que certaines déclinaisons bruyantes du rock, Trash Metal et Cie, lorgnent parfois du côté des extrêmes… Le jazz, bien qu’il soit essentiellement joué et composé par des descendants d’esclaves, est exclusivement écouté par cette tribu malfaisante que sont les Bobos, cette gauche sociale-démocrate qui tente de masquer sa collaboration au système par quelques pensées humanistes, au fond postcoloniales. La musique classique n’a jamais quitté le pré-carré de la classe dominante, religieuse, traditionnelle et rigoriste. Quant au rap, il n’a cessé d’être l’alibi des puissants pour abrutir cette sous-classe qui englobe les diverses classes les plus populaires, issues de l’esclavage ou de l’immigration. On pourrait poursuivre ce petit jeu à l’infini…
Né il y a une dizaine d’années à Saint-Étienne, le groupe Jah Gaïa n’a jamais cessé, à travers sa musique reggae, de revendiquer ses positions politiques claires, nettes et précises, dans la grande lignée historique du reggae. Messages de tolérance entre les peuples et de dénonciation de la domination oligarchique et des déviances capitalistes, les textes du groupe ne font jamais dans la demi-mesure et profitent d’un son qui atteint, avec ce troisième album (toujours autoproduit), des sommets de maîtrise et de cohérence. Deux chansons ont attiré mon attention. « Seconde classe » issue de ce troisième album « Libre » qui se conclue par une phrase pleine de sens « Qu’est-ce qui nous pousse à ne pas nous révolter ? » et « Qu’est-ce qui les pousse », issu du précédent album, dans laquelle le groupe dénonce clairement une forme de complot mondialiste. Cela aura au moins le mérite de la franchise. Mais contrairement à bien d’autres artistes et groupes, Jah Gaïa fait en sorte que leurs chansons correspondent à leurs actes au quotidien (indépendance totale vis-à-vis du « milieu »).
Le Fil – Saint-Étienne – 25 avril à 20 h 30




