Tel était le titre d’un film sorti en 2005 réalisé par David Cronenberg. Histoire de la violence… L’homme au fond est un animal civilisé. Mais il reste un animal que plusieurs millénaires de civilisation ne sont pas parvenus à civiliser totalement. Si l’on en croit les historiens, nos sociétés contemporaines sont beaucoup moins violentes et mieux sécurisées qu’à toute autre époque de notre histoire. Les histoires de règlements de compte ont meublé notre jeunesse alors, pourquoi semblons-nous toujours aussi désarmés face à un tel déchaînement de violence ? Ces deux jeunes hommes assassinés dans la banlieue de Grenoble pour une simple histoire de regard… Cela semble tellement dérisoire ! Et pourtant…Pourtant, la moindre contrariété, une insulte en voiture, une file d’attente non respectée, une place de parking volée (etc) peuvent aujourd’hui dégénérer en faits divers tragiques. Les pistes ne manquent pas pour essayer d’expliquer une telle dérive. Sur ce constat, tous les avis convergent.

Banalisation de la violence : des séries policières aux films produits par Hollywood, des images issues d’internet jusqu’aux jeux vidéos et/ou journaux télévisés, la violence est sans cesse banalisée et ce dès le plus jeune âge. Il faudrait un jour comptabiliser le nombre de morts vus par un enfant dans la journée… Cette image de la mort banalisée rend cette violence forcément plus « admissible ».

Dislocation des familles : la cellule familiale traditionnelle n’a pas résisté au 21ième siècle. Les familles se déchirent puis se recomposent sans pour autant sauvegarder ce cocon familial, porteur de valeurs. Des valeurs qui, in fine, interdisaient de franchir certaines limites. Dans la violence aussi. L’abandon de ces valeurs ouvre à toutes les dérives.

Répercussion de la violence économique : la crise économique n’aura épargné aucun milieu social, aucune famille. Il est impossible de séparer cette violence économique, le stress, le durcissement des conditions de travail, l’absence de dialogue social dans les entreprises de l’ensemble des rapports humains. La violence économique, encore plus marquée, déteint sur la famille et la société.

Ghettoïsation accrue des quartiers : les quartiers sensibles ont toujours existé. Cependant, jamais un tel désœuvrement n’a été ressenti par les jeunes habitants de ces quartiers. Taux de chômage record, institutionnalisation de la délinquance, mise en place des économies parallèles… Les quartiers sont toujours plus clivant qu’avant et offrent de moins en moins de perspectives.
Défense des territoires : conséquence évidente de cette ghettoïsation des quartiers, le territoire apparaît comme un moyen de survie pour ses jeunes habitants. Il faut défendre coûte que coûte son honneur et ses frontières. Toute une économie souterraine dépend directement de ce territoire qu’il convient de sauvegarder.

Echec de l’Education Nationale : en projetant chaque année 150 000 jeunes en dehors de son système, sans formation, donc sans aucun espoir d’insertion dans la vie professionnelle, l’Education Nationale participe au renouvellement régulier de cette véritable armée de bannis ou de damnés. Rares sont les diplômés qui brûlent des écoles, rares sont ceux qui travaillent et qui dealent… Peut-on encore accepter cet incroyable gâchis qui, au final, coûte très cher à nos sociétés ?

Ritualisation de la prison. On peut ne pas vouloir l’admettre mais la prison, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, n’a plus aucune force dissuasive. Elle est même devenue un rite initiatique qui véhicule ses propres enseignements. La prison s’est transformée en première école du vice et de la violence. A quoi bon enfermer de jeunes délinquants en prison s’ils en sortent encore plus violents et aguerris ?

La mafia comme modèle ultralibéral : comme l’a très bien montré Roberto Saviano avec « Gomorra », les mafias, plus ou moins organisées mais toujours violentes, sont particulièrement adaptées à nos sociétés ultralibérales. Elles en sont même des exemples de réussite indéniable. Selon des règles basées sur la concurrence féroce et le libre accès au marché, elles opèrent avec une rare efficacité. Posséder son propre business, sur son propre territoire, c’est être profondément ancré dans ce monde ultralibéral.

Comme si tout cela ne suffisait pas, notre situation nationale a ceci de particulier qu’à toutes ces problématiques propres aux sociétés occidentales, elle ajoute en plus une dimension historique liée à la colonisation. Tout n’a pas été réglé en ce qui concerne l’attitude de la France et notamment de l’administration française envers ces populations, particulièrement envers la toute première génération d’immigrés. Pourquoi des gamins dont les parents sont nés en France ne se sentent-ils toujours pas Français ?

Et ce n’est qu’en agissant sur l’ensemble de ces points qu’on pourra, peut-être, régler une partie du problème lié à cette explosion de violence. En d’autres termes, c’est pas gagné !