L’énergie que Flavia Coelho dégage sur scène n’est pas simplement due au fait qu’elle veuille tout donner lors de ses représentations. C’est aussi sa nature. Nous avons passé quelques minutes en sa compagnie et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une belle personne, pleine de vie et de joie qu’elle veut transmettre autour d’elle. Son dernier album, très engagé, marque un tournant dans sa carrière car plus que jamais, elle pense qu’il faut pouvoir dénoncer les injustices qui sévissent dans son Brésil natal. rencontre :
Quelques mots sur ton parcours, du Brésil à la France ?
J’ai commencé à chanter à l’âge de 14 ans à Rio de Janeiro, au Brésil, dans le quartier où je vivais. C’est en répondant à une annonce de casting qui cherchait une chanteuse que cela a commencé. J’ai dû intégrer une 50aine de groupes, dans tous les styles musicaux, de la musique traditionnelle brésilienne, le jazz, le R&B, le reggae, le hip-hop… À 26 ans, j’ai pris mon sac à dos, j’ai traversé l’Atlantique et je suis venue m’installer en France. Quelques temps après mon premier album est né !
Qu’est-ce qui t’inspire ou t’influence ?
Mes repères musicaux sont brésiliens. Au pays, les radios, les voisins jouent très fort. On écoute la musique de tout le monde. Même s’il n’y a pas de grandes écoles ou des conservatoires comme en France, on arrive à apprendre la musique sur le tas. Après il y a eu les voyages, les rencontres, les collaborations avec des artistes très différents. Mais ma musique reste très personnelle. Je chante d’ailleurs dans ma langue maternelle, le portugais qui a des sonorités extraordinaires.
Comment est né ton 4e album « DNA » ?
Mes anciens albums parlaient de sujets intemporels comme l’amour, la famille, mais aussi de mes engagements comme la place de la femme dans le monde, les minorités, les favelas où j’ai grandi. J’ai toujours été inspirée par cette phrase « connais-toi toi-même ». Au bout de 4 albums, je me suis rendue compte que tout ce métissage ne venait pas seulement de mon histoire mais aussi de celle de mes ancêtres. J’étais en Afrique en train d’écrire sur cela mais il se trouve que le scrutin au Brésil a fait basculer le sujet d’écriture de l’album.
Sur scène on remarque ton énergie et ton sourire très communicatif ?
Je viens d’un pays du tiers-monde. Si l’on pense aussi à la musique du continent africain par exemple, ou des Caraïbes, faire danser les gens tout en parlant de notre détresse, c’est une force. La vie est tellement dure que la musique doit être joyeuse. C’est notre planche de salut.
tu évoques dans cet album des sujets comme l’homophobie, le racisme, la corruption… une nécessité ?
Je n’avais jamais écrit sur l’actualité auparavant. Je pensais que c’était plus pour les journalistes ou des auteurs dont c’est la spécialité. J’ai grandi dans des quartiers très durs, avec de la violence, de la corruption, je sais déjà ce que c’est. Alors vivre aujourd’hui avec ce monsieur qui vient d’être élu (Bolsonaro N.D.L.R.), qui souhaite libérer les armes, qui stigmatise les minorités, qui donne la parole aux racistes… c’est quelque chose qui ne peut pas laisser indifférent. J’ai donc pensé qu’il était plus que nécessaire de traiter de ces sujets-là de cette façon-là et de vraiment les aborder. Cela fait partie de la culture aussi, de dire les choses qui ne vont pas, et ça me touche personnellement car j’ai fait partie de ces minorités, je le revendique. J’y ai encore des amis, de la famille, et j’y ai grandi. Je ne pouvais pas imaginer me retourner dans 20 ans et me dire que je n’avais rien fait par rapport à cela !
Le mot de la fin ?
Déjà je suis très contente qu’au bout de toutes ces années, en chantant dans la langue de mon pays, je sois si bien acceptée par le public. C’est extraordinaire. Merci aussi à Saint-Étienne de m’accueillir pour la quatrième fois, avec un public toujours nombreux et avec le cœur 😉




