Après leur passage au festival Paroles & Musiques de Saint-Étienne, et à l’occasion de la sortie de leur nouvel album, nous avons eu envie de vous partager cet échange avec Feu ! Chatterton dont l’univers musical sublime des textes remarquables.
Vous avez joué au Zénith de Saint-Étienne avec Terrenoire, dans le cadre du festival Paroles et Musiques. On se souvient aussi de votre passage ici en 2014. Est-ce que ce souvenir vous parle ?
Oui, bien sûr. C’était à la salle Jeanne d’Arc, en plein centre-ville, dans le cadre de Paroles et Musiques déjà. Ce sont des souvenirs très forts pour nous. 2014, c’est vraiment une année charnière : on peut dire que c’est le lancement « officiel » de Feu ! Chatterton. On existait déjà avant, on faisait de la musique ensemble depuis plusieurs années, mais 2014 marque le moment où tout a commencé à prendre forme. La rencontre avec Fauve a été déterminante, notamment avec ces cinq soirs au Bataclan. Donc oui, Saint-Étienne, Firminy, ces premières dates… ce sont des souvenirs fondateurs. C’est vraiment la première pierre de notre histoire, disons, professionnelle — même si ce mot nous gêne un peu, parce qu’on a toujours l’impression de faire avant tout ce qu’on aime.
Depuis, votre groupe bénéficie d’une reconnaissance importante. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
Il y a évidemment beaucoup de travail. On est assez acharnés, et on a tenu une ligne depuis le début. La reconnaissance s’est faite progressivement, autant du public que des médias et des professionnels. On a toujours cru qu’on pouvait faire une musique à la fois exigeante, un peu alternative, et pourtant accessible. Qu’on pouvait toucher un large public tout en gardant une esthétique précise, singulière. Cette conviction, on ne l’a jamais lâchée. Et aujourd’hui, ça porte ses fruits : on joue dans des salles incroyables, on a fait deux Bercy récemment… Ce sont des choses qui restent assez irréelles pour nous.
Votre style nous semble singulier, engagé et poétique. Vous vous reconnaissez dans cette idée ?
Nos influences sont multiples : des références classiques comme Aznavour ou Barbara, mais aussi les musiques anglo-saxonnes des années 60 à 90, et bien sûr la musique actuelle. Aujourd’hui, tout se mélange. Les genres sont éclatés, les artistes écoutent de tout. Si singularité il y a, elle vient sans doute de ce mélange.
Votre dernier album, Labyrinthe, semble traversé par ce cheminement. Comment est-il né ?
Il a pris racine à la fin de la tournée de Palais d’argile. Faire un album est toujours difficile pour nous, il y a à chaque fois une vraie remise en question artistique, parce qu’on veut toujours explorer autre chose. Et plus les albums précédents ont du succès, plus la pression est grande : on veut faire aussi bien, mais aussi proposer quelque chose de complètement différent, sinon on s’ennuie. La création de Labyrinthe a été longue, sinueuse, d’où son nom. Il y a eu des moments marquants, comme cette résidence au Louvre, dans les sous-sols sous la pyramide. C’était une expérience incroyable, presque irréelle. On y a notamment écrit deux morceaux de l’album. Et puis il y a eu des épreuves, notamment la disparition brutale de notre manager, Jean-Philippe Allard, qui était bien plus qu’un collaborateur, c’était un mentor. Ça a été un choc immense. De cette douleur est née la chanson Mille vagues, écrite en quelques heures. Au fond, cet album est traversé par tout cela : des moments de grâce, de doute, de perte. C’est un parcours.
Revenir à Saint-Étienne plus de dix ans après, est-ce boucler une boucle ?
Oui, forcément. Revenir là où tout a commencé, c’est toujours symbolique. Mais on ne se sent jamais vraiment « arrivés ». On reste dans une forme d’insatisfaction constructive : vouloir faire mieux, écrire de meilleures chansons, continuer à se surprendre. C’est sans doute ce qui nous fait avancer.
Dans un contexte où la culture est fragilisée, où les festivals sont en difficulté, quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?
C’est très préoccupant. Les festivals sont essentiels : ils rassemblent, irriguent les territoires, créent du lien. Et pourtant, ils sont souvent extrêmement précaires. C’est admirable que tant de gens continuent à faire vivre ces événements, mais c’est aussi inquiétant que les moyens ne suivent pas. Plus largement, la musique reste un milieu difficile, surtout pour ceux qui n’ont pas de succès. C’est une industrie exigeante, parfois cruelle. Il faudrait sans doute repenser en profondeur son fonctionnement.
Un dernier mot ?
On a vraiment envie de retrouver la scène. On est chaud !




