Événement engagé s’il en est, le festival La fête des possibles se déroule du 6 septembre au 4 octobre dans divers lieux à découvrir en suivant le QRCode page 43. Près de 50 événements tout de même vont ponctuer ce festival. Des discussions, des conférences, des ateliers, des rencontres littéraires, des soirées culturelles, philosophiques ou musicales… Tout cela organisé par le Collectif Pour une Transition Citoyenne. Une initiative essentielle dans un monde en proie à de nombreux dérèglements, pour s’informer, se questionner, et pouvoir agir pour le bien commun avec enthousiasme et discernement ! Rencontre avec une partie de l’équipe de ce festival.

Peut-on déjà présenter le CTC 42 ?

Le CTC 42 est un collectif de 70 organisations dans la Loire, regroupant des citoyennes et des citoyens qui se reconnaissent dans la déclaration commune du Collectif National pour une Transition Citoyenne, qui savent dans quel monde elles/ils ne veulent plus vivre et qui participent à la construction d’alternatives pour accéder ici et maintenant au mieux vivre-ensemble.

Que proposez-vous concrètement ?

Les organisations membres font chacune leur part de transformations. C’est bien ainsi, mais c’est mieux si une instance commune peut permettre de multiplier des occasions de rencontres, comme lors de la Fête des possibles, de partager des supports de communication, et d’élaborer ensemble une culture des changements nécessaires, localement et au-delà. C’est pourquoi nous devons aussi être attentifs aux mots qui expriment le mieux possible notre mission aujourd’hui, notamment le mot « redirection » qui semble s’imposer. On pourrait préciser, mais le mieux est d’évoquer ici deux chantiers auxquels notre coordination souhaite contribuer, et pourra le faire… si des membres, anciens ou nouveaux, sont séduits par leur pertinence…

1) Et si nous « enquêtions » sur les conditions de réussite des politiques publiques locales de « transition » pour savoir si elles peuvent ou non déboucher sur une « redirection » citoyenne et écologique qui embarque la population concernée ? Actuellement, deux quartiers stéphanois (La Cotonne et Beaulieu) bénéficient d’un dispositif de « quartier fertile ». Nous ne savons pas à quel point cela pourrait modifier leur façon de vivre mais les habitants concernés le savent ! Alors, qui veut bien nous accompagner pour échanger avec eux, et ainsi nous former mutuellement ? Écrivez-nous à contact@ctc-42.org !

2) À quel point les citoyens ligériens pourront-ils modifier la gouvernance de leur eau pour qu’elle soit vraiment gérée en tant que commun à préserver ? Actuellement, le collectif Partag’eau-42 (dont nous faisons partie et qui animera les soirées du 23 et du 26/09) prépare tout au long de l’année le 3ème Forum de l’eau (42) qui aura lieu le 15/11/2025. Le CTC-42 y contribue notamment par la co-construction d’un « Observatoire citoyen de l’eau dans la Loire ». Ce savoir ouvert devra servir à une gestion responsable et collective de l’eau dans chaque sous-bassin. C’est une expérience passionnante car on a des choses à trouver ! Actuellement, le modèle de gestion de l’eau (que ce soit en régie ou en délégation) repose sur le principe « l’eau paye l’eau » sans tenir compte du fait que « l’eau c’est la vie ». Alors paradoxe : comment investir dans le passage à la sobriété sans assécher son financement ? On est prié d’inventer une autre économie, dans ce secteur puis dans d’autres…

Pouvez-vous préciser ce que représentent pour vous le terme de « transition » et son évolution vers une « redirection » ?

Transition vers du latin « transitio » le passage… Pour nous c’est donc le passage d’un monde condamné à sa disparition à un monde incertain mais en cours de construction. Ce terme n’a pas vraiment été théorisé.

En revanche, c’est le philosophe et accompagnateur de projets Alexandre Monnin qui, depuis une dizaine d’années, nous invite à préférer la notion de « redirection » qu’il définit ainsi : « La redirection écologique n’est pas simplement une méthode ou un ensemble d’outils pratiques, c’est avant tout un cadre de réflexion global, qui interroge en profondeur nos technologies, nos organisations, nos institutions, nos systèmes juridiques et, plus largement, tout ce qui constitue le socle du fonctionnement actuel de nos sociétés. Ce cadre ne vise pas seulement à « verdir » ou à optimiser notre monde tel qu’il est ; il cherche à garantir que ce monde restera habitable demain en prenant en compte les conditions et les limites environnementales indispensables à cette habitabilité. » Et il précise que : « Elle implique une réflexion profonde sur ce qui doit être maintenu, ajusté ou même abandonné afin de préserver les équilibres essentiels, en particulier ceux liés à la biodiversité et au climat, considérés comme les limites planétaires les plus cruciales. » (https://a-prioris.fr/hauteur-de-vue/renoncer-pour-mieux- vivre-la-philosophie-de-la-redirection-ecologique/)

Pour le dire vite, mais avec son vocabulaire, il a de bonnes raisons de craindre que la notion aujourd’hui banalisée de transition soit assimilée à des politiques « de soutenabilité faible » (verdissements nécessaires à court terme), et pas assez à des politiques « de soutenabilité forte » (mutation profonde des modes de vie collectifs, à entreprendre sans plus tarder).

En quoi cette évolution vous inspire-t-elle ?

Nous savons que la « date du dépassement de la terre », en 2025, est tombée le 19 avril pour la France et le 24 juillet pour l’humanité. Autrement dit, dès le 19 avril, si toute l’humanité vivait comme les Françaises et les Français, nous aurions déjà épuisé l’ensemble des ressources naturelles que la Terre est capable de régénérer en un an. Bien sûr, cela ne peut pas durer. Aller vers la soutenabilité forte, c’est aller collectivement, et donc en toute justice sociale, vers un mode de vie responsable considérablement plus sobre : pas moins de tout, mais mieux de tout ce qui vaut nos attachements.

Nous devrons aller vers des renoncements collectifs et choisis et nous n’y parviendrons qu’en « enquêtant » (en nous mettant en quête, dans les quartiers) sur tout ce qui vaut vraiment nos attachements (plus culturels que matériels), puis en trouvant ensemble, groupe par groupe mais de façon coordonnée, de bonnes solutions de remplacement, avec plusieurs niveaux de coopérations.

Comment parvenir à créer des « communs », un nouveau récit qui soit accepté non par nécessité mais par adhésion pour œuvrer à ces changements ?

L’avenir de l’eau sur le territoire est un bon exemple. La gérer vraiment comme un commun nous invite à faire évoluer le droit et l’économie. Ce n’est pas nous qui sommes propriétaires de l’eau mais c’est nous qui appartenons à un territoire (bassin versant) et tout le vivant (et le sol et le climat) a besoin de cette ressource commune pour subsister. Alors nous devons organiser sa gouvernance partagée. Et la question du prix doit venir après qu’on ait fait le nécessaire pour que ce territoire reste durablement habitable. Commençons par là, et nous saurons mieux traiter les problèmes suivants car les principaux sont liés entre eux, et c’est réjouissant de les résoudre.

Le festival « La fête des possibles » va être cette année encore très riche. Déjà quels sont les enjeux pour un tel festival ?

C’est avant tout chercher à augmenter la sensibilisation de ceux qui sont déjà plus ou moins éveillés, mais aussi essayer de toucher la grande masse de ceux qui n’ont pas encore compris que, plus tard on se réveillera, plus brutale sera la chute.

Qu’allons-nous principalement découvrir ?

Le Thème dominant sera l’Anthropocène, (Période géologique la plus récente, caractérisée par les effets de l’activité humaine sur la planète). Il y aura de nombreux temps forts : Les limites planétaires / Le Ciné-débat sur « Les Doléances / la Soirée « Participation Citoyenne » / le Jeu de l’entraide… et bien d’autres. L’intégralité est à retrouver sur le programme, disponible sur le site internet ou encore en suivant le QR Code sur la publicité dans ce magazine page 43.

Lorsqu’on regarde de près toutes ces actions, on a envie d’être optimiste, malgré tout on pourrait dire ?

« Il faut garder le pessimisme pour les jours meilleurs. On n’a pas le choix. C’est trop tard pour être pessimiste. La seule option c’est l’optimisme ». Marie-Monique Robin.

Un mot pour conclure ?

Qui veut bien nous rejoindre pour en savoir plus et agir mieux ? Écrivez-nous à contact@ctc-42.org !