Evan Cholvy, président de l’association Phénomène, revient avec nous sur le travail de son association ainsi que sur le festival Fréquences qui se tiendra fin septembre. Un festival singulier, militant, qui souhaite défendre l’émergence et l’éclectisme dans les styles musicaux. Un moment joyeux qui se déroulera à Saint-etienne.

Peux-tu déjà nous parler un peu de toi ?

Je m’appelle Evan Cholvy, j’ai 29 ans. Je suis le président et fondateur de l’association Phénomène. À côté de ça, je suis musicien (batteur), fondateur de l’agence d’ingénierie culturelle Prismavox, et je travaille également comme Social Media Manager pour Handicap International depuis 2020.

Depuis tout petit, mon engagement et mes centres d’intérêt se sont toujours orientés vers la culture, les médias, mais aussi les projets d’intérêt général, caritatifs ou humanitaires. J’ai grandi à Aurec-sur-Loire, tout près de Saint-Étienne, où j’ai connu mes premières expériences associatives, notamment en relançant et en coordonnant le Téléthon de ma commune de 2011 à 2016. Ça a été une expérience fondatrice, qui a largement préfiguré le projet Phénomène, au fil d’autres engagements associatifs liés à l’organisation d’événements, à la création de médias, ou à l’animation de programmes.

Très vite, ces expériences m’ont amené vers une question centrale : celle de la création émergente et indépendante. Je suis quelqu’un de curieux, très sensible à la culture, aux enjeux de société et à la politique. Pour moi, la culture est essentielle pour réussir à « faire société ». J’ai toujours eu à cœur de mener des projets non pas lucratifs, mais utiles pour un territoire, pour ses habitants, pour la vie locale. J’ai également travaillé pour la Fête du Livre de Saint-Étienne et le festival Positive Education. Je crée beaucoup, aussi. Je joue de la musique, mais j’écris aussi des textes, surtout de la poésie.

Peut-on également en savoir plus sur l’association Phénomène ?

L’association Phénomène est née en 2019, au moment où, avec les bénévoles, nous nous interrogions sur le sens de notre engagement et sur ce que nous voulions vraiment défendre dans l’univers de la culture et des médias. Nous avions constaté qu’il y avait énormément de talents – artistes, créateurs, producteurs de contenus – qui avaient beaucoup à partager mais qui n’avaient pas les outils, les relais ou les ressources pour le faire. Le modèle culturel, tel qu’il est pensé, laisse beaucoup de monde de côté, parfois davantage dans certaines disciplines que dans d’autres. Phénomène s’est donc construit avec deux grandes missions : l’accompagnement et la diffusion, en gardant au cœur de son action la démocratisation culturelle. Nous avons développé une véritable arborescence : un écosystème pensé pour couvrir tout le parcours créatif, de l’incubation à la distribution, en passant par l’édition, la production et la diffusion.

En cela, PHNMN est devenue notre marque créative, notre label, notre média et nous la déclinons en projets articulés les uns avec les autres. C’est aussi la volonté d’être un trait d’union, de fonctionner en complémentarité avec ce qui existe déjà, de créer du lien, et donc d’adopter en tout état de cause une logique de réseau. Aujourd’hui, de façon informelle, le réseau créatif PHNMN rassemble des centaines d’artistes, de structures et de professionnels dans de nombreux champs disciplinaires et métiers de la culture et des médias.

Concrètement, nous avons créé PHNMN Production, notre régie interne, avec techniciens son, lumière et vidéo. Nous avons aussi quatre « cellules » disciplinaires : Doppler, un label de musiques actuelles ; Kraken, un label dédié aux musiques électroniques ; Bragg, pour les arts visuels ; Spectre, un média en ligne. Chacune combine accompagnement et diffusion : Doppler manage et produit des artistes, Spectre accompagne des créateurs de contenus tout en diffusant leurs programmes en ligne, etc.

Phénomène organise également de nombreux événements : le festival PHNMN Fréquences, grand rendez-vous culturel stéphanois autour de la création émergente ; le festival PHNMN Campus, dédié à la création étudiante ; les Rencontres Phénoménales, rendez-vous de networking artistique à Lyon et Saint-Étienne ; les PHNMN Sessions, une saison culturelle régulière ; et bientôt, LABO, une plateforme de ressources et d’outils entièrement consacrée à l’accompagnement de la création émergente. Aujourd’hui, l’association réunit une soixantaine d’adhérents, dont une vingtaine de bénévoles très actifs au sein d’une coordination. Nous n’avons aucun salarié : l’équipe est 100 % bénévole. Avec six années d’existence, nous en sommes déjà à la 5ᵉ édition de nos deux festivals phares.

Défendre l’émergence dans un pays qui fragilise toujours plus sa politique culturelle, est-ce une gageure ?

Oui, défendre l’émergence est un choix audacieux. Heureusement, nous ne sommes pas seuls : d’autres associations, certains acteurs institutionnels et collectivités s’engagent aussi. Mais il faut être lucide : avec les baisses de subventions et la fragilisation du modèle culturel, la situation devient compliquée, notamment pour les festivals. Tout cela repose beaucoup sur le bénévolat, donc sur un énorme don de soi. Chez Phénomène, nous avons une dimension militante : nous croyons en la création émergente et indépendante, nous croyons qu’il peut exister un modèle non lucratif et vertueux, où l’argent généré par la diffusion de spectacles et de contenus sert à accompagner de nouveaux artistes et à créer de nouveaux projets.

Aujourd’hui, le recul des soutiens publics nous inquiète beaucoup. Nous en faisons déjà les frais en 2025. Si ces appuis disparaissent, ce sont des projets entiers qui s’éteignent, avec toutes les retombées positives qu’ils génèrent pour un territoire. Le festival PHNMN Fréquences, par exemple, est devenu incontournable à Saint-Étienne : il a su trouver sa place dans le paysage culturel local, en lien avec d’autres acteurs et événements. Nous avons déjà vu des artistes que nous accompagnons décoller grâce à Phénomène. Sans des structures comme la nôtre – ou comme d’autres dispositifs de soutien – ils n’auraient peut-être jamais eu cette opportunité. Voilà pourquoi nous sommes convaincus qu’il est indispensable de continuer à défendre coûte que coûte ce modèle.

PHNMN, c’est aussi un festival dont c’est la 5ᵉ édition. Un mot déjà sur ce projet ?

PHNMN Fréquences, c’est probablement le projet le plus important de l’association. Sa première édition a eu lieu en 2021, entre Lyon et Saint-Étienne, dans un format un peu expérimental mais déjà centré sur la découverte et l’éclectisme. Depuis, le festival s’est recentré à Saint-Étienne, avec une volonté forte : en faire un événement urbain, festif, accessible, tourné vers les jeunes générations.

Longtemps, nous avons tenu à la gratuité totale. Avec le déménagement au parc Joseph-Sanguedolce (Puits Couriot), la gratuité est désormais réservée aux étudiants – un choix assumé pour continuer à leur donner un accès privilégié à la culture.

PHNMN Fréquences est pour nous une vitrine : une manière de révéler des talents, de proposer une programmation originale, défricheuse, hors des sentiers battus, avec quelques noms de la scène nationale montante mais jamais de « têtes d’affiche » mainstream.

Qu’allons-nous découvrir cette année ?

Cette 5ᵉ édition marque un grand tournant. Jusqu’en 2024, le festival se déroulait place Jean Jaurès, à Saint-Étienne, avec trois scènes en plein air. En 2025, il déménage au parc du Puits Couriot – Musée de la Mine, avec plus d’ambition. Le festival se tiendra du jeudi 25 au samedi 27 septembre avec un nouveau format Jours et Nuits :

Jeudi : soirée d’inauguration au Clapier.

Vendredi et samedi : concerts de 18h à 1h dans le parc Couriot, puis nuits électroniques de 23h à 5h au Clapier.

La programmation accueillera près de 30 artistes, mêlant têtes montantes et découvertes, locales ou non. Parmi les noms à retenir : Kemmler, Zélie, Miel de Montagne, James Baker, Romane Santarelli, ou encore des artistes du territoire comme Brique Argent, Malaka, 111, Bonneville et August is Gone.

Un village artistique viendra enrichir l’expérience avec créateurs, associations et partenaires. Nous travaillons aussi en lien avec la Ville de Saint-Étienne dans le cadre du tremplin Nos Talents sur Scène.

Enfin, en septembre, nous renouons avec le parcours « Off », une série de concerts et d’événements dans les bars et restaurants partenaires, pour mettre encore plus en lumière la scène locale en amont du festival. Côté musiques électroniques, les nuits du Clapier accueilleront des artistes identifiés de la scène stéphanoise – Farkoner, Nadia Fuchsia – mis en avant par Positive Education ainsi que le label Poto Feu avec son duo EnfoncÉ.

Un mot pour conclure ?

Je suis très fier de porter cette 5ᵉ édition. Avec son nouveau format, le PHNMN Fréquences prend une autre dimension : c’est désormais l’un des plus grands festivals de l’année à Saint-Étienne. Nous espérons rassembler plusieurs milliers de personnes dans le parc Couriot et au Clapier, pour trois jours de fête et de découvertes. Je veux surtout remercier toutes celles et ceux qui nous soutiennent – bénévoles, partenaires, institutions – et qui permettent à ce projet, un peu déraisonnable dans le contexte actuel, d’exister. On vous donne rendez-vous du 25 au 27 septembre pour célébrer ensemble la culture émergente et indépendante.