Bruno Mantovani succède à Daniel Kawka à la direction de l’EOC (Ensemble Orchestral Contemporain). L’occasion pour nous de vous faire (re)découvrir les différentes facettes de cet orchestre pas comme les autres, créé il y a 27 ans déjà !

Pouvez-vous nous donner quelques lignes de votre parcours musical ?

J’ai débuté l’apprentissage de la musique à Perpignan par le piano puis par les percussions d’où une familiarité précoce avec le jazz et la musique contemporaine. Puis j’ai commencé la composition dans ma ville d’origine et je suis rentré en 1993 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris où je me suis consacré aussi à la musicologie. J’ai commencé une carrière internationale de compositeur vers 1998 puis je me suis tourné vers la direction d’orchestre. J’ai aussi été producteur de radio sur France musique et directeur du Conservatoire de Paris pendant les neuf dernières années.

Un mot sur votre prédécesseur ? Comment s’est passée la transition ?

J’ai toujours admiré le travail de Daniel Kawka sans jamais pouvoir me douter que je lui succéderais un jour. C’est un musicien généreux, hédoniste, mais aussi un homme admirable. Il a quitté l’EOC pour se consacrer à d’autres répertoires et m’a littéralement offert cet instrument de la façon la plus fluide qui soit.

Peut-on expliquer en quelques mots ce qu’est l’EOC ?

C’est un ensemble d’une vingtaine de musiciens qui existe depuis plus de 20 ans et qui défend principalement la musique de notre temps dans toute sa diversité : diversité esthétique mais aussi diversité des pratiques. Outre le concert « traditionnel », l’EOC aborde des genres comme l’opéra et apprécie les contextes pédagogiques.

Peut-on donner une définition aux néophytes pour expliquer ce qu’est la musique contemporaine ou la musique dite « savante » ?

L’expression « musique savante » désigne la musique écrite occidentale. Le mot « savant » ne qualifie pas une forme de complexité : le jazz ou la musique indienne sont aussi savants que Beethoven ou Brahms ! On a toujours écrit de la musique et la musique dite « contemporaine » (une expression assez absurde, en fait, car toute musique est contemporaine !) qualifie la musique savante écrite après 1 945. Les grands maîtres en seraient Boulez, Ligeti, Messiaen, Berio, Stockhausen…

Votre répertoire s’inspire des grands maîtres mais aussi de la poésie, du cinéma, de l’expérimentation. Quelle créativité !!! Vous revendiquez cette diversité musicale ?

Bien sûr ! Nous sommes dans une période de grande diversité d’expression, il serait tout de même triste de se priver de cette palette large ! La diversité n’est pas une négation de l’identité, bien au contraire ! C’est une façon de trouver sa voie que de n’être l’ambassadeur d’aucune école.

On peut même faire la sieste en vous écoutant !!!

C’est un bien joli concept de notre flûtiste Fabrice Jünger. La musique a toujours accompagné le sommeil, des berceuses jusqu’aux variations Goldberg. Pourquoi ne pas poursuivre dans cette quête de sérénité ?

L’EOC s’investit également beaucoup pour sensibiliser les jeunes à la musique contemporaine. Allez-vous continuer cet engagement ?

Bien évidemment. Il est dans le prolongement de ce que j’ai mis en place au Conservatoire de Paris. La musique est un objet trop précieux pour n’être partagé que par un type de population. Ce qui est le plus important pour moi est de ne pas transiger sur ce que l’on présente au public. Les œuvres les plus complexes peuvent être présentées de façon très simples. Il ne faut pas négliger que le plaisir est le point de rencontre le plus direct pour accéder à une forme d’élévation.

Quels sont vos projets à court et moyen termes ?

Nous avons de nombreux concerts prévus autour de la compositrice Édith Canat de Chizy que j’aime particulière (c’est aussi une de mes consœurs à l’Académie des Beaux-Arts). Nous ne négligeons pas la jeune création en jouant bientôt des élèves du CNSMDLyon. À venir, une résidence à la Chaise Dieu, un concert au Festival Messiaen, un concert à la Villa Médicis…

Où allons-nous pouvoir venir vous écouter ?

À Saint Étienne en septembre pour un concert apéritif puis en décembre à l’Opéra !

le mot de la fin ?

L’accueil que j’ai reçu des différentes tutelles stéphanoises, ligériennes et régionales a été particulièrement chaleureux. C’est un encouragement fort pour moi à m’investir dans la vie culturelle d’une région où je commence à trouver mes repères et dans laquelle je me sens particulièrement bien !