On le sait, Emily Loizeau a beaucoup d’atouts. À cheval entre les cultures anglaises et françaises, donc entre deux langues, elle en emprunte le meilleur. Riche d’un passé qui lui donne sa singulière inspiration, elle le confronte à un imaginaire débridé pour construire cet univers personnel. Souvent des ballades d’ailleurs. Du folk‐rock anglo‐américain qu’Emily a nourri de ses multiples écoutes, de sa bibliothèque musicale qui fait le grand écart entre Steve Reich, Sufjan Stevens et Elvis Presley, Johnny Cash et Leonard Cohen. Plus récemment, Emily Loizeau a changé. Son chant a changé aussi. Là où elle avait tendance à pousser sa voix, elle la retient avec un léger éraillement qui la rend sans doute plus crédible dans sa description des maux de la vie.
« Mona », son dernier album sorti en 2015, est, au moins en apparence, un disque doux agrémenté de belles sonorités acoustiques particulièrement soignées. Mais à l’écouter de plus près, l’album est parsemé d’épines ou de fines lames acérées. Des obsessions qui ne cessent de hanter l’univers de la chanteuse se retrouvent en filigrane sur ses enregistrements précédents, occupent d’un coup tout l’espace : le deuil, l’incompréhension, la vieillesse… « Mona », c’est aussi l’histoire d’un bébé mal né, d’emblée trop vieux, incapable de trouver sa place dans ce monde trop cruel et qui se voit aspiré vers le néant. « Mona » fut un spectacle avant de devenir un album. L’artiste était en effet en résidence, depuis quelques mois, à l’Espace Centquatre à Paris. Il faut dire qu’Emily ne cesse de multiplier les pistes…
Les Oreilles en Pointe – La Forge
Le Chambon-Feugerolles
Vendredi 18 novembre




