Vous les connaissez bien. Ils sont originaires de Saint-Étienne et reconnus en France et à l’international. Ils portent les couleurs du reggae, mais leur univers est bien plus vaste et métissé. Engagés, militants et humanistes, leur musique est un véritable remède à la morosité, un concentré de rythme et d’énergie. Leurs textes ne laissent également personne indifférent. Et ce n’est pas leur nouvel album, Atlas, sorti fin 2025, qui viendra nous démentir. Nous avons eu l’opportunité de rencontrer Aurélien Zohou, « Komlan », l’un des chanteurs, pour revenir sur le parcours du groupe et bien sûr parler d’Atlas. Quelques mots et un disque, avant de les retrouver au Zénith de Saint-Étienne fin 2026.
Avant de parler du dernier album, faisons un saut dans le temps. Est-ce que le jeune groupe que vous étiez alors pensait faire une telle carrière ?
À l’époque, on ne se projetait pas du tout. À 20 ans tu vis les choses au moment où elles se passent. Quand on a créé ce groupe, c’était avant tout pour se faire plaisir, faire de la musique ensemble. Quand ensuite on a commencé à jouer dans les départements voisins comme l’Ardèche, on a senti qu’il se passait quelque chose. On voyait également à quel point le public accrochait dès nos premières propositions. Mais on n’aurait évidemment pas pu imaginer qu’après plus de 25 ans on serait toujours là, voire qu’on rejoue certains titres même après toutes ces années, et que les gens nous les redemandent. Les choses se sont faites pas à pas, ou jour le jour. La découverte de la route ensemble, l’indépendance, monter notre première association, apprendre à produire un disque, apprendre à le sortir, apprendre à en faire la promotion… Nous en sommes là, mais nous en sommes encore très étonnés nous-mêmes et de ce qui se passe autour de nous.
Cette reconnaissance du public, justement, comment la vivez-vous ?
Comme le groupe s’est développé à sa vitesse, il n’y a pas eu de pic brutal, tout s’est fait vraiment marche par marche. Chaque petit succès a conduit à un autre, à un autre challenge. La route, le national, l’étranger… donc on sait pourquoi on en est là. Il n’y a pas eu un jour où tout d’un coup tout aurait changé, où on serait passé d’un stade de tout petits groupes stéphanois à un groupe qui joue en Europe… On a dû vivre, on a dû transpirer pour franchir chacune de ces étapes. Après, le succès en lui-même, ce n’est pas quelque chose d’explicable. Qu’est-ce qui fait que les gens continuent à aimer, qu’est-ce qui fait que tu sois en tête d’affiche, que tu joues au Mexique… ? Ce n’est pas quelque chose qui s’explique. En revanche le travail qu’on a fourni pour arriver où nous en sommes, on en a complètement conscience.
Malgré cette notoriété, vous restez fidèles à vos racines notamment en vous installant à Saint-Étienne. C’est important pour vous ?
Oui bien sûr, c’est important, et je pense que ça s’est fait de manière complètement naturelle. On a appris les choses comme un groupe indépendant, en faisant les choses par nous-même. Personne n’est venu nous chercher de Paris pour nous donner un coup de main, et quand c’est arrivé, c’étaient des grosses boîtes qui ne nous intéressaient pas. On s’est vite rendu compte que nous avions les compétences autour de nous, que Saint-Étienne c’est aussi une ville qui culturellement a toujours bougé, il y a aussi d’autres groupes, des artistes, des graphistes,… Je pense bien sûr à Fabien Cornut pour nos pochettes d’albums, qui fait un travail incroyable… Je pense aussi qu’on est tous très attachés à notre région, et que ça nous rassurait de rester là, de rester avec nos racines pour pouvoir travailler et faire pousser nos projets depuis si longtemps.
La boucle se boucle pour dire avec l’acquisition de ce nouveau studio ?
Exactement. Le fait qu’on ait accédé à anciennement Studio Mag, comme tu dis, c’est vraiment une boucle qui se boucle. Je repense à nos débuts où on a répété dans un garage, dans une cave rue de Monplaisir, où on connaissait Studio Mag mais c’était pour nous inaccessible. C’étaient des choses qui concernaient les professionnels, ce qu’on n’était pas au début. Se payer une journée à studio Mag c’était impossible à l’époque. Et qu’aujourd’hui on ait pu acheter ce lieu et qu’on puisse en profiter et y travailler, c’est vraiment dans le cheminement du groupe, au sein de Saint-Étienne. C’est une phase très importante.
Lieu où vous enregistrez vos albums, mais qui peut aussi s’ouvrir à d’autres groupes par exemple ?
Bien sûr, on y pense énormément. Déjà pour que ce lieu vive et qu’on puisse proposer à d’autres groupes de venir y travailler, et pourquoi pas dans l’avenir qu’on puisse nous aussi accompagner des projets. Le groupe a plus de 20 ans, on a déjà fait pas mal d’albums, et avec l’expérience, on pense aussi à la transmission, à ce qu’on pourrait apporter à d’autres projets musicaux, artistiques, qui nous intéresseraient. Qu’est-ce qu’on pourrait partager, qu’est-ce qu’on pourrait donner, à des projets émergents. On réfléchit effectivement à toutes ces choses-là.
On va parler de votre album Atlas. Déjà, à quel moment se met-on à écrire, à se dire qu’il est temps de créer un nouveau projet ?
Alors on a nos rituels. En général on fait un Album, puis on tourne pendant un an, un an et demi en France, ensuite on part à l’étranger. Ce qui fait qu’en gros, entre chaque album il y a trois ans. Évidemment, ces dernières années, il y a eu le COVID qui nous a coupé en pleine tournée. Pour Atlas, ce qui a été déclencheur, vient du fait que nous avons dû annuler la tournée de 2024 suite à des problèmes de santé de l’un d’entre nous. Mais il y a toujours du positif dans chaque chose, puisque ça nous a permis d’acheter ce studio et de le retaper à notre rythme. Et quoi de mieux pour essayer le studio que d’enregistrer un album ! Il y a eu une sorte de suite logique aux choses. Ça nous permet de redémarrer avec une nouvelle tournée et ce nouvel album.
Comment ça se passe au niveau de la composition ? Est-ce que vous êtes tous impliqués ?
Oui, on est toujours tous impliqués. Et ça n’a pas dérogé pour cet album. Ce serait mentir de dire qu’on fonctionne comme au tout début, mais il y a en gros cinq musiciens, et cinq compositeurs. Tous les musiciens composent chacun de leur côté un peu les instrumentaux, amènent des éléments, ensuite ils nous les présentent, et avec Hakim on essaye ce qu’on appelle maintenant des TOP LINE, des refrains, des mélodies, Un texte, une idée. Dès que quelque chose prend, on remet ça sur le tapis avec tout le groupe et chaque personne amène ses éléments. Une fois qu’on a fait le texte, on en discute à nouveau tous ensemble, chacun donne un peu son avis, l’idée étant de le faire évoluer jusqu’à arriver à la forme finale du morceau.
Quel est le propos d’Atlas ?
Alors il y a deux choses. D’abord l’idée musicale de cet album commence par un morceau atmosphérique plutôt long. C’est quelque chose qu’on n’avait jamais fait. On a voulu amener beaucoup d’organique, c’est-à-dire sortir de tous les sons électros qu’on a beaucoup utilisés sur les derniers disques. On a voulu ramener de l’instrument, de l’accordéon, de la percussion, des choses très musicales. Ensuite on a voulu prendre le temps, ce qui va à rebours de l’époque.
On a beaucoup de morceaux qui dépassent les cinq minutes. Prendre le temps aussi d’aller explorer d’autres sonorités, explorer une autre facette musicale de ce que l’on a pu faire et qu’on n’avait du coup pas exploré jusque-là. Au niveau du contenu, ce que l’on peut dire c’est qu’on sort cet album dans un contexte mondial compliqué, entre Gaza, l’Ukraine, la situation écologique, beaucoup de tensions géopolitiques… On est dans une époque très angoissée, où les gens sont saturés de débats, d’informations… On s’est dit qu’on voulait faire un album qui à la fois parle de tout ça mais qui soit aussi rafraîchissant, lumineux, qui fasse du bien, qu’il soit positif. On a souhaité que les gens aient envie de l’écouter autant pour sa musique, que pour son côté fédérateur, porteur d’espoir.
Le monde de la Culture connaît lui aussi une crise, quel regard portes-tu sur la situation ?
C’est clairement une situation compliquée. Là on vient de voir disparaître trois festivals majeurs Woodstower, SunSka, No Logo… On voit bien ce qui est en train de se passer dans la Culture, et on voit bien aussi qui sont les responsables, ceux qui veulent démonter ce monde-là pour en faire un truc très formaté, très commercial. A notre niveau, on essaye de proposer un autre modèle, une autre manière de fonctionner, en restant indépendant, sans faire de concession pour formater notre musique. Notre combat en tant que musicien c’est de prouver que c’est faisable, en gardant notre liberté de faire nos albums, de gérer notre label, de gérer nos tournées…
Alors Saint-Étienne, c’est pour 2026. Il semble que les places s’arrachent vite ?
Alors déjà oui c’est en 2026. Je sais que beaucoup de Stéphanois sont déçus qu’on ne se produise pas plus tôt. En été 2025 nous avons eu le Foreztival qui a été un moment très très fort. Mais c’est vrai que c’est fou, on ne s’attendait pas qu’en programmant un Zénith, il se remplisse aussi vite, un an à l’avance, en 48 heures seulement. On en a programmé un deuxième du coup mais qui se rempli très vite aussi. Il reste tout de même quelques places. Ce qui est bien en revanche, c’est que nous serons en fin de tournée, le spectacle sera donc bien rodé, et donc on sera là avec le meilleur de la tournée. Ça va être deux beaux Zéniths j’en suis sûr. Les gens nous donnent tellement d’affection, ils sont toujours là, c’est vraiment très fort.
Le mot de la fin ?
Longue vie à L’Agenda Stéphanois et longue vie à la Dub Inc. Rire 🙂




