Nous avons eu déjà l’occasion d’exprimer il y a quelques mois tout notre plaisir à entendre à nouveau Bertrand Cantat à travers ce projet Detroit (cf. la critique de l’album « Horizons ») au sein duquel il est associé à Pascal Humbert. Bassiste de formation, Pascal Humbert a participé à de nombreux groupes, dont Lilium qui a produit trois albums dont le dernier, « Felt », date de 2010. Inutile de rappeler ici les circonstances du drame qui ont conduit au décès de Marie Trintignant, puis à l’incarcération et à la condamnation de Bertrand Cantat. Fin 2010, Serge Tissot-Gay et Denis Barthe annoncent, de fait, la mort de Noir Désir plongeant dans le désarroi des milliers de fans du groupe qui vivaient toujours dans le secret espoir d’un nouvel album. Mais il est des drames dont on ne peut se remettre. Un second drame, le suicide de son épouse, Krisztina Rady sur fond de controverse, touchera Bertrand Cantat et relancera la polémique à son sujet. Qui est véritablement cet homme ? Et a-t-il le droit encore d’assumer son statut d’artiste ?
Cette dernière question s’est posée de manière aiguë notamment lors de l’édition 2011 du Festival d’Avignon. En effet, Bertrand Cantat participait à la création d’un spectacle de l’excellent auteur Wajdi Mouawad, « Cycle des femmes ». Or, Jean-Louis Trintignant, père de Marie, qui devait être programmé dans le cadre de ce même festival d’Avignon, décida de se retirer du festival constatant la participation de l’assassin de sa fille. Par « respect de la douleur » de J-L. Trintignant, B. Cantat se retira de l’ensemble de ce projet théâtral qui abordait précisément la violence faite aux femmes. Beaucoup furent ceux qui dénoncèrent alors le droit à B. Cantat d’apparaître ne serait-ce que sur scène… Assassin, selon ces mêmes gens bien intentionnés, sans doute, B. Cantat devait payer à jamais le tribut de sa folle démesure. Par respect et par décence, il devait se taire, tout simplement. Parallèlement, encore plus nombreux furent ceux qui, à leur tour, dénoncèrent une sorte de double peine et objectèrent le droit à quiconque à la liberté d’expression.
Or, c’est bien ce droit à la liberté d’expression qu’a bafoué notre ministre de l’intérieur, en mettant sur pied, sur injonction d’instances religieuses supérieures, toute une machinerie visant à empêcher les spectacles de Dieudonné. Pourtant, rares furent ceux qui osèrent dénoncer cette intolérable atteinte à la liberté d’expression. Et le fameux arrêté du Conseil d’État, un Conseil d’État qui n’était représenté que par un seul juge en l’état…, dénonçant l’atteinte à la dignité humaine ainsi que le potentiel trouble à l’ordre public que pouvaient susciter les spectacles de Dieudonné. Prisonniers par une forme d’autocensure reposant à la fois sur un manque de courage évident et sur un politiquement correct indécent, nos intellectuels, ceux-là mêmes qui défendirent à juste titre le droit à l’expression de Bertrand Cantat, se firent étonnamment discrets ou censeurs. Il est évident que Bertrand Cantat a tout à fait le droit de redevenir artiste à plein temps. Il ne peut y avoir aucune posture morale susceptible de lui interdire ce droit élémentaire. Constatons simplement qu’il est plus doux, aux yeux de certains, de tuer quelqu’un, même involontairement (ou sous l’emprise de stupéfiants ou l’alcool), que de prétendre faire rire de la Shoa… Il serait donc des crimes au-dessus de tous les autres ? Ultime précision, le concert de Détroit est complet depuis très longtemps.
Le Fil – Saint-Etienne
Samedi 12 avril à 20 h 30




