Je suis les débats politiques télévisés depuis le début des années 80… Et cette attirance pour la chose politique m’est tombée dessus un peu assez tôt, j’en conviens. Cela fait donc 30 ans environ que je regarde les débats télé de soirées électorales. Et l’on peut dire que dans sa généralité, l’homme politique français est plutôt constant et régulier. Il parvient depuis trois décennies à réciter, la main sur le cœur, la voix tremblante et le ton sûr les mêmes bêtises au-dessus desquelles trône l’éternel « Ce soir, j’ai entendu le message que les François nous ont transmis »… Depuis 30 ans, nos hommes politiques, qui sont à peu près les mêmes, Fabius, Lang d’un côté, Juppé, Fillon de l’autre, la smala Le Pen aux extrêmes, entendent donc le message qu’au moins deux générations d’électeurs leurs transmettent régulièrement à chaque rendez-vous électoral avec deux constantes régulières, l’abstention, bon en mal an, un électeur sur deux a cessé d’user de son droit de vote et le vote contestataire, exclusivement le vote Front National qui a donc atteint son apogée le mois dernier. Et qu’a-t-on entendu sur l’ensemble des plateaux télé ce soir-là, la même rengaine « on vous a compris », turlututu chapeau pointu…

L’ensemble des commentateurs politiques, qui, il faut bien le reconnaître, sont à l’exacte image de cette classe politique, ronflants et bien peu courageux, est à peu près d’accord pour analyser ce vote, qui a permis au Front National d’être le premier parti politique fantôme de notre pays, comme sans doute le dernier avertissement des Français à destination de notre classe politique. Si rien ne venait à changer, aussi bien dans les comportements du personnel politique que dans la situation économique du pays, la prochaine élection, qui s’avère être l’élection présidentielle de 2017, devrait enfin permettre au parti d’extrême droite, pourquoi pas, de prendre le pouvoir. Le plafond de verre qui a permis à une poignée de barons de province de conserver leur cour et leurs privilèges ne tiendra pas une élection de plus. À moins qu’à droite comme à gauche, on convienne une bonne fois pour toutes de jouer au jeu un peu truqué du désistement républicain. Cette petite tambouille aura pour effet de retarder l’émergence du Front National quelques années encore tout en lui donnant raison lorsque sa présidente évoque l’unique parti UMPS.

On peut à ce stade remarquer que le rejet des classes politiques nationales n’est pas une exclusivité de notre pays. Mais curieusement, si en Espagne, en Grèce ou en Italie, ce rejet a accouché de mouvements alternatifs (Podémos, Syriza, Cinque Stelle…) plus ou moins citoyens et démocratiques, il revêt chez nous une version plus radicale en plébiscitant un parti jouant la carte de la préférence nationale associée à un programme économique que n’aurait pas renié l’ancien Georges Marchais. Le Pen père vouait un culte à Ronald Reagan, Le Pen fille adopte les thèses économiques protectionnistes, un grand écart politique incroyable. Tandis que Le Pen petite fille drague le catholique intégriste… Le point commun entre les Le Pen reste le rejet et la stigmatisation des étrangers, la dénonciation de l’épouvantail européen et quelques idées toujours aussi rétrogrades sur les questions de la famille, des modes de vies et des libertés.

Donc, nos représentants politiques ont cette fois-ci bien entendu le message que les électeurs français ont bien voulu leur faire passer. Pour preuve, le président et le premier ministre ont rapidement lancé un appel du pied à la frange centriste de la droite républicaine avec pour ambition d’isoler, et pourquoi pas de tuer (politiquement j’entends) Nicolas Sarkozy, tout en zappant complètement leurs traditionnels amis écologistes, ceux-là mêmes qui en moins de 20 ans ont tué, par unique soif d’ambition et de pouvoir, un mouvement politique qui aurait pu justement être cette alternative salvatrice…et les quelques Mohicans se revendiquant encore de la gauche « traditionnelle ». Cette réponse politique montre qu’à l’inverse, le président et le premier ministre se moquent complètement du message envoyé par les électeurs français et que dans leur esprit, seule compte l’éventualité de leur réélection (pour F. Hollande et M. Valls se positionnant sciemment sur l’échéance suivante, 2022). N’a-t-on pas coutume de dire qu’au fond, nous avons la classe politique que nous méritons ?

Par crainte de la persistance du Front National, Fr. Hollande aurait renoncé à inclure une dose de proportionnelle dans les élections législatives, chose qu’il avait pourtant annoncée, comme il a renoncé au droit de vote des étrangers lors des élections municipales (une vieille rengaine des socialistes pour capter quelques voix de plus…), comme il a renoncé à combattre la finance internationale, comme il a renoncé à obliger le non-cumul des mandats, comme… La première chose pour combattre les extrêmes serait, à l’inverse, de tenir enfin ses engagements. Promettre ce que l’on peut tenir et tenir ses promesses. Cela semble assez simple dit comme ça mais cette posture simple rendrait nos hommes politiques tout simplement plus crédibles, ce qu’ils ne sont plus. Il faut arrêter de prendre chaque élection comme un catalogue de promesses jamais tenues. C’est la base de tout contrat de confiance. Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. La seconde chose, sans doute plus utopique, serait de réformer de fond en comble la pratique politique en s’inspirant notamment des modèles nordiques qui font en sorte que la pratique politique ne s’accompagne plus d’aucun privilège particulier. Jusqu’à aujourd’hui, nos hommes politiques s’enrichissent financièrement en faisant de la politique. Le rapport que l’association Transparency a récemment révélé dénonce cet état de fait (les informations sont disponibles sur le net pour les intéressés). Pour que nous reprenions confiance en nos hommes politiques, il faut qu’ils arrêtent de faire carrière en politique, qu’ils renoncent à toute forme de privilèges exagérés (voiture de fonction, défraiements exagérés, retraite généreuse, avantages matériels…) et qu’ils agissent non plus en fonction de leur prochaine réélection mais en fonction des intérêts de notre pays (ce qui revient à imposer le mandat unique).

Ça a l’air si simple, écrit comme ça…

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