À une petite majorité, le peuple anglais a donc décidé de se retirer de l’Europe et de se retrouver seul face à son histoire. Les conséquences de cet acte fort étaient déjà connues : panique financière, les bourses européennes et internationales, à moindre mesure, plongent, sanctions de ces mêmes autorités financières internationales (l’Angleterre perd son triple A en guise de punition), éclatement annoncé du Royaume-Uni, l’Écosse et l’Irlande qui ont massivement voté pour le maintien dans l’Europe réclament un référendum sur leur indépendance politique, affaiblissement de la Livre Sterling (-10 % prévus), ralentissement de la croissance (baisse du PIB et des investissements étrangers), crispation sociale intérieure (les jeunes qui ont largement voté pour le maintien en Europe dénoncent un vote passéiste des personnes plus âgées, les villes du Nord touchées par la crise contre la capitale londonienne, les classes ouvrières contre les classes moyennes et supérieures)… Pourtant, rien n’y aura fait, la population britannique, dans son ensemble, a choisi.

Et quelques voix audacieuses et téméraires d’oser l’inimaginable : et si les autorités anglaises faisaient fi de ce référendum et décidaient de rester au sein de l’Europe ? Au fond qu’a fait le gouvernement de Nicolas Sarkozy sinon bafouer le vote du peuple français en faisant ratifier le Traité de Lisbonne, pâle copie du Traité Européen de 2005 pourtant largement rejeté par le peuple français… ? Et de surfer sur une idée qui rejaillit telle la lumière des ténèbres et si l’avis du peuple ne comptait plus pour grand-chose… ? On sent déjà, ici ou là, cette tentation de balayer d’un revers de manche violent cette folle idée que la légitimité de nos dirigeants devrait obligatoirement venir d’un vote démocratique et populaire. Et de soulever l’impensable réflexion du bien-fondé du vote populaire. En effet, en quoi un peuple dominé numériquement par les personnes âgées et qui plus est socialement défavorisées aurait la primauté de ce pouvoir unique de décision. D’autres personnes, plus éduquées et forcément plus au fait des choses, seraient évidemment plus appropriées pour penser à l’avenir de nos futures générations ? La politique, c’est un métier après tout. François Mitterrand aurait-il aboli la peine de mort en 1981 s’il avait été à l’écoute du peuple français ? Certainement pas. Pourtant aujourd’hui, il est clair que la majorité d’entre nous pense que la peine de mort est inefficace et intellectuellement inacceptable, non ? Mais ceux qui citent volontiers F. Mitterrand n’oublient-ils pas un peu vite que l’ancien leader socialiste, dernier grand leader socialiste et en même temps fossoyeur de cette pensée socialiste française (mais c’est un tout autre débat, c’est vrai), avait clairement annoncé sa volonté dans son programme politique de mettre fin à cette pratique ancestrale et inhumaine qu’était la peine de mort… Il n’avait pas agi, cette fois-ci, en traite. Et c’est bien là que réside tout le problème.

Derrière cette fumeuse idée que le peuple anglais ne serait, au fond, pas assez légitime pour mesurer toutes les conséquences du Bréxit, apparaît l’idée encore un peu floue, mais plus pour longtemps, que nos élites politiques pourraient s’exonérer de l’avis du peuple pour gouverner. On devine que derrière cela se profilent en France les enjeux de la prochaine élection présidentielle où, plus que jamais, le péril du Front National devient la chronique d’un chaos annoncé. Une élection de Marine Le Pen pourrait-elle être totalement légitime… ??? Mais c’est justement cette idée d’une oligarchie politique dominante, héréditaire, coupée de tout contact avec le peuple, déconnectée, autoritaire et dispendieuse (au moins pour les siens), qu’ont rejetée les Anglais et que rejetteront bientôt les électeurs français. Et elle a beau jeu, cette oligarchie politique internationale, parfaitement incarnée par ces élus européens et les membres des différentes commissions européennes qui cumulent les avantages financiers sans jamais rendre compte de leurs états de service, de hurler au fou alors que dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne, les avertissements auront été nombreux et répétés ces dernières années pour affirmer que cette version ultralibérale d’une Europe collant ses pas sur l’ogre américain, à l’image des fameuses négociations secrètes sur le prochain traité Atlantique Tafta, n’est pas celle voulue ni souhaitée par l’ensemble des peuples européens.

Depuis combien d’années crie-t-on en France au loup pour, l’année prochaine, pleurer sur le vote réactif, violent et réactionnaire du peuple français ? Déjà en Espagne ou en Italie, les partis politiques ont signé leur arrêt de mort au profit d’organisation alternative, façon Podémos ou Cinque Stelle, à cause de cette déconnexion avec le peuple. Serait-ce Nuit Debout, ou un autre mouvement, qui prendra le relais en France ? Une chose est évidente, la peur du vide, celle de quitter l’Europe sans trop se soucier des conséquences, celle de porter un illuminé à la tête de la plus puissante nation du monde (D. Trump pour les USA) ou celle de voter pour un parti politique fondé par un ancien parachutiste qui usa notoirement de la torture, n’effraie plus les peuples. À qui la faute ? À ce peuple stupide ou à toute cette classe politique, internationale, qui s’est goinfrée depuis la fin de la seconde guerre mondiale, sur le dos de ses concitoyen ? Nous avons en France, à l’image d’un François Hollande, d’un Manuel Valls, d’un Alain Juppé ou d’un Nicolas Sarkozy exactement l’image de cette classe politique, apparatchik et égocentrée, que plus grand monde ne supporte. « E pur si muove », et pourtant elle tourne, notre planète…