Dans le dernier album des Daft Punk figure un titre consacré à Giorgio Moroder, « Giorgio by Moroder », dans lequel le compositeur considéré comme le Pape du Disco évoque sa vie, sa carrière sur un fond de bruits de restaurant et une mélodie disco. Je considère les Daft Punk comme les plus grands usurpateurs du siècle nouveau et il suffit d’écouter l’« Interview » de Christophe figurant dans l’album « Bevilaqua » pour comprendre que les deux faussaires parisiens ont pillé le gavroche de Juvisy-sur-Orge. Mais depuis Gainsbourg, maestro en la matière, on sait que le plagiat n’interdit ni le succès ni la reconnaissance. Et curieusement, Moroder et Christophe puisent leurs origines communes de l’autre côté des Alpes, dans un drôle pays où le génie côtoie au quotidien la supercherie.
Sans conteste, Christophe est de la trempe des Nino Ferrer ou Alain Bashung, des chanteurs qui ont su être populaires sans pour autant vendre leur âme au diable. Car c’est bien là toute la difficulté de cet art mineur (dixit Gainsbard) qu’est la chanson, cette capacité à composer et écrire des chansons que tout le monde reprendra ensuite après le repas d’anniversaire de tonton Bernard, sans se perdre ni paraître ridicule. L’exercice est complexe et périlleux. Et nombre de prétendants se sont perdus dans une frénésie de reconnaissance et de mégalomanie. Ferrer, Bashung et Christophe ont su, Daniel Bevilacqua (alias Christophe) le sait encore, faire correspondre leur quête de l’épure et de l’intime avec une forme d’universalité à laquelle tout artiste aspire.
Dans son dernier album « Intime » sorti il y a quelques mois, Christophe reprend ses plus grands succès, seul au piano sur la plupart des titres, après qu’il ait enfin appris à parfaitement maîtriser l’instrument. « Intime » permet ainsi de vérifier que depuis un demi-siècle les chansons de Christophe ont accompagné notre quotidien, chacun ayant un souvenir particulier associé à une de ses chansons. Mais cet album, à l‘épure magique, permet également de mesurer combien la fragilité et la singularité de l’artiste sont palpables. Sa voix semble lâcher à tout moment. Ses chansons paraissent si tenues. Et pourtant. Même déshabillées à l’extrême, ces chansons, cette voix, cette présence résonnent comme l’essentiel. L’intime donc l’essentiel. Il y a quelque chose de « Live in Koln » de l’immense Keith Jarret dans cet album. C’est dire…
Salle Aristide Briand – Saint-Chamond Mercredi 15 octobre à 20 h 30




