Jérôme Cahuzac ministre du Budget, c’est un peu comme si on confiait les clés de la DEA (Drug Enforcement Administration) à Pablo Escobar ou les brigades de mœurs à Strauss Khan… Le loup dans la bergerie. Bon, je n’ai pas pour habitude de hurler avec la meute. Le toubib de Koh Lantah s’est suicidé pour beaucoup moins que cela… Mais quand même. Ça la fout mal ! Le ministre chargé de lutter contre la fraude fiscale était donc un fraudeur, un escroc ! La bande à Edwy Plénel (Médiapart) avait raison. Cette bombe atomique médiatique soulève de nombreuses questions :

Peut-on être réellement riche et socialiste ?
Avant de se lancer dans la politique, J. Cahuzac avait fait fortune dans la chirurgie esthétique et le conseil aux laboratoires pharmaceutiques. Fils de résistants, J. Cahuzac est devenu membre du parti socialiste en 1977, il avait alors 25 ans. Il aimait les grands cigares, les montres de luxe (comme un certain Julien Dray…) et jouait au golf. Il était franc-maçon et avait été condamné en 2007, mais sans inscription au casier judiciaire, pour avoir employé au noir dans sa clinique une femme de ménage philippine clandestine…

Peut-on être socialiste et honnête ?
Rappelons, à ce titre, que l’actuel secrétaire général  du Parti Socialiste a été condamné le 17 décembre 1998 à 18 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour recel d’abus de biens sociaux (ce qui n’est pas rien !). Jean-Noël Guérini, l’ancien président de la Fédération Socialiste des Bouches-du-Rhône, l’une des plus influentes fédérations nationales, et par ailleurs Sénateur, ne vient-il pas d’être mis en examen avec son frère Alexandre dans le cadre d’une enquête pour détournement de fonds publics… ? Rappelons, à toutes fins utiles, qu’un candidat socialiste potentiel à l’élection présidentielle, Dominique Strauss-Khan, passa quelques jours dans une prison New-Yorkaise pour une agression sexuelle étouffée au terme d’un arrangement financier indécent…

Peut-on encore croire en la politique ?
L’ex-président de la république mis en examen dans une affaire de trafic d’influence sur une vieille dame, le ministre du budget fraudeur, des élus territoriaux devant les tribunaux « en veux-tu en voilà » (cf. les affaires Andrieux, Dassault, Kucheida, Lamblin…), des promesses non tenues, les déficits qui se creusent sur le dos des contribuables… L’effet Beppe Grillo ne va-t-il pas s’étendre à toute l’Europe… ? Le néant ne vaudrait-il pas mieux que ceux que nous avons depuis des décennies et des décennies et qui nous ont conduits dans cette impasse économique ?

Pourquoi J. Cahuzac a-t-il menti si longtemps ?
Lorsqu’il affirma haut et fort devant les caméras qu’il n’avait jamais détenu le moindre compte bancaire en Suisse, l’ex Ministre ne pensait-il pas encore possible un éventuel étouffement de cette affaire ? Comment pensait-il réellement s’en tirer si ce n’est en bénéficiant de complicité « haut placée » consécutive à son rang et son réseau ?

Que va-t-on dire au jeune vendeur de shit ?
Dealer, ce n’est pas bien et c’est même interdit par la loi alors qu’un de nos ministres les plus influents est lui-même un délinquant !!! Le président de la République n’avait-il pas annoncé une République exemplaire ? Pouvait-il ignorer, comme son premier ministre d’ailleurs, la situation fiscale de son ministre ? Sincèrement, je veux bien croire en la sincérité, sur ce point précis, du président et du premier ministre… Mais quand même !!! Le Parti Socialiste doit, inévitablement entamer sa révolution culturelle et désormais adopter un comportement irréprochable : tous ceux qui ont trichés ou ont été condamnés par la justice (quel que soit le motif d’ailleurs) ne doivent plus avoir aucune responsabilité politique. Et cela doit commencer par le président du parti. L’exemplarité doit venir du haut si l’on veut qu’en bas, la loi soit respectée par tous.

Comment réformer la pratique politique ?
Au-delà de cette pitoyable affaire, c’est toute la pratique politique française qui doit être profondément réformée. Une seule solution apparaît crédible : il faut que la pratique politique ne soit plus perçue comme un avantage personnel, financier ou social mais comme un engagement moral et humain. Pour cela, il convient d’abolir tous les privilèges liés à son exercice (salaires, retraites, voiture de fonction…). La politique doit redevenir un sacerdoce et non le gage d’un enrichissement personnel d’où la limitation et le non cumul des mandats. Être homme politique ne doit plus être une profession mais un engagement.

Et si rien ne bouge ?
Il faudra alors compter avec une prochaine présidente issue de l’extrême droite nationale (vu qu’il n’y a pas de Beppe Grillo made in France).