Quelques jours après les attentats du 7 janvier dernier, nous avions réagi au sein de ces mêmes colonnes pour d’une part dénoncer cette dégoûtante dictature d’opinion qu’imposèrent gouvernement et médias (ces derniers vivant sous perfusion des premiers – C.Q.F.D.) au sujet de « Je suis Charlie » et d’autre part pour rétablir un semblant de vérité dans l’histoire de Charlie Hebdo, de la prise de pouvoir douteuse de Philippe Val (le prochain documentaire de Denis Robert au sujet de Cavanna permettra de rétablir de manière explosive cette zone d’ombre et de honte), parfaitement soutenu par l’avocat Richard Malka, ces deux-là se considérant comme frères, avocat par ailleurs de la banque Clearstream (d’où le contentieux avec Denis Robert) et de Dominique Strauss Khan, jusqu’au virage éditorial adopté au début des années 2005, dans la foulée de la publication des caricatures Danoises de Mahomet. Pourquoi diable le duo Val – Malka s’est-il accaparé ce titre « bête et méchant », alternatif, qui n’avait intéressé qu’une poignée de fidèles lecteurs pour en faire un outil de la propagande du système ? Poser cette question, c’est y répondre en partie…
Deux faits très récents viennent confirmer le bien-fondé de notre réaction qui pouvait sembler, au premier abord, idéologique. Le premier tient à la publication « Qui est Charlie » par le démographe Emmanuel Todd, inventeur de la fameuse « fracture sociale » et qui fût l’un des rares analystes à annoncer la chute de l’Empire Soviétique avant de pronostiquer une future crise financière du système ultra libérale. Dans cet ouvrage très médiatisé, jusqu’au cerveau très aéré de notre premier ministre, E. Todd dénonce lui aussi, en s’appuyant sur une étude sociologique et démographique très précise, la dictature d’opinion consécutive aux attentats, la stigmatisation récurrente de nos concitoyens de confession, réelle ou supposée, musulmane, l’émergence d’une France catholique jadis tue et désormais revendicative et la résurgence, au fond, d’un antisémitisme inhérent à cette vieille France catholique, le tout faisant le jeu du Front National. Manuel Valls a cru bon de devoir répondre à ce pamphlet vindicatif d’un sociologue quelque peu énervé. Il n’aurait pas dû, une fois de plus, le premier ministre s’est ridiculisé, à croire qu’il aime bien montrer sa vraie nature (je taquine, c’est vrai).
Le second événement qui doit nous questionner a été révélé par un article du Monde daté du 14 mai dernier dans lequel on apprenait, avec stupeur, la mise à pied et la convocation à un entretien préalable à un licenciement pour faute grave de Zined El Rhazoui, journaliste d’origine marocaine, membre de la rédaction de Charlie Hebdo. Sociologue des religions et militante contre l’islamisme et l’intégrisme, Zined El Rhazoui, menacée de mort par les Islamistes, vit depuis les attentats sous protection renforcée mais ne parvient plus à travailler au sein de la rédaction normalement. Z. El Rhazoui a fait partie des signataires d’une tribune parue fin mars dans Le Monde, signée par une quinzaine de salariés de Charlie Hebdo (sur une vingtaine au total) dont Luz et l’urgentiste Patrick Pelloux, réclamant une refonte du journal et une nouvelle gouvernance ainsi qu’une restructuration du capital incluant de manière plus collective l’ensemble du personnel du journal satirique.
Il faut savoir qu’à ce jour le capital de la société éditrice de Charlie Hebdo est actuellement détenu à 40 % par le dessinateur Riss (devenu directeur depuis la mort de Charb), à 20 % par le directeur financier Éric Portheault, les 40 % restant appartenant pour l’instant aux parents de Charb. On apprendra également que durant la période allant de 2002 à 2007, Philippe Val, les actionnaires de Charlie Hebdo, l’actionnariat à l’époque étant différent (Ph. Val détenait 40 % des parts, tout comme Cabu…) se sont distribués pas moins de 3,8 millions d’euros de dividendes alors que les salariés étaient payés de manière très contenue (pour rester poli). Faites un petit calcul rapide, Ph. Val a ainsi touché près de 1,6 millions d’euros dans l’histoire, après avoir racheté pour une misère les parts d’un certain Cavanna fondateur historique du journal avec le Professeur Choron. Pas mal pour cet ancien comique troupier qui fleurait bon l’anarchisme et le gauchisme lorsqu’il officiait, dans les années 90, avec Patrick Font… Depuis les attentats, le journal a touché pas moins d’une trentaine de millions d’euros de dons en tous genres ou de rentrées d’argent suite aux ventes exceptionnelles de ses derniers numéros de janvier… À ce jour, seul P. Pelloux s’est publiquement manifesté pour dénoncer cette procédure qui montre bien que derrière Charlie Hebdo se dissimulent des préoccupations plus financières qu’idéologiques. Pas sûr même qu’une entreprise du CAC 40 aurait osé s’en prendre ainsi à un de ses employés, porteur par ailleurs d’un combat exemplaire pour le féminisme… Inutile de préciser l’état d’esprit dans lequel vit au quotidien Z. El Rhazoui dont le mari aussi a été menacé de mort par les islamistes.
Curieusement, rares sont les médias à relayer ces arrières boutiques qui nous rappellent qu’il faut toujours se méfier des trop bons sentiments d’autant plus lorsqu’ils sont repris par un gouvernement en mal de reconnaissance. On ne saurait que trop vous alerter sur les dérives du « patriot act » à la française que ce gouvernement prétendument socialiste nous réserve. Il suffit de constater l’état géopolitique du monde depuis les fameux attentats du 11 septembre 2001, auxquels François Hollande faisait référence pour qualifier l’attentat contre Charlie Hebdo. À qui a profité le crime ?




