La musique électronique rassemble de nombreux adeptes et ne cesse de repousser les limites du genre. Elle offre à la fois un espace pour danser, bouger, vibrer sur des rythmes aussi variés que les styles des différents djs, c’est aussi l’occasion de découvrir un son totalement libre parfois expérimental, c’est enfin une expérience en soi, portée par l’énergie qui se dégage lors des nombreux concerts. Positive education arrive à l’âge de maturité. Son fondateur, Charles Di Falco, nous présente cette édition qui devrait s’inscrire Parmi les temps forts de cette fin d’année. Rencontre :
Quelques mots sur l’histoire de ce festival ?
C’était en mars 2015, un week-end comme il y en a peu dans l’histoire de Saint-Étienne : il y avait beaucoup d’événements dans la ville et surtout, tous ont rencontré un succès fou. Il y avait Dj Format et Mam’s sur le Parc Giron, Bambounou et Peev au F2, les dj’s de Positive Education jouaient au Hall C et dans d’autres coins de la ville ; l’ambiance était très belle partout. Après la soirée, nous avons pris un verre avec Bambounou et Peev et la conversation fit émerger le projet du festival comme une évidence. On a fait des ponts entre Détroit, Manchester, Berlin, Bristol et bien d’autres villes possédant un fort ancrage culturel, villes qui sont sur certains aspects similaires à Saint-Étienne. À ce moment-là, Pierre (Peev), qui travaillait pour Trax magazine à cette époque, a suggéré le fait que le meilleur festival électro de France pourrait être à Saint-Étienne. Amusés et inspirés, on s’est mis au travail, et en octobre 2015, l’édition 0, à la fois édition test et pilote, vit le jour.
L’objectif du festival, et surtout de l’association, est cette prise de position sur le monde auquel nous devons rêver, en dehors de la musique. Positive Education, au moment même où le nom a été retenu, n’a pas résonné seulement comme un message à transmettre, mais aussi comme quelque chose qui nous ferait grandir nous-mêmes. Nous n’avons pas pour vocation de défendre une cause précise, mais toutes celles qui peuvent nous aider à mieux vivre tous ensemble, en imaginant de nouvelles manières de faire et de penser moins étroites.
Quel est le fil conducteur ?
Nous organisons nos scènes par esthétique, et nous créons une histoire sur chacune d’elles. Il y en a 9 (3 par soir) sur le IN cette année, et nous fêterons également le retour du festival OFF avec 16 line-up. Les têtes d’affiche ne clôturent pas toujours les soirées, de cette manière les artistes les plus connus jouent à toute heure. Le but est de passer une soirée pleine d’émotions, mais aussi que nos soirées se répondent les unes aux autres. Le festival, à son origine, évoluait autour de 3 noyaux musicaux. La techno, l’electro et la bass music. Au-delà, nous avions un penchant pour les années 80 à ce moment-là, qui nous a ensuite amenés sur des influences plus 90’s, puis aujourd’hui on mélange tout. La musique a développé des ponts qui ont noyé les époques, fusionné les styles, poussé les limites des genres : la musique est en perpétuelle évolution. Cette manière de voir et de faire la musique dans le Positive Education Festival, à savoir ramener une norme humaine, d’égalité, ouverte sur les genres et le temps, nous permet d’amener les gens de notre public à être pleinement qui ils sont, en toute sécurité, dans le partage de l’écoute et de la danse, et à tout âge.
Pouvez-vous décrire l’édition 2 019 et nous donner envie ?
L’édition 2 019 constitue la version la plus aboutie du festival. Une grande première : nous avons conceptualisé le projet autour de la thématique « RETRO – SF », qui fera l’ambiance et le décor du festival. Nous avons énormément travaillé sur la qualité d’accueil, de nos files d’attente à la circulation dans le site, la signalétique, en passant par nos espaces bars, les chill out, et bien sûr les scénographies pensées avec nos amis de T20. Dans les nouveautés marquantes, nous avons triplé la venue d’artistes de légendes et de projets exclusifs afin que chaque scène puisse donner au public la chance de voir des artistes d’exception et des exclusivités. Autre nouveauté : chaque soir nous aurons un concert mémorable, proche de l’heure d’ouverture. Aisha Devi le vendredi, Zuli le samedi, et pour la clôture on a doublé la mise avec AUX88 et African Head Charge. Des concerts très riches, des concerts d’ouverture qui raconteront l’intention artistique de chaque soirée, comme un générique.
Quelques mots sur la fréquentation, qui, semble-il, rayonne bien au-delà de Saint-Étienne ?
Pour l’édition 2018, nous avons eu environ 7 000 personnes. 25 % étaient Stéphanoises, 20 % sont venues de Paris, 20 % de Lyon, 20 % des quatre coins de la France, et environ 15 % d’Europe et quelques exceptions venues des États-Unis, du Chili, du Canada, et de Russie. On pense que c’est un tout : le lieu, la programmation, aller dans un endroit qu’on ne connaissait pas avant ou très peu. On essaie d’être le plus sincère possible dans ce que l’on propose et d’inviter des artistes pour ce qu’ils sont. Un festival de notre taille peut se permettre plus d’exigence sur l’artistique, même si nous sommes encore trop ciblés pour trouver une parité hommes-femmes en 2019, je pense que nous comblons un certain nombre de mélomanes par notre démarche artistique.
À bien des égards, vous défendez des valeurs humaines, et prônez la transversalité, le décloisonnement… Est-ce évident à mettre en place pour un événement de cette taille ?
Le résultat n’est pas toujours à la hauteur car on ne peut pas prévoir ce que certains ont dans la tête mais généralement oui, c’est relativement simple. Cette année, nous avons voulu améliorer certaines choses dans le dispositif d’accueil pour garantir encore plus de bienveillance. La majorité de notre public recherche la liberté et le partage, tout comme nous. C’est déjà très intégré dans le milieu des musiques électroniques, c’est l’une des raisons pour lesquelles les gens sortent : pour pouvoir être eux-mêmes le temps d’une nuit, à l’abri des conventions et jugements sociaux. C’est important de rappeler que faire la fête, c’est aussi être dans cette démarche d’ouverture, d’amour et de respect.
Quel est votre regard sur la culture, de manière générale ?
La culture est d’une grande nécessité pour une société dynamique et pour faire progresser nos idées, nos points de vue. La culture s’exprime dans la manière de raconter nos histoires, de fêter, de nous rappeler le passé, de nous faire rêver et d’imaginer l’avenir. Notre expression créative nous aide à nous définir et à voir le monde à travers les yeux des autres, et à rêver le meilleur monde pour demain.
La culture permet de rassembler les gens, c’est d’ailleurs l’un des buts premiers d’un festival : cette communion. En ce sens, la scène électronique tente de s’adresser au plus grand nombre, et est parfois peu ou pas assez soutenue. Nous avons avec le Positive Education Festival la chance de l’être de plus en plus, ce qui nous permet par exemple cette année de faire des OFF gratuits et de donner la possibilité à toutes et à tous de venir à certains événements.
Énormément de choses sont produites aujourd’hui en musique (comme en cinéma, littérature ou autre), mais il faut avouer qu’on ne trouve aucune satisfaction dans les projets mainstream pour le moment : on voit/entend souvent les mêmes choses, produites avec les mêmes intentions. Découvrir des choses peu connues ou méconnues du grand public peut être très satisfaisant : se faire un avis, saisir les influences, découvrir de nouveaux coups de cœur. C’est ce que nous essayons de faire avec le festival dans le domaine de la musique : c’est aussi le rôle des festivals de faire découvrir des artistes et d’amener le public à se découvrir des sensibilités.
Pour cela, on essaie encore et toujours de faire des ponts entre les époques ainsi qu’entre les artistes de légendes, les artistes émergents et la scène locale. Réunir les artistes de la scène locale ou inviter des artistes de diverses régions de France ou de l’étranger nous paraît tout aussi important pour atteindre ce but. L’année dernière nous avons trouvé qu’il manquait une scène housy sur le festival, c’est pourtant un maillon important de la culture électronique que nous avons décidé de représenter aussi cette année.
Un dernier mot, le vôtre ?
Allez les verts et merci Sainté, et tous ceux qui animent ce monde avec passion !
plus d’infos
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