Après deux année de travail in situ, Cécile Vernet, membre du Collectif Artistique de la Comédie de Saint-Etienne, met en scène « Les vacances » à l’Hôpital Privé la Loire autour du texte inédit de François Bégaudeau, auteur rappelons-le « Entre les murs », dont l’adaptation cinématographique signée Laurent Cantat reçut la Palme d’Or au Festival de Cannes en 2008. Rencontre :

Comment est né ce projet artistique en milieu hospitalier ?

La Comédie de Saint-Étienne avait répondu à un appel d’offres du CHPL pour fêter leurs 10 ans et m’a proposé de reprendre le projet, je leur ai donc fait une proposition qu’ils ont acceptée et c’est ainsi que le projet a démarré.

Pourquoi avoir fait appel à François Bégaudeau pour l’écriture du texte ?

François Bégaudeau est auteur associé à La Comédie de Saint-Étienne, j’avais eu l’occasion de le rencontrer lors de la fête du livre, son humour correspondait tout à fait à l’esprit du projet que je voulais monter, et puis je l’avais entendu dire qu’il n’aimait pas les vacances, je me suis dit que ça pourrait être amusant de le faire travailler sur ce projet.

Le projet s‘est écoulé sur deux ans, un temps d’élaboration plutôt long, était-ce indispensable ?

Il fallait que nous puissions proposer des rendez-vous réguliers dans l’hôpital pour pouvoir échanger avec le personnel et devenir une présence normale dans les locaux. Le choix de faire toutes les phases de travail au milieu des usagers nous a imposé ce calendrier éclaté.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?

Je n’avais jamais eu l’occasion de travailler en milieu hospitalier et l’aventure me tentait. On ne se retrouve jamais à l’Hôpital avec plaisir et proposer des temps d’échanges ludiques et poétiques pendant les nombreux temps d’attente des patients entre les soins nous intéressait. Les échanges humains se sont d’ailleurs révélés très riches.

L’Hôpital Privé de la Loire a été créé en lieu et place de la fameuse Muraille de Chine. En avez-vous tenu compte dans la création de ce spectacle ?

Mathieu Cruciani avait déjà travaillé sur l’histoire du quartier lors d’une première cession en 2013 avec un collectif d’artistes, j’avais envie de partir sur une autre piste donc il n’en a pas été question.

LE CHPL, tout comme La Comédie de Saint-Étienne d’ailleurs, se situe dans une zone dite « sensible »… L’institution, culturelle ou non d’ailleurs, doit-elle être sensible à son environnement social ou travaille-t-on avec des personnels soignants, des patients ou des visiteurs comme on travaille avec des comédiens professionnels ?

Nous ne travaillons pas avec le personnel ou les patients en tant qu’amateur mais en tant que public. L’implication des habitants du quartier passe par deux propositions d’ateliers : un atelier scénographique mené par Julien Léonhardt avec le foyer des jeunes travailleurs : un groupe de jeunes qu’il accompagne dans la création d’éléments scénographiques que nous utiliserons lors des représentations, et un atelier mené par Hélène Lequertier au pôle Odile Martin autour de la conception et la réalisation des costumes du spectacle.

Il s’agit d’un spectacle festif et déambulatoire… Pouvez-nous nous en dire plus ?

Nous invitons le public à partir en vacances dans différents lieux de l’hôpital, une petite promenade dépaysante pour découvrir plusieurs touristes en vacances au CHPL.

Quels sont vos partis pris de mise en scène ?

Nous avons travaillé sur un rapport de proximité avec le spectateur, à la recherche d’une théâtralité de l’intime afin que le public puisse être embarqué par les comédiens dans leurs aventures avec douceur.

Le spectacle a été l’occasion également d’initier des ateliers avec les amateurs pour la création des décors ou des costumes. Une contrainte supplémentaire ?

Ce n’était pas une contrainte mais une volonté, impliquer des amateurs dans la construction d’un spectacle est toujours une aventure enrichissante, et pour nous, les aspects techniques sont aussi importants que le jeu.

On reproche au théâtre institutionnel d’avoir abandonné tous ces quartiers et ces publics. Qu’en pensez-vous ?

Je n’en ai pas l’impression, je travaille depuis des années sur des projets en lien avec des structures sociales avec La Comédie de Saint-Étienne, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une volonté d’abandonner des publics, bien au contraire. Le théâtre souffre toujours d’une image poussiéreuse pour beaucoup de gens, ils sont toujours surpris lorsque nous intervenons de découvrir à quel point cet art vivant peut leur parler de leur quotidien.

Comment ont été vos relations avec l’encadrement de l’hôpital ?

Nous avons eu un très bon accueil avec plusieurs services qui nous ont vraiment accompagnés lors des lectures en chambre, et je crois que le personnel est plutôt amusé par notre présence dans les locaux. Mais tout le monde est très occupé et nous fonctionnons de manière assez autonome pour ne pas les gêner dans leur travail.

Trouvez-vous un lien entre ce milieu hospitalier et votre monde du théâtre ?

Le lien, c’est l’humain !

On vous a découvert il y a quelques années au sein du collectif théâtral A.O.I. Vous faites aujourd’hui partie de l’ensemble artistique de la Comédie de Saint-Étienne. Une évolution naturelle ?

Une chance ! Lorsqu’Arnaud Meunier nous a proposé à Yann Métivier et moi-même de faire partie de l’ensemble artistique, nous y avons vu une sorte de reconnaissance du travail que nous menions depuis plusieurs années sur le territoire : faire partie de l’institution nous permet d’envisager plus sereinement la création et de travailler dans des conditions que nous n’avions jamais connues. C’est une chance incroyable et un immense plaisir de travailler accompagnés par tous ces gens extrêmement compétents et accueillants qui font La Comédie de Saint-Étienne. Un projet comme celui-là n’aurait pas pu se faire sans le travail logistique des services de La Comédie.

Qu’attendez-vous au fond de cette création singulière ?

De surprendre les spectateurs en leur faisant croire l’espace d’un instant qu’ils sont partis en vacances…