Avant l’A45 ? Laissez parler les terres, une introspection territoriale

Rencontre avec grégory bonnefont, un artiste engagé et passioné, pour nous parler de sa création :

Comment est née l’idée de ce triptyque autour de l’A45 ?

Ce triptyque composé d’une expo photos, d’une pièce et d’un débat est né de l’envie et la volonté de créer un peu plus de démocratie, donc de l’échange, sur un sujet qui à mes yeux en manque, à savoir l’A45. Natif de Saint-Chamond j’admire les coteaux du Jarez depuis mon enfance et je me suis toujours dit qu’il serait bon de les photographier pour les célébrer, les questionner. Il m’a fallu trouver le bon timing pour penser le triptyque. En ayant la Cie De l’âme à la vague pour créer et m’exprimer et en rencontrant mon ami Niko Rodamel, le photographe stéphanois, j’avais tout ce qui fallait pour pouvoir penser un projet citoyen par le biais artistique. En plus de Niko à la photo, je peux compter sur une sacrée équipe au plateau avec Arthur, Julien, Charles et Olivier.

Comment abordes-tu ce projet ?

J’aborde ce projet de manière intime et personnel dans un premier temps pour pouvoir l’ouvrir le plus démocratiquement possible ensuite. Je pense que c’est un projet qui a évolué d’une introspection citoyenne vers une introspection territoriale où chacun est invité par les photos et la pièce à partager son point de vue sur la situation. Avec Niko nous avons entamé le projet de manière sensible et humaine. À partir de là il y a la place pour traiter le sujet sous un angle politique et citoyen, et ce qui est encore plus délicieux c’est que cela laisse de la place à l’humour.

Des photos, une pièce de théâtre, et un débat. Parlons-nous de culture citoyenne ?

Complètement. Pour moi le théâtre est une « continuation de la (science) politique par d’autres moyens ». Diplômé en théorie des relations internationales je trouve dans l’expression artistique un meilleur moyen de me dire et vivre citoyen. J’ai agi avec les jeunes des quartiers sud-est stéphanois avec la Junior asso « Hinaf-asso », je participe au projet « Villes » avec le Collectif X. J’aime cette idée d’un théâtre activement citoyen. Dans le projet les photos permettent de traiter l’indicible. Je crois fortement que quelque chose d’indicible gangrène nos démocraties. Les taux d’abstention le montrent. Ainsi par le biais artistique, on peut approcher sensiblement l’indicible et renouveler la parole.

L’humain est au centre du débat, davantage peut-être que le projet lui-même ?

Oui, ce n’est pas tant de faire un projet que d’en faire un pour permettre aux gens d’échanger. L’A45 est un sujet hyper polémique sur notre territoire. J’ai l’intime conviction que l’humain, qui est d’ailleurs au centre du problème de notre territoire, je pense ici aux personnes dans les bouchons de Givors, et bien je pense que l’humain est dénigré au profit du rythme politique, électoral et économique. Qu’elle se fasse ou qu’elle ne se fasse pas, il est étrange de voir combien ce sujet a monopolisé des décennies de vie citoyenne sans qu’une véritable vision de territoire naisse à ce sujet. Sur le plan humain les conséquences furent désastreuses, en termes de dépression pour les gens concernés par le tracé, voir de décès pour ceux victimes d’accidents. De plus la question des alternatives est fondamentale à mes yeux. Nous avons été « moulés » pour penser « autoroute »pour résoudre le problème. Je ne sais si c’’est la meilleure solution, je sais surtout que ce n’est pas la seule solution. Le débat permettra à chacun d’exposer sa vision de territoire. En cela c’est un VRAI moment démocratique. Si chaque débatteur est bien sûr bel et bien présent.

Ce projet culturel à fort accent territorial a-t-il été soutenu ?

Oui par la Ville de Saint-Étienne qui d’ailleurs est pour l’A45. C’est également un projet co-produit par la Ville de L’Horme et la Ville de la Talaudière soutient l’idée du débat.

Quelques mots pour nous donner envie ?

« T’es bien content de la prendre l’autoroute quand tu descends dans le sud ?  C’est ce que me dit ma mère quand on débat sur l’A45. Alors voilà sous prétexte que j’emprunte les autoroutes existantes il faudrait que je sois pour toutes les autoroutes. Déjà le but n’est pas d’être contre pour être contre et d’être un radical du chemin de terre. Le jour où un gouvernement décidera de refaire des champs de patates à la place des autoroutes existantes on en reparlera. Le but est de comprendre. Pourquoi ? Sous prétexte que les institutions dirigeantes pensent un projet urbain, pourquoi on devrait en accepter le bien-fondé, la légitimité, la cohérence, la logique… ? Ha ! La fameuse démocratie représentative ! »

Expo photo jusqu’au 21 février à la maison de la nature La Talaudière représentation + débat le 11 février à partir de 20h30 au Sou à la Talaudière crédit grégory bonnefont photos niko rodamel