Il est toujours étonnant d’apprendre, qu’au fond, on ne sait pas grand-chose si ce n’est une vérité officielle qu’on veut bien nous imposer. Ainsi, Michel Onfray a-t-il déboussolé le mausolée de Freud, avant de rehausser celui d’Albert Camus au détriment du couple Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Ainsi apprend-on que J-P. Sartre, auteur officiel de la gauche bien pensante, auteur estampillé par l’éducation nationale donc enseigné depuis des décennies au lycée, avait pactisé, juste avant la seconde guerre mondiale, avec l’extrême droite française et que paradoxalement, A. Camus, à qui Sartre reprochait son attitude de bourgeois de droite soutenant une Algérie Française, était peut-être cette véritable figure libre et réellement moderne… Plus que jamais, il faut se méfier des idées officielles et rien que pour cela, encourager ceux qui comme M. Onfray osent aller à l’encontre de l’intelligentsia établie (et rémunérée souvent comme telle). 2013 sera l’année Camus puisqu’on fêtera le centième anniversaire de sa naissance à Mondovi, un petit village situé à 400 km d’Alger. Lors de la remise de son prix Nobel de littérature en 1957, A. Camus déclara, interrogé par les journalistes au sujet de la guerre d’Algérie grandissante : « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère ». Certains, ceux-là même qui lui reprochaient de ne pas être communiste, au fond, et se pavanaient sur les terrasses de Saint-Germain-des-Prés, en déduisirent qu’A. Camus soutenait une Algérie française et qu’en bon homme de droite, il préférait les siens plutôt qu’à la justice des peuples. Il n’en fallait pas plus pour déconstruire un mythe et élaborer une mystification.

Quelques mois plus tard, le 4 janvier, Albert Camus trouvera la mort dans un accident de voiture avec son ami Michel Gallimard, le neveu du célèbre éditeur. « Le premier homme » est son roman autobiographique inachevé, publié, bien plus tard, en 1994, par sa fille. A. Camus avait imaginé cette autobiographie comme une trilogie, il y raconte son enfance en tant que pied-noir algérien à la recherche de son père dans un décor imaginaire. Camus invente alors un parallèle entre les différentes périodes de sa vie et met en scène Jacques Cormery, son alter ego, de retour dans son Algérie natale d’avant-guerre sur les traces de son enfance. Cormery retrouve alors sa mère, toujours aussi belle, désormais sourde et distante. C’est l’excellent réalisateur Italien Gianni Amelio, Grand Prix du Jury à Cannes en 1992 pour le très beau « Les enfants volés », qui signe cette adaptation cinématographique avec le non moins excellent Jacques Gamblin dans le rôle-titre, déjà récompensée au festival international du film de Toronto.

Sortie mercredi 27 mars