Créé en 1991, ce festival célèbre ses 35 ans. On imagine la persévérance nécessaire pour maintenir une programmation aussi riche au fil des années. Tibert, à l’origine de cet événement, partage quelques souvenirs et nous parle de cette édition anniversaire.
On célèbre les 35 ans du festival Les Oreilles en Pointe. Quels souvenirs gardes-tu des débuts de cette aventure et comment regardes-tu aujourd’hui ce festival ?
C’est drôle mais le festival me fait un peu penser à une navigation à la voile… au début frêle esquif bien ballotté par les changements d’équipes municipales (de Saint-Priest-en-Jarez à Andrézieux-Bouthéon) puis les vents s’établissent en Ondaine, on grandit et on fait route… Pour ce qui est d’aujourd’hui, et pour continuer de filer la métaphore il a fallu réduire la voilure depuis la reprise en main par l’association de la manifestation et la disparition du SIVO, cette tendance continue aujourd’hui avec une conjoncture bien grise et un marché du divertissement tenu par d’énormes entreprises privées. En un mot, il existe un circuit ultra commercial où les artistes appartiennent à de grands groupes qui possèdent l’ensemble des acteurs du circuit (tourneurs, grandes salles, éditeurs, producteurs, etc.) et un circuit plus indépendant, souvent associatif, et plus ou moins subventionné. Ça ne date pas d’hier, mais le fossé se creuse avec l’inflation des cachets des artistes « bankables ». Il faut donc revoir les modèles d’autrefois et s’adapter en proposant une autre façon de « consommer » de la culture.
Ce que l’on voit se développer (et c’est en tous les cas vrai pour ce qui est de la chanson) c’est le développement et la mise en lumière d’un nouveau réseau protéiforme d’acteurs totalement indépendants, qui ouvrent d’autres voies. La chanson émergente se passe petit à petit des circuits habituels pour aller dans les tiers lieux, cafés associatifs, chez l’habitant, dans les médiathèques, etc. et souvent hors des grands centres urbains. Ces lieux et acteurs existaient déjà mais leur développement tient sans doute aussi d’un effet de l’après Covid où de nombreux néo-ruraux animent aujourd’hui les villages qu’ils ont investis. Cette année le festival essaie de s’intégrer à cette nouvelle dynamique, bien loin des circuits habituels et cela tombe bien puisque découverte et émergence sont dans l’ADN de la manifestation, en proposant 5 concerts gratuits en médiathèques.
Cette édition anniversaire est encore une fois le reflet d’un état d’esprit propre au festival. Des découvertes, des artistes plus connus, différents lieux sur le territoire, le tout avec une politique tarifaire adaptée. Mais il y a aussi des nouveautés. Peux-tu nous dire un peu ce qui nous attend et quelque temps forts ?
Il y a deux temps forts cette année : un temps où le festival va à la rencontre du public de nos villes en proposant des concerts totalement gratuits d’artistes programmés dans l’édition 2026 (avec la participation des médiathèques de Genilac, Saint-Genest-Lerpt, la Ricamarie, Firminy, Roche-la-Molière) et avec la désormais célèbre soirée du Tour des Oreilles ( une sélection d’artistes régionaux choisis en écoute aveugle par les bénévoles de l’association). Ces actions ont été rendues possibles cette année par l’aide accordée par SEM.
Le second temps est celui des concerts dans les salles avec Gauvain Sers au Firmament, 2 soirées découverte à la Maison de la Culture Le Corbusier, 1 à la MJC de Monistrol-sur-Loire et une après-midi de clôture à Fraisses. Si la soirée Gauvain Sers + Frasiak et Zorito est d’ores et déjà complète, il faut vraiment découvrir les artistes des autres soirées, oser la découverte de Ben Herbert Larue, Grise Cornac, Brigitte Jardin et Marion Cousineau et finir avec le magnifique projet du Shubiao quartet !
Bien souvent on me dit « j’ai préféré les premières parties » : c’est bien qu’il faut oser sortir de sa zone de confort en allant vers l’inconnu, au festival on y est toujours récompensé !







